28/03/2001 -
Pour toute l’Afrique, il était sans doute l’un des plus puissants « éleveur de consciences » qui se soit jamais dressé contre les despotes et les corrompus. Pour le reste de l’univers, Fela Ransome Kuti demeure à jamais un incroyable virtuose, sax symbole puissant parmi ses 27 épouses choristes. Dans l’écho de ses concerts légendaires ne savait -il pas repousser à chaque fois les frontières de la nuit ?
Sa voix en lance de guerre fend l’air pour pourfendre l’ennemi et ses mots sont des flèches qui percutent la chair comme l’esprit. Plongés dans la fusion extrême de l’afro-beat qu’il a lui-même inventé, cuivres incendiaires et percus frénétiques, ils seront entre les mains de Fela d’invisibles et invincibles armes musicales. En deux coffrets regroupant d’une part 12 albums vinyles, et d’autre part 15 CD, on revisite les morceaux de bravoure de ce shaman qui pulse la chamade, celui que le monde entier saura reconnaitre comme le “Black President”. Tout le pouvoir de Fela Ransome Kuti, vibre au fond du sillon. C’est un rythme envoûtant qui propulse sa musique jusqu’aux étoiles en cross-over entre la sédition des Black Panthers et le funk incendiaire de James Brown. 
Fela naît le 15 octobre 1938 au village yoruba d’Abeokuta, à l’ouest du pays. Son père le Révérend Ransome Kuti, un enseignant réputé, était aussi le président du principal syndicat de profs du Nigeria. Quant à sa mère, Funmilayo Ransome Kuti, institutrice, elle dirigeait de son coté l’Union des femmes nigérianes. Très vite Fela va échapper à une carrière toute tracée dans l’administration pour plonger dans la musique. A vingt ans, Fela convainc ses parents de l’envoyer à Londres, métropole coloniale, pour étudier le sax au fameux Trinity College of Music. À son retour au pays, en 69 il va former son premier groupe Koola Lobitos. Et déjà révolté par la situation politique de son pays, il s’échappe pour le Ghana d’où il revient encore plus amer. Alors Fela va s’enfuir pour l’Amérique. Il rencontre des militants des Black Panthers qui vont allumer sa conscience. Oui, les Africains ont une Histoire. Non, la parole du colon blanc ne vaut pas toujours pour argent comptant. Au cours de ce même séjour, il sera subjugué par le funk de James Brown. Mais cela n’est qu’à son retour des USA que le musicien encaissera tout le choc de son afro-centrisme.
Dès son retour à Lagos, il ouvre son premier club, l’Afro Spot où comme dans un laboratoire vivant, le musicien expérimentera son légendaire afro-beat : un mélange bien plus explosif que le cocktail jazz et high-life qu’il pratiquait jusqu’alors avec Koola Lobitos. Il rebaptise bientôt son groupe Africa 70, l’Afro Spot devient le Shrine et le club va vibrer d’une incroyable énergie libératrice. Politique. Sexuelle. Sociologique. En agitant les nuits de Lagos, Fela va rallier toute la jeunesse à sa cause. Il prône la libération sexuelle et le prouve sur scène, toujours torse nu avec ses épouses, comme l’usage de la marijuana en détonateur libérateur d’un authentique conscience politique.
Et au nom de ses idées, il va affronter la junte militaire au pouvoir dans son pays, un bras de fer perpétuel que sa propre mère paiera du sacrifice de sa vie lorsqu’elle sera tabassée au cours d’une des fréquentes descentes de police menée contre le Shrine. Fela sera lui-même emprisonné à de nombreuses reprises. Son combat d’agitateur culturel heurte les intérêts de l’élite nigériane qui tire tout son pouvoir de la corruption néo-coloniale.
"Tous les chanteurs, les musiciens de l’Afrique contemporaine ont une dette envers Fela " proclamait si justement Salif Keita. Et cette dette nous la partageons tous ! À l’heure où émerge Femi Kuti, le fils prodige qui prend le sax au poing la relève du père fondateur, ces quinze CD et ces douze albums retracent de 71 à 91 en fulgurante épopée musicale tout le génie de Fela Ransome Kuti.
15 CD double albums et "Vinyle Collection" 2 box-sets de 6 LP Yaba/Barclay (dist. Universal)
Gérard Bar-David
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