Paris
07/03/2001 -
On aime bien Claude. Sa voix caressante, son regard doux. On se souvient de Caroline et de Victime de la mode. Ce capital sympathie rend les choses d'autant plus difficiles. Comme à un ami à qui on devrait dire que l'on n'aime pas sa cuisine, même si c'est celle qu'on a l'habitude de manger chez lui. Car tel est le problème, rien n'a vraiment changé chez Solaar, sa voix n'a pas bougé d'un iota, ses rimes aisées presque faciles, pourraient presque figurer sur un de ses albums précédents, quant aux mixes, des trouvailles viennent contrebalancer quelques lourdeurs. Mais malheureusement rien n'est très convaincant. On avait entendu parler d'une possible re-collaboration avec l'ex-complice Jimmy Jay. Mais non, Solaar a voulu passer à autre chose. Il signe d'ailleurs la direction artistique de ce Cinquième as. Pour reprendre l'offensive, et peut-être pour moucher ses petits camarades de jeu, Gyneco and Co, qui auraient tendance à l'ignorer dans le meilleur des cas ou à le dénigrer dans le pire, Solaar revient sur les prémices de l'aventure du MC, le temps de Lève-toi et rap : "On m'en voulait parce que j'avais ce qu'ils voulaient/Un style qui m'était propre et le verbe au plus-que- parfait". Un peu plus loin : "Je marche profil bas, n'exhibe aucun bijou". Le propos est clair, à ceux qui imaginent que le rap est là où le verbe est haut et la frime de rigueur, Solaar répond, se la joue humble et modeste. De toute façon, à son propos, on évoque plutôt Gainsbourg, Queneau et Ferré (si si !). Car on attend beaucoup de Solaar, peut-être par manque de vrais auteurs français ? Les références en matière de rap, plutôt West Coast, ne viennent qu'ensuite. La banlieue et ses bad boys paraissent bien loin. 
Mais Solaar se veut aussi léger. Il sait s'amuser et notamment de la vague latino avec le titre Hasta la vista dont le refrain, qui s'il ne s'agissait de notre rappeur national, ne serait sans rappeler qu'un jour, une certaine Nathalie Cardone a chanté la célébrissime chanson Hasta siempre. Mais ne soyons pas aussi intraitable car on peut se rattraper avec La Belle et le Bad boy et son refrain "Les sous-ensembles dans les grands ensembles s'assemblent/La belle et le bad boy "qui n'en finirait pas de nous harceler du matin au soir. Stop… j'arrête. Non. Une petite dernière pour la route. Solaar le poète écrit dans La la la la, "2ème étape, Sound boy, bouge ton body/Annie Cordy, Jordy, j'arrive tel Berry Gordy". Le tout agrémenté de chœurs d'enfants chantant des la la la la, à vous taper sur le système. Mais où es-tu Claude, le Solaar de l'écriture ? Pas là, c'est sûr. Nous n'aurions pas voulu en arriver là, pourtant à disséquer ce Cinquième as, voila le résultat.
Valérie Passelègue