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Blues in France

Verbeke, père et fils, Deraime et Karim Albert Kook


Paris 

06/02/2001 - 

Blues in France. What is it ? Un quarteron de musiciens qui depuis un demi-siècle s'obstine à jouer un genre musical venu d'outre-champ de coton. Paul Personne, Bill Deraime, Benoît Blue Boy et Patrick Verbeke sont les gardiens du temple, les trois (!) mousquetaires de cette musique qui sur la scène française reste malgré toute confidentielle, mais s'assure un bel avenir grâce à une relève qui n'est pas loin.



Au pied de la butte Montmartre, en bon musicien qu'il est, Patrick Verbeke arrive avec une bonne demi-heure de retard au rendez-vous fixé au siège de sa société Magic Blues. La voix rendue encore plus rauque (si tant est que cela soit possible) par le concert de la veille et le sommeil qui n'a pas encore pris le large, il s'excuse avec toute la gentillesse et la bonhomie qui, depuis 30 ans, a fait sa réputation dans le métier. "J'ai débuté en faisant beaucoup de rock'n roll" se souvient-il. "J'ai accompagné Vince Taylor, un grand Monsieur du rock. Eddie Cochran, Gene Vincent tous ces gens m'ont donné envie de jouer de la musique".

Pour ce guitariste hors pair, cela a commencé par des séances studio et des concerts avec Johnny Hallyday, Christophe, Yves Montand et même William Sheller. "C'était l'époque de Comme sur un bon vieux rock'n'roll et il avait besoin d'une slide-guitar (guitare jouée avec un instrument lisse sur les cordes, particulièrement utilisée en blues et en country, ndlr).A l'époque, j'étais l'un des rares à savoir jouer cela en France et donc, il a fait appel à moi. "

Puis Patrick Verbeke se consacre de plus en plus à ses compositions. En groupe rock d'abord, un peu rock'n'blues à la Rory Gallagher ou Status Quo, puis carrément blues en solo. Une transition vers une musique qui n'est pourtant pas complètement entrée dans les mœurs du grand public français à part quelques tubes de Paul Personne (Barjoland) ou de Bill Deraime (Babylone) dans les années 80. "Tout le monde voudrait savoir pourquoi je chante le blues. Je ne suis pas né dans le Missouri. Je suis immatriculé dans le 92." chante Verbeke dans Immatriculé 92, chanson tirée de son dernier album Y2K Blues. " Je fais du blues pour des tonnes de raisons " rigole-t-il. "Ça a été la découverte de la profondeur, de l'impact que peut avoir cette musique sur un être humain comme lorsque j'ai entendu Ray Charles. Je trouve en outre que c'est une musique qui est à l'origine de toutes celles que l'on peut entendre ces temps-ci : Cabrel, Goldman, Johnny, Sanson…Tous sont redevables musicalement au blues. Le blues, la musique des pauvres Noirs et la country, la musique des pauvres Blancs. Ces deux-la ont fusionné au point de se confondre. Et puis, il y a un moment où on ne peut plus expliquer. On reçoit et on est en admiration devant Billie Holiday ou Edith Piaf. Devant ces gens qui transmettent une émotion violente et puissante ".
Emotion que le père Verbeke a transmis à bon nombre de disciples autour de lui que ce soit son fils Steve, harmoniciste et chanteur, ou Karim Albert Kook, un poulain du label Magic Blues. Le premier a sorti un album sous son nom Steve Verbeke en 1999. Ayant commencé à jouer de l'harmonica dès 14 ans sous l'influence des amis de son père : Benoît Blue Boy, Jean-Jacques Milteau ou Vincent Bucher, Steve est lui-même devenu l'un des principaux harmonicistes de l'Hexagone. Et il n'est pas rare maintenant de voir le père et le fils se produire en duo sur les scènes françaises.

Karim Albert Kook, lui, est né il y a 35 ans en Algérie. Après avoir fait ses armes à la guitare aux côtés de David Koven, Jerry Cooper ou le bluesman américain et francophile Luther Allison, Karim se lance dans une carrière solo avec déjà deux albums : Les choses ressemblent à ça en 1997 et Je roule vers toi en 2000. Séduit par les qualités du jeune homme, Patrick Verbeke lui propose de rejoindre le label qu'il a créé et qui fait un peu office de pépinière des jeunes pousses blues de l'Hexagone.
Parmi les "anciens", Bill Deraime a fait récemment son retour avec C'est le Monde. Après de grands succès commerciaux comme Babylone ou Faut que j'me tire ailleurs au début des années 80, cet ancien pensionnaire chez les pères maristes n'arrivera jamais vraiment à se dépêtrer de ces tubes parfois lourds à porter. Pourtant son nouvel album, sur la pochette duquel il arbore son indéfectible béret, est d'une remarquable qualité. Plus reggae, moins rural que le blues de Verbeke, sa musique s'inspire directement des tempos jamaïcains. Avant la paix ou Je rêve est un délicat mélange de rythmiques venues de Kingston et de blues de Paname. Parfois son reg'n blues, comme il l'appelle lui-même, prend une tangente rythm'n blues des plus agréables comme Le blues de boue qui rit ou cette reprise d'Otis Redding / Steve Cropper Assis sur le bord de la route qui n'a rien à envier à l'original Dock of the bay. Remarquablement produit et accompagné de musiciens hors pair, ce nouvel album met ainsi en évidence une voix reconnaissable entre mille. Celle de Bill Deraime, en même temps puissante, plaintive et émouvante au plus haut point.

Entre la renaissance de ce patriarche, les spectacles éducatifs que produit Patrick Verbeke dans les collèges, les écoles primaires et les maternelles ou encore les émissions et les sites qui naissent sur le net… La preuve est faite que cette musique, si peu typique est encore bien vivante et se promet même des lendemains qui chantent dans l'Hexagone.

Patrick Verbeke Y2K Blues Dixiefrog / Night & Day 2000
Steve Verbeke Magic Blues / Night & Day 1999
Karim Albert Kook Je roule vers toi Magic Blues / Night & Day 2000
Bill Deraime & Mystic Zebra C'est le monde Pomme Music 2000

Frédéric  Garat