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La garde de Marseille

Shurik'n et Faf La Rage unissent leur fraternité


Paris 

21/12/2000 - 

Si Shurik’n et Faf Larage ne sont pas des inconnus pour les amateurs de hip hop, ils le sont encore moins l’un pour l’autre. Dans la vie civile, le rappeur d’IAM et l’auteur de C’est ma cause sont tout simplement frĂšres. AprĂšs une premiĂšre collaboration en 1997, les Marseillais se retrouvent trois ans plus tard pour un album complet dans lequel ils ont uni leurs deux univers, l’Asie et l’heroic fantasy, et s’en expliquent ici mĂȘme.




Vous avez travaillĂ© de concert une premiĂšre fois en 1997 pour un titre seulement, La Garde meurt mais ne se rend pas. Pourquoi ne pas avoir tentĂ© l’aventure dans la foulĂ©e ?
Shurik'n : L’envie de faire un album est nĂ©e aprĂšs ce maxi, mais nous ne savions pas encore que nous allions travailler ensemble. Quand on passait voir ensemble des potes en studio, machinalement, ils nous appelaient La Garde. Lorsque nous avons eu le temps, nous nous sommes dit : "OK, pourquoi pas maintenant ?". Puis, nous nous sommes demandĂ©s quel type d’album faire. C’était fin avril 2000. En mai, nous avons planchĂ© sur l’album. Vu que nous produisons tous les deux, nous avions dĂ©jĂ  pas mal de morceaux faits chacun de notre cĂŽtĂ©. Nous les avons rassemblĂ©s et nous sommes arrivĂ©s Ă  une cinquantaine d’instrumentaux. Si un morceau ne plaisait pas Ă  l’un ou Ă  l’autre, il dĂ©gageait. Pour les lyrics, nous nous sommes vus tous les jours chez moi pour Ă©crire. Parfois, on regardait la tĂ©lĂ©vision et rien ne venait. Puis, le lendemain, on pouvait Ă©crire un texte ou un texte et demi.

Vous ĂȘtes-vous imposĂ© une discipline ? A la maison, le rythme de travail est quelquefois plus relĂąché 
S : C’est un projet qui nous tenait à cƓur, donc l’inspiration est venue assez facilement.

Sur la pochette, vous apparaissez en chevaliers médiévaux. Dans les chansons, vous vous exprimez chacun à travers un personnage. Comment expliqueriez-vous le concept La Garde ?
S : La Garde, c’est la rĂ©union de nos deux univers : l’Asie et l’heroic fantasy. C’est la dĂ©fense de notre vision du hip hop et de nos principes. Il ne faut jamais nĂ©gliger le fond car, quand tu as le privilĂšge d’ĂȘtre sur une scĂšne et de tenir un micro dans tes mains, la moindre des choses que tu dois Ă  ceux qui te donnent ce privilĂšge est de ne pas leur raconter n’importe quoi. Dans nos lectures, il est toujours question du petit contre le fort, de David contre Goliath, le peuple contre les hautes sphĂšres
 On aborde souvent nos textes dans cette optique-lĂ , le fait de partir de rien et d’arriver Ă  quelque chose.

Ces justiciers de tous les temps nous montrent au moins qu’au fond, rien n’a changĂ©.
S : Exactement.

En crĂ©ant Ă  deux, on s’influence mutuellement. Qui a apportĂ© quoi ?
Faf la rage : Nous avons chacun un pied dans le monde de l’autre, peut-ĂȘtre superficiellement car je ne me suis pas mis Ă  pratiquer des arts martiaux pour La Garde ! Tout le cĂŽtĂ© asiatique et fĂ©odal, c’est Jo qui l’a amenĂ© et le cĂŽtĂ© heroic fantasy, chevaleresque, c’est moi. A ce niveau-lĂ , la pochette parle d’elle-mĂȘme.
S : L’heroic fantasy, je la lisais en bandes dessinĂ©es adultes, genre Chroniques de la lune noire. La lire en roman, ça m’est venu il y a deux ans par l’intermĂ©diaire de Faf. Mon but, c’est l’écriture et l’heroic fantasy m’a amenĂ© un nouveau vocabulaire, de nouvelles tournures de phrases, une nouvelle façon de planter un dĂ©cor, de dĂ©crire des personnages

F : Jo peut arriver avec des sons traditionnels asiatiques que je n’ai pas le rĂ©flexe de sampler. D’autre part, je n’ai pas cent disques de musique traditionnelle asiatique chez moi, alors que lui, les a. Il y a eu un gros mĂ©lange musical. On a mĂȘlĂ© du typiquement blues Ă  une harpe que tu imaginerais mĂ©diĂ©vale, alors que pas du tout. Au plus tu mĂ©langes, au plus tu crĂ©es des atmosphĂšres inĂ©dites.
Un projet commun comme celui-ci vous apporte-t-il quelque chose dans vos carriĂšres solo ?
S : DĂ©jĂ , une Ă©norme satisfaction. Dans la maniĂšre de travailler, ça m’a poussĂ© Ă  essayer d’avoir un flow plus variĂ©, Ă  suivre la musique. C’est une ouverture d’esprit que je vais conserver dans mon travail.
F : Pour moi, mĂȘme si c’est ponctuel, c’est plus qu’un projet annexe : c’est carrĂ©ment un deuxiĂšme album solo. Nous nous sommes autant impliquĂ©s dans cet album que dans nos albums solo respectifs. Jo a une façon de ressentir la musique diffĂ©rente de la mienne. A la base, il est danseur. Moi, je ne danse pas. On ne rĂ©agit pas de la mĂȘme maniĂšre en Ă©coutant un instrumental. Maintenant qu’on a fait cet album ensemble, je commence Ă  peine Ă  voir comment il Ă©coute la musique. Dans mes prochaines productions, je reviendrais peut-ĂȘtre avec quelque chose d’un peu plus dansant que ce que je faisais.

La scÚne, ça se prépare comment ?
S : Nous avons voulu que la plus grande partie de l’album soit jouable sur scĂšne. Nous venons de faire deux show cases au Canada. Nous n’avions jamais jouĂ© nos morceaux sur scĂšne. Les Ă©couter Ă  fond avec du monde dans la salle a Ă©tĂ© l’occasion de prendre nos marques. Ça nous permet de commencer Ă  y penser. Mais ce n’est que le dĂ©but.

Que vous inspire la scĂšne rap ces derniers temps ?
S : On s’est mis dans le hip hop par passion. Mais, depuis dix ans, beaucoup se sont lancĂ©s par appĂąt du gain. Aujourd’hui, des groupes pas trĂšs rĂ©putĂ©s demandent parfois des cachets extraordinaires ou ont des exigences incroyables. Ils veulent tout, tout de suite. Il y a tellement de rap qu’il y a forcĂ©ment de la rĂ©cupĂ©ration. Avant, quand tu disais que tu faisais du rap, les gens se foutaient de ta gueule. Il fallait ĂȘtre passionnĂ©. Les choses ont changĂ©. AprĂšs, c’est le temps qui juge. Ceux qui ne sont pas lĂ  par passion ne durent pas.

La Garde (Virgin / Delabel)

Gilles  Rio