Paris
02/03/2001 -
Publié de son vivant en 1989, De Gainsbourg à Gainsbarre le coffret précédent ( 9 CD + l’espace réservé aux deux derniers albums Love On The Beat (84) et You’re Under Arrest (87)) embrassait déjà dans son intégralité l’œuvre de Serge – à l’exclusion de la trilogie live Palace/Casino/Zenith- y compris ses nombreuses et souvent exotiques compositions pour le cinéma de Manon à Dieu fumeur de Havanes en passant par Anna , Je t’aime… voire quelques fulgurantes obscurités comme «Sex Shop et même Goodbye Emmanuelle ! Du côté des inédits, on découvrait les versions anglaises des duos avec Bardot et celles de Sea, Sex and Sun ou encore de Mr Iceberg . Alors, si ce bon vieux cube bleu Gitanes trône déjà dans votre discothèque, trois options s’offrent désormais à vous : (rayez les mentions inutiles !)
1) Vous ne faites rien !
2) Vous achetez la nouvelle intégrale et vous offrez la précédente !
3) Vous achetez la nouvelle intégrale ET vous conservez AUSSI la précédente !
Et pour le déterminer, cher Gainsbourg-melomaniaque, il faut être exactement dans votre tête ! Car cette nouvelle intégrale compte bien entendu des perles (nombreuses)…et aussi distinctes de la première !
D’abord, l’essentiel soit deux mini albums aussi inédits que chargés émotionnellement (et hélas seulement disponibles dans le luxueux coffret) : Essais pour signature soit les 5 titres interprétés seul au piano par Serge le jour de son audition pour Philips en 1958 et ce CD incroyable intitulé Inédits 1958-1981 soit 23 plages enregistrées pour des shows TV ou des publicités pour les radios grandes ondes exhumées des catacombes de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). On y trouve des joyaux à foison comme le charmant Mes petites odalisques , le délicieux thriller sarcastique Mr William (période Initials B.B. ) ou l’ultra-cynique Les petits pavés.
On y découvre aussi une reprise surprenante avec ce Ah si vous connaissiez ma poule qu’interprétait jadis Maurice Chevalier et aussi cet étrange La noyée façon Brel.
Aussi que Gainsbourg se fasse à nouveau coffret , cela ne surprendra personne, mais en réécoutant tous ses albums, en plongeant dans le flot tumultueux de ses chansons, on réalise alors, bon sang, combien le personnage savait être scotchant, et surtout combien ses compositions manquent tragiquement à notre horizon sonore ! Dans ce millénaire informatique, la tentation peut être forte de créer du Gainsbourg virtuel, c’est justement le pari d’une douzaine de DJs . Les British Howie B ou the Orb comme les Français Bob Sinclar, Dax Riders, Château Flight ou Snooze (Dominique Dalcan) revisitent en versions toujours syncopées et souvent iconoclastes les compositions emblématiques de Serge pour le projet I love Serge . On découvre ainsi un funky La bas c’est naturel (période « percussions » 64) remixée house par Faze Action. Redécoupées, remodelées, agrémentées de séquences électroniques, il y a parfois à boire et à manger dans le traitement parfois furieusement radical des chansons. Comme le déconcertant Bonnie & Clyde au groové désarticulé de DJ Herbert ou le beat fracassé de OGM pour Five Easy Pisseuses . Heureusement certaines versions sont carrément magiques comme le cosmopolite harmonique et mélancolique de Snooze pour un vertigineux NY USA voire imparables comme la version frénétique de Marabout concoctée par Bob Sinclar. L’effet positif d’un tel électrochoc c’est qu’il entraîne à nouveau Gainsbarre sur les pistes de danses, parmi ces gamins qu’il affectionnait tant parce qu’il leur ressemblait.
Comme Dorian Gray, l’hôte génial du 16 de la rue de Verneuil ne saura décidément jamais vieillir. Et en parcourant à nouveau ses séquences, c’est le souvenir de son rire qui me manque le plus. Ses aphorismes et ses provocs historiques, ses délires et ses blagues, ses Gitanes et son 51, sa silhouette en éternel bleu indigo et sa tendresse illimitée, ses coups de gueule, son écriture si souvent imitée et jamais égalée, son génie pour les arrangements et l’orchestration, son instinct de créateur toujours précurseur, mais surtout son amitié et sa générosité, cette indicible chaleur humaine, restent à jamais intégralement vivant dans ma mémoire vive.
Gérard BAR-DAVID