Chronique album
ParisÂ
27/10/2000 -Â
n anglais, bliss dĂ©signe un bonheur qui nâa pas dâĂ©quivalent parfait en français, Ă moins de pĂ©riphrase : une fĂ©licitĂ© dâordre spirituel, qui nâest pas attachĂ©e Ă un Ă©tat matĂ©riel des choses, mais plutĂŽt Ă leur envers immatĂ©riel.D
onc, Vanessa est heureuse de sa vie de couple, de sa vie de mĂšre, de sa vie tout court, et elle le fait savoir. Dieu merci, câest sans les torrents de bouillie lactĂ©e et les Ă©tangs de miel avec lesquels certaines chanteuses francophones ont cĂ©lĂ©brĂ© leurs noces et maternitĂ©s. DouĂ©e de goĂ»t, elle a choisi de sâentourer dâintelligences sensibles : Mathieu « M » ChĂ©did, Franck Monnet, Didier Golemanas, son compagnon Johnny Depp, Alain Bashung pour une musique... Elle a participĂ© massivement Ă lâĂ©criture de ce disque, textes et musique. Manifestement plus douĂ©e pour les textes en français, elle assĂšne hĂ©las, en anglais, de longues sĂ©ries de banalitĂ©s vaguement moralistes (par exemple : « around your wounds begin your peace of mind »). Mais, heureusement, en français, tout ce monde parle un langage oblique, sereinement radieux.
On sâenvole doucement, sans claquements dâailes et grands cris de vertige, comme des oiseaux convalescents dĂ©jĂ comblĂ©s de nâĂȘtre pas piĂ©tons. Quand elle chante Les Acrobates, câest avec une voix de fleur qui ne se rĂȘve pas en arbre, et sâĂ©merveille du quotidien miracle de la couleur dans un matin nouveau. Câest cette fragilitĂ©, cette modestie dâambition qui est le plus charmant de ce disque : dans La la la song ou Dans mon cafĂ©, elle donne une note languide Ă lâopulence qui fait songer Ă un Dutronc dĂ©barassĂ© de sa virilitĂ©, Ă des Beatles trop fragiles pour la stratosphĂšre, Ă des Innocents sans jeux de mots (encore quâelle chante : « faire le pressing ou repasser, jâhĂ©site »...). A part quelques poids çà et lĂ (dans LâAir du temps, par exemple), les arrangements et la production (M et Vanessa, pour lâessentiel) adoptent la mĂȘme clartĂ© tendre, le mĂȘme plan de vol modeste et dĂ©taillĂ©. Petit voyage pop dans les intimes douceurs de vivre, Bliss ressemble Ă une femme rĂ©ussie.
Vanessa Paradis Bliss (Barclay) 2000
Bertrand Dicale
Â
04/09/2007 -Â