Chronique album
Paris
05/01/2001 -
On s’interroge forcément lorsqu’on prend en main l’album Mylenium Tour. L’objet lui-même est surprenant, mais sa mise en scène est plus surprenante encore. Le boîtier de lourd métal doré embouti s’ouvre par le centre comme avec les deux battants de la porte d’un temple. Le cellophane est clos sur la face avant par une photo de Mylène Farmer devant la statue de déesse qui trônait sur la scène de sa dernière tournée : ange blanc et roux devant la divinité bleu nuit. Et lorsque l’on retourne le disque, une photo cadre parfaitement les fesses de la chanteuse, qui paraissent nues sous le voile de la robe. On devine le boîtier de transmission de son micro HF fixé à sa ceinture, une rose jaune qu’elle tient à la main...
C’est peut-être cela l’enjeu des disques de variétés en public : que quelque chose arrive aux chansons, et qui n’est pas leur destinée originelle. Sans remonter à la canonique puissance de Jacques Brel chantant sur un 33-tours enregistré à l’Olympia « une vache à mille temps » au lieu d’« une valse à mille temps », c’est l’incident, le tremblement, la rature, le génie, que l’on attend des disques live - et le vocable anglais est juste : vivant. Paradoxalement, ce disque parvient assez souvent à remplir cet office, à désordonner la netteté du clip.
Mylène Farmer avait choisi Yvan Cassar pour mettre au point les arrangements de scène et diriger le groupe. Curieusement, c’est parmi toutes ses collaborations en cette année 2000 extraordinairement faste pour lui (arrangements en scène ou au disque pour Patricia Kaas, Charles Aznavour, Claude Nougaro), la seule dans laquelle il ne parvient guère à faire entendre un peu sa voix propre, son goût pour les oppositions de timbres, les visions diagonales, les inventions discrètes. Il se contente souvent de se rapprocher des arrangements de studio, ce qui laisse à la voix seule (et accessoirement au hasard, ce qui n’arrive guère à Mylène Farmer sur scène) la lourde tâche de donner du grain à des titres que son interprète aime présenter au disque parfaitement lisses. C’est seulement sur Dernier sourire qu’il déshabille un peu la machine Mylène en ne lui accordant qu’un rien de piano pour la conduire vers les derniers instants du concert.
Mais, comme à son corps défendant, il surgit çà et là des fêlures dans le cristal de la voix, de minuscules abrasions à la surface du geste, tout un ensemble d’imperfections et de coquetteries précises que l’on ne perçoit pas dans le concert, tant l’image et le mime y colonisent tout l’espace sensible. De ce point de vue, ce disque ne ressemble pas à la tournée Mylenium, ce qui est plutôt une bonne idée. Fêler la surface d’un miroir est parfois utile.
Bertrand Dicale
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