Paris
07/05/2001 -
Le disque n’est pas seulement mémoire. Il est aussi amnésique, infidèle, léger. On ne doit donc pas prendre le disque Barbara, la chanteuse de minuit, paru il y a peu chez EMI, pour un inédit : les chansons de cet album sont déjà parues en CD, au pire dans des versions contemporaines des enregistrements proposés ici, et de manière un peu désordonnée. Mais il n’en reste pas moins que l’album La Chanteuse de minuit est un ravissement : ces enregistrements de 1958 et 1959 restituent ce qu’étaient son art et son répertoire à l’époque où elle chantait à l’Ecluse, l’étroit cabaret du quai des Grands-Augustins.
Le reste de d’album est constitué pour l’essentiel du répertoire de reprises qu’elle interprétait dans le célèbre cabaret des quais, entre autres parues en juin 1959 sur le 33-tours 25 cm Barbara à l’Ecluse. Lorsqu’il est sorti, ce disque comportait des applaudissement factices, ajoutés après l’enregistrement en studio, et qui donnaient l’illusion d’une soirée en public. Dans cette réédition, ils ont été gommés pour la première fois.
Comme beaucoup d’artistes de la rive gauche, Barbara puise à pleins bras dans la nostalgie de la Belle Epoque ou du réalisme de l’entre-deux-guerres : l’humour un peu leste des Amis de Monsieur de Fragson et de Maîtresse d’acteur de Xanroff ou la tendresse aigre-douce de D’elle à lui de Marinier. Dans la même veine elle chante les œuvres contemporaines mais de forme assez passéiste de Marcel Cuvelier (Veuve de guerre), Brigitte Sabouraud (Les Sirènes), Le Chanois et Besse (Un monsieur me suit dans la rue) ou Boutons dorés de Jacques Datin et Maurice Vidalin, la plus célèbre des chansons d’orphelinat du répertoire français, dont elle donne une version très personnelle, assez éloignée du glas de l’interprétation de Jean-Jacques Debout. Elle chante aussi quelques auteurs du moment : André Schlesser, le patron de l’Ecluse, lui donne Souvenance et son ordonnance toute classique, et surtout elle commence à rassembler la matière de ses futurs disques de reprises de Georges Brassens et Jacques Brel (La Femme d’Hector et sa gaieté amicale, Il nous faut regarder et ses roulements émerveillés). Et puis elle chante La Belle amour, première chanson qu’elle a composée sur un texte d’un autre, Jean Poissonnier en l’occurence.
Peu de temps après, elle va vraiment prendre son envol, commencer à écrire plus régulièrement et plus hardiment, écrire quelques-unes de ses légendes qu’elle créera à l’Ecluse avant de les enregistrer après son passage chez Philips au début des années 60, Dis quand reviendras-tu, Nantes ou Le Temps du lilas. Mais on regrette évidemment qu’elle n’ait pas à l’époque chanté devant le micro de Pathé-Marconi Chapeau bas, dont elle dira souvent que c’était la première chanson qu’elle ait écrite.
Bertrand Dicale
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