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Chronique album


Africando

Aller-retour entre l'Afrique et Cuba.


Paris 

05/02/2001 - 

L’Afrique s’empare de la salsa. ChantĂ©e en wolof, en mandingue, en bambara, en swahili, en fon, bref en langues africaines, elle rayonne, triomphante de rythmes et de flamboiements cuivrĂ©s. Rencontre avec Ibrahima Sylla, producteur d’Africando, un dĂ©filĂ© de stars africaines Ă©prises du tempo latino, dont le nouvel album collectif « Betece » est un formidable prĂ©texte Ă  danser.




RFI : Depuis quand ĂȘtes-vous installĂ© en France ?
Ibrahima Sylla : Je suis d’abord venu Ă  Paris en 1974 pour Ă©tudier la gestion et le droit. Puis je suis reparti au SĂ©nĂ©gal oĂč j’ai commencĂ© Ă  faire de la production avec des associĂ©s. En 1980, j’ai dĂ©cidĂ© de me lancer en solo et trois ans plus tard je suis retournĂ© en France pour commencer Ă  y produire des artistes. J’ai commencĂ© dans le mĂ©tier en produisant des SĂ©nĂ©galais, puis de la musique cap-verdienne, des Congolais, Alpha Blondy
 J’ai montĂ© mon propre label Jambaar (en wolof cela signifie « guerriers ») en 1979. C’est devenu ensuite Syllart Productions et en 1992 j’ai créé le label Africando.

Les musiques africaines ont-elles d’aprĂšs vous le mĂȘme potentiel de dĂ©veloppement aujourd’hui en France qu’il y a quelques annĂ©es ?
La vague est retombĂ©e. Elle a connu son Ăąge d’or ici dans les annĂ©es 80. La dĂ©cennie suivante a Ă©tĂ© beaucoup plus difficile. Moi, l’avantage que j’ai eu, par rapport Ă  d’autres, c’est que j’ai toujours gardĂ© mon marchĂ© africain et que j’ai produit des artistes de toutes origines, pas seulement sĂ©nĂ©galais, mais Ă©galement maliens, ivoiriens, congolais, guinĂ©ens, camerounais. J’ai dĂ©couvert des marchĂ©s, vendu des licences... A Dakar, le nouvel Africando s’est vendu dĂ©jĂ  Ă  30.000 exemplaires en cassettes, sans compter les pirates. On peut multiplier le chiffre par cinq. Il marche trĂšs fort dans les pays d’origine des chanteurs qui y ont participĂ©, le Mali,la GuinĂ©e, le BĂ©nin. En dehors de l’Afrique, depuis 90-91, le flĂ©chissement des ventes de musiques africaines constatĂ© en France et au Japon, oĂč cela marchait bien Ă©galement dans les annĂ©es 80, est compensĂ© par l’ouverture d’autres pays comme l’Angleterre, la Hollande, l’Italie, l’Allemagne ou les Etats-Unis aujourd’hui. On y a vendu plus de 200.000 exemplaires du deuxiĂšme Africando.

Vous préférez enregistrer les artistes dans un studio parisien ou en Afrique ?
Vu les coĂ»ts des billets d’avion, des hĂŽtels et les difficultĂ©s pour obtenir les visas depuis une dizaine d’annĂ©es, mieux vaut enregistrer 75% de l’album lĂ -bas et puis venir ajouter certains Ă©lĂ©ments et mixer Ă  Paris.

RFI : Le nouveau disque d’Africando a Ă©tĂ© enregistrĂ©, lui, entre l’Afrique, Paris et New York.
I. S. : Contrairement aux quatre prĂ©cĂ©dents, on a fait toutes les voix Ă  Paris, Dakar et Abidjan sur un piano avec un home-studio. J’ai emportĂ© les bandes Ă  New York. On a effacĂ© le piano et les musiciens latino-amĂ©ricains ont enregistrĂ© en live par-dessus les voix.

Un groupe Ă  gĂ©omĂ©trie variable (le nombre des chanteurs s’est encore agrandi) regroupant des artistes Ă©parpillĂ©s, peut-il avoir une existence Ă  la scĂšne ?
Africando s’est dĂ©jĂ  produit en public par le passĂ©. Quant Ă  la formule actuelle, nous avons un projet de concert le 8 juin au ZĂ©nith Ă  Paris avec, autour des chanteurs, des musiciens latinos qui vivent en France, plus trois ou quatre que l’on fera venir de New York et des invitĂ©s qui ont participĂ© au disque comme Salif Keita ou Koffi OlomidĂ©.

Il y a un certain nombre de reprises sur cet album.
Sur treize titres, il y a quatre reprises : Sey , interprété par Thione Seck, Ntoman par Salif Keita, Doni Doni et Mandali. Tout le reste ce sont de nouveaux morceaux, composés et arrangés par Boncana Maïga.

RFI : L’aventure Africando dure depuis 1993, avec la sortie du premier album, Trovador , comment tout cela a-t-il commencĂ©?
I. S. : L’idĂ©e est partie de moi. J’écoute de la musique cubaine depuis longtemps. Au SĂ©nĂ©gal, on dansait lĂ -dessus dans les annĂ©es 60-70. Je me suis constituĂ© une collection de disques lorsque j’étais Ă©tudiant en France. J’ai aujourd’hui 6000 disques cubains, dont des raretĂ©s. Quand j’ai commencĂ© Ă  faire de la production, des amis m’ont demandĂ© pourquoi je ne produisais pas de la musique afro-cubaine. Je me suis dit un jour « Pourquoi pas ? » mais je vais le faire avec des Africains. J’en ai parlĂ© Ă  Boncana MaĂŻga qui connaĂźt bien aussi cette musique, a vĂ©cu Ă  Cuba. On a dĂ©cidĂ© d’aller enregistrer Ă  New York. J’ai emmenĂ© trois chanteurs sĂ©nĂ©galais, Pap Seck, Nicolas Menheim, Medoune Diallo.

Hormis ceux qui sont prĂ©sents (Lokua Kanza, Salif Keita, Thione Seck, Bailly Spinto, Koffi Olomidé ), vous aviez pensĂ© Ă  d’autres invitĂ©s sur ce cinquiĂšme album ?
Oui, Sam Mangwana par exemple. HĂ©las il nous a fait faux bond. Sur le prochain, peut-ĂȘtre dans deux ans, il y aura IsmaĂ«l LĂŽ, Papa Wemba et Carlos Santana. Les titres sont d’ores et dĂ©jĂ  enregistrĂ©s.


Africando Betece (Syllart Productions / Musisoft)

Patrick  Labesse