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Fela Ransome Kuti

Ultime sax symbole


28/03/2001 - 

Si Fela nous a quittés un funeste 2 août 1997, il nous lègue une colossale discographie de 77 albums qui continuent à perpétuer son rythme rebelle. Or ces albums pour la plupart étaient indisponibles en CD et épuisés en 33 tours. Ainsi après une première vague publiée l’an passé, cet hiver 2001 vient se réchauffer au soleil de nouvelles rééditions (15 CD et 12 vinyles) des fulgurantes compositions climatiques de ce géant africain, maître incontesté de l’afro-beat.



Pour toute l’Afrique, il était sans doute l’un des plus puissants « éleveur de consciences » qui se soit jamais dressé contre les despotes et les corrompus. Pour le reste de l’univers, Fela Ransome Kuti demeure à jamais un incroyable virtuose, sax symbole puissant parmi ses 27 épouses choristes. Dans l’écho de ses concerts légendaires ne savait -il pas repousser à chaque fois les frontières de la nuit ?

Sa voix en lance de guerre fend l’air pour pourfendre l’ennemi et ses mots sont des flèches qui percutent la chair comme l’esprit. Plongés dans la fusion extrême de l’afro-beat qu’il a lui-même inventé, cuivres incendiaires et percus frénétiques, ils seront entre les mains de Fela d’invisibles et invincibles armes musicales. En deux coffrets regroupant d’une part 12 albums vinyles, et d’autre part 15 CD, on revisite les morceaux de bravoure de ce shaman qui pulse la chamade, celui que le monde entier saura reconnaitre comme le “Black President”. Tout le pouvoir de Fela Ransome Kuti, vibre au fond du sillon. C’est un rythme envoûtant qui propulse sa musique jusqu’aux étoiles en cross-over entre la sédition des Black Panthers et le funk incendiaire de James Brown.

Fela naît le 15 octobre 1938 au village yoruba d’Abeokuta, à l’ouest du pays. Son père le Révérend Ransome Kuti, un enseignant réputé, était aussi le président du principal syndicat de profs du Nigeria. Quant à sa mère, Funmilayo Ransome Kuti, institutrice, elle dirigeait de son coté l’Union des femmes nigérianes. Très vite Fela va échapper à une carrière toute tracée dans l’administration pour plonger dans la musique. A vingt ans, Fela convainc ses parents de l’envoyer à Londres, métropole coloniale, pour étudier le sax au fameux Trinity College of Music. À son retour au pays, en 69 il va former son premier groupe Koola Lobitos. Et déjà révolté par la situation politique de son pays, il s’échappe pour le Ghana d’où il revient encore plus amer. Alors Fela va s’enfuir pour l’Amérique. Il rencontre des militants des Black Panthers qui vont allumer sa conscience. Oui, les Africains ont une Histoire. Non, la parole du colon blanc ne vaut pas toujours pour argent comptant. Au cours de ce même séjour, il sera subjugué par le funk de James Brown. Mais cela n’est qu’à son retour des USA que le musicien encaissera tout le choc de son afro-centrisme.

Dès son retour à Lagos, il ouvre son premier club, l’Afro Spot où comme dans un laboratoire vivant, le musicien expérimentera son légendaire afro-beat : un mélange bien plus explosif que le cocktail jazz et high-life qu’il pratiquait jusqu’alors avec Koola Lobitos. Il rebaptise bientôt son groupe Africa 70, l’Afro Spot devient le Shrine et le club va vibrer d’une incroyable énergie libératrice. Politique. Sexuelle. Sociologique. En agitant les nuits de Lagos, Fela va rallier toute la jeunesse à sa cause. Il prône la libération sexuelle et le prouve sur scène, toujours torse nu avec ses épouses, comme l’usage de la marijuana en détonateur libérateur d’un authentique conscience politique.
Et au nom de ses idées, il va affronter la junte militaire au pouvoir dans son pays, un bras de fer perpétuel que sa propre mère paiera du sacrifice de sa vie lorsqu’elle sera tabassée au cours d’une des fréquentes descentes de police menée contre le Shrine. Fela sera lui-même emprisonné à de nombreuses reprises. Son combat d’agitateur culturel heurte les intérêts de l’élite nigériane qui tire tout son pouvoir de la corruption néo-coloniale.

Tabassé, harassé, menacé, blessé, menotté, arrêté, emprisonné même à diverses reprises au fil des coups d’états qui secouent son pays, Fela va mettre l’imagination au pouvoir de sa musique dans un combat singulier pour la liberté de penser. Persécuté Fela se révèle encore plus dangereux car il devient un mythe, et ses rythmes vont se répandre comme le feu aux poudres sur la Planète. Fela va tourner en Europe et aux USA où il commence enfin à publier ses albums au son unique, débordant d’émotion et d’énergie, funk puissant pulsé par ses inlassables harangues.

Ses chansons emblématiques comme Army Arrangements ou Teacher Don’t Teach Me Nonsense s’étiraient parfois sur toute une face d’album, voire sur les deux pour mieux nous subjuguer de leurs beats hypnotiques. Son sax puissant et chaud comme le Gulf Stream était comme sa seconde voix et dès qu’il le reposait, Fela prenait la relève, ses cordes vocales dorées répétant inlassablement son incroyable tchatche cosmique doublée par les chœurs de ses (nombreuses) épouses. Visionnaire, politique, rebelle, passionné, bouillant, hanté par le processus démocratique, persécuté, emprisonné, entouré de ses 27 gazelles pour oser dénoncer l’oppression et braver tous les dangers, Fela savait être tous ces hommes à la fois, le premier à avoir osé la démocratie et la défense des Droits de l’Homme au Nigeria. Hélas cette "épine dans le pied de la junte au pouvoir" meurt à 58 ans de complications cardiaques liées au virus HIV. Le 3 Août 97, son décès est officiellement annoncé par son propre frère médecin Olikoye Ransome Kuti. Fela avait refusé tout traitement qu’il soit occidental ou même traditionnel.

"Tous les chanteurs, les musiciens de l’Afrique contemporaine ont une dette envers Fela " proclamait si justement Salif Keita. Et cette dette nous la partageons tous ! À l’heure où émerge Femi Kuti, le fils prodige qui prend le sax au poing la relève du père fondateur, ces quinze CD et ces douze albums retracent de 71 à 91 en fulgurante épopée musicale tout le génie de Fela Ransome Kuti.

15 CD  double albums  et "Vinyle Collection" 2 box-sets de 6 LP Yaba/Barclay (dist. Universal)


Gérard  Bar-David