Chronique album
Bourges
20/04/2001 -
Un rien nerveux, Yann Tiersen arrive à la conférence de presse telle une mini tornade, jette son paquet de clopes sur la table et s’assoit. Silence. Non, il n’est pas de mauvaise humeur, il a le trac, c’est tout, peu à l’aise au milieu de ces ogres de journalistes. Et le musicien rennais n’a guère le goût de l’explication de texte, du dialogue imposé. Mais il suffit que, soudain, il sourie et le dialogue s’installe.
Sa timidité fait vite place à une expression volontaire. Un peu comme son parcours discographique aux couleurs d’abord discrètes, aux formats courts pour arriver aujourd’hui à un travail plus luxuriant, plus sûr de soi, s’installant dans des formats plus longs. C’est le cas de ses douze derniers titres signés de son nom sauf deux textes écrits par ceux qui les chantent, Dominique A (Bagatelle) et l’Irlandais Neil Hannon (Les Jours tristes).
Comme d’habitude, de nombreux noms croisent leur route sur le disque de Yann Tiersen et c’est sur les voix qu’ils se font essentiellement entendre. « Ce qui importe, c’est le morceau, raconte le musicien. C’est pour ça que je demande à telle ou telle personne de venir chanter, parce que j’avais envie de telle ou telle voix. Ce sont des énergies qui convergent. » Outre les deux voix citées plus haut, on trouve donc aussi celles de l’Américaine Lisa Germano (la Parade, le Méridien) et de Natacha Régnier, comédienne dans le film d’Erick Zonca, La Vie rêve des Anges illustré magistralement par, entre autres, l’entêtant la Rue des cascades. Cette dernière pose sa voix mi-parlée mi-chantante sur l’Echec et le Concert, aux côtés, c’est plus rare, de celle de Yann Tiersen : « J’ai toujours eu un blocage avec ma voix. Quand j’ai réécouté les cassettes des groupes avec lesquels je jouais plus jeune, j’ai trouvé que j’avais vraiment une voix de merde. Mais petit à petit, j’ai eu envie d’écrire des textes en français sans le désir que ce soit chanté par d’autres. Alors je m’y suis mis. Et c’est quelque chose que j’adore maintenant.» 
Sur la pochette de l’album, Yann Tiersen dort dans le métro de Londres. « Parce que j’étais crevé » raconte t’il. Il était alors en plein mixage, exactement à Brixton, quartier symbole d’un certain rock anglais militant de la fin des années 70 dont l’emblème reste Clash et dont Tiersen a toujours été client. «Mais ça aurait pu être dans un quartier chic », précise t’il. « Je n’ai pas envie d’aller dans la symbolique. Mais, j’étais touché par ce lieu donc j’ai eu envie que ça figure dans le livret. » Effectivement, au fil des pages, des photos nous baladent dans ce Londres un peu anonyme, apparemment dénudé, mais pourtant si porteur d’atmosphères.
L’atmosphère, c’est ce qu’il tente de recréer sur scène. Mercredi soir, 18 avril, il affronte un public tout acquis au milieu d’un décor que seuls composent les innombrables instruments et une troupe d’une dizaine de musiciens dont deux voix, celles de Claire Pichet et de Natacha Régnier. Les petits instruments étranges côtoient un quatuor à cordes (dont le premier violon et le violoncelle sont des transfuges de chez William Sheller) ou les ondes Martenot, irréel clavir électronique créé en 1928 et qui fascinait Yann enfant. Lui navigue entre le piano, le violon et l’accordéon. Et même si la taille de la salle (2.400 places) étouffe ça et là ce répertoire aux sonorités parfois fines et cristallines, on sent un Yann Tiersen, désormais très à l’aise dans la peau d’un chef d’orchestre et d’un metteur en scène, loin du minimalisme des débuts.
Catherine Pouplain-Pédron
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