ParisÂ
16/05/2001 -Â
RFI Musique : Votre nouvel album renoue avec la tradition acoustique de la musique martiniquaise, pourquoi ce retour aux sources ?
Kali : Cela fait trois ans que je suis revenu au pays, chez moi en Martinique. Jâai retrouvĂ© tous mes copains, et bien sĂ»r lâĂ©quipe restĂ©e aux Antilles, avec qui jâavais commencĂ© lâaventure des premiers volumes Racines. Tout naturellement, on a envisagĂ© dâenregistrer un nouveau volume car le Racine 3 datait de 1996. CâĂ©tait un peu une maniĂšre de cĂ©lĂ©brer mon retour sur mon Ăźle natale.
Toutes ses compositions font dĂ©sormais parti du patrimoine antillais. A qui appartiennent ces Ćuvres ?
La plupart des piĂšces ont Ă©tĂ© Ă©crites par Alexandre Stellio, ce grand clarinettiste dâavant-guerre, il y a aussi des compositions de LĂ©ona Gabriel, EugĂšne Mona, etc. Tous, sont des artistes lĂ©gendaires qui ont marquĂ© lâhistoire de la musique chez nous. Ma gĂ©nĂ©ration a baignĂ© depuis le plus jeune Ăąge dans cette ambiance. Aujourdâhui, on a vieilli et la plupart des vieux qui jouaient la biguine avec les tambours et les ti bois ne sont plus lĂ . A partir de ce constat, je le rĂ©pĂšte, ce sont des gens comme moi ou DĂ©dĂ© Saint-Prix, pour ne citer que lui, qui doivent transmettre cette tradition. Câest une façon de conserver lâidentitĂ© martiniquaise.

Cette tradition, que vous dĂ©fendez avec votre indispensable banjo, a toujours Ă©tĂ© Ă contre-courant du zouk, mĂȘme au moment de votre pĂ©riode reggae. Quâest ce que vous reprochez au zouk ?
En matiĂšre de musique, je nâaime pas tout ce qui se ressemble, ce qui se rĂ©pĂšte Ă lâinfini, car jâai lâimpression que cela nâavance pas. Souvenez-vous comment le phĂ©nomĂšne zouk a commencĂ©. Il a suffit que Patrick Saint-Eloi fasse du zouk pour que tout le monde sâengouffre derriĂšre lui ! RĂ©sultat, toute la production Ă©tait identique et aucun chanteur ni chanteuses ne trouvait son propre style. Non, franchement, la seule chose qui a vraiment Ă©tĂ© positive dans cette dĂ©ferlante du zouk, câest que cela a donnĂ© naissance Ă pleins artistes. Sans vouloir donner des leçons, ma façon Ă moi dâĂȘtre diffĂ©rent, dâĂȘtre rĂ©volutionnaire, câest de jouer toujours la mĂȘme musique depuis le dĂ©but. Et ça fait vingt-cinq ans que cela dure ! Mon pĂšre jouait cette musique, mes enfants la joueront demain. Ce qui est important, câest que les vibrations soient proches de nous. ArrĂȘtons de remplacer les instruments traditionnels par des boĂźtes Ă rythmes. Sinon, plus personne ne frappera le tambour. Dâailleurs, quand les touristes dĂ©barquent dans les hĂŽtels en Martinique, ils ont envie de voir et dâentendre de la musique authentique. Ils ne veulent pas danser sur du zouk.
En vingt-cinq ans de carriÚre, vous avez tourné dans le monde entier, vous avez enregistré onze albums, récompensés par plusieurs trophées. Quels sont les meilleurs souvenirs de votre parcours ?
Dans la vie dâun artiste, il y a les bonnes et les mauvaises pĂ©riodes. En regardant dans le rĂ©troviseur, je crois que le dĂ©but câest toujours le moment le plus intĂ©ressant. On ne connaĂźt pas les angoisses, le stress, car on ne maĂźtrise pas encore les rouages du mĂ©tier : les producteurs, les directeurs artistiques, les maisons de disques. Bref, le business ! On est Ă©pargnĂ© de tout cela et câest formidable car on ne vit que sa passion, la musique. AprĂšs, on mĂ»rit, il faut vivre de son art et dans nos rĂ©gions, la Martinique ou la Guadeloupe, câest vraiment difficile dâĂȘtre musicien. Dans les annĂ©es 80, je me rappelle quâon ramait⊠Donc, pour moi, la meilleure Ă©poque, câest le dĂ©part avec ma premiĂšre formation GaoulĂ©, puis 6Ăšme Continent, mon deuxiĂšme groupe.
Vous avez 45 ans aujourdâhui, on vous sent nostalgique du passĂ© et en mĂȘme temps moins engagĂ© quâĂ lâĂ©poque du fameux Ile Ă vendre ou Reggae Dom Tom, deux titres qui ont bien marchĂ©. Est-ce que cela veut dire que le Kali du XXIĂšme siĂšcle sâest rangĂ© ?
Non ! Disons que lorsquâon est jeune, on explose. On est beau, on est fou, on est pressĂ©, comme disais EugĂšne Mona. Mais, aujourdâhui, je suis un «vieux gorille» et donc davantage conscient. Jâai grandi, appris Ă contrĂŽler la situation et Ă faire un travail qui sâinscrit dans la rĂ©alitĂ©. Au dĂ©but, on mĂšne des actions qui apportent la popularitĂ©, la renommĂ©e dâĂȘtre contestataire. AprĂšs, il faut mettre en application la rĂ©volution. Câest-Ă -dire travailler, Ă©lever les enfants, leur apprendre les choses importantes de la vie. Câest mon objectif en ce moment.
Vous avez choisi de retourner vivre en pleine nature Ă Saint-Pierre de la Martinique, en famille avec votre Ă©pouse et vos quatre enfants. Finalement, votre choix de vie est Ă lâimage de votre musique : cool, relaxe ?
Pendant des annĂ©es, jâai fais le tour du monde et au bout dâun moment, je me suis rendu compte que ma terre me manquait. Jâavais besoin de me ressourcer, de faire des choses toutes simples : marcher au bord des riviĂšres, aller sur la plage sentir le vent. En un mot, entendre et respirer la nature. Ces plaisirs-lĂ , par exemple, on ne les ressent pas dans les grandes villes europĂ©ennes. Cette bouffĂ©e dâoxygĂšne Ă©tait devenue vitale pour moi. Par dĂ©finition, les Ăźles sont ouvertes au monde et en mĂȘme temps, ce sont des refuges pour ceux qui veulent sortir de ce gigantesque bouillon de modernitĂ©.
Daniel Lieuze
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