Paris
19/10/2000 -
RFI Musique : La musique jamaïcaine vous a toujours interpellé?La mode est aux remix techno. Vous avez déjà été tenté par ce genre d'expérience?
Je n'aime pas me répéter. On m'a demandé moult fois de refaire "Brigadier Sabari" par exemple. J'ai dit non. Mais si quelqu'un veut reprendre un morceau à sa sauce , il a mon feu vert. D'ailleurs La Brigade, un groupe de rap français a justement repris "Brigadier Sabari" avec mon "petit frère" Pierpoljak. Lui, je l'ai recontré en Jamaïque et après il est passé me voir quand j'étais en studio à Paris. Il a le reggae dans le sang.
Qu'avez-vous fait le soir de votre arrivée en France le 4 octobre?
J'ai eu la chance et l'honneur d'être invité au match France - Cameroun. Les Lions Indomptables sont formidables. J'ai regardé leur finale aux JO de Sydney à la télévision. Il était trois heures du matin à Abidjan, mais je ne voulais pas rater cela. Je me souviens d'un autre, il y a longtemps, contre la Côte d'Ivoire. Ils nous avaient battus et dans tout le pays, c'était le deuil national. Moi, je ne les aurais pas baptisés les Lions Indomptables, mais plutôt les Lions Imprévisibles.
Vous êtes actuellement en tournée en France et ne serez donc pas présent en Côte d'Ivoire pour les élections prévues le 22 octobre.
Je vais voter à l'Ambassade. En revanche si ça pète, je dois retourner là-bas. Les militaires sont venus dans ma maison avec leurs mitraillettes la nuit du 17 au 18 septembre, quelques heures après l'attaque de la résidence du Général Gueï (cette perquisition, les soupçons que l'on a eu à mon encontre m'ont révolté), mais ce n'est pas une raison pour que je ne retourne pas chez moi. Quand on part, c'est que l'on a quelque chose à se reprocher. Moi, je n'ai rien à me reprocher. Et s'ils veulent me tuer, qu'ils me tuent. Tant que j'aurai un souffle, je leur dirai d'arrêter. Il faut que le débat démocratique que nous recherchons puisse avoir lieu. Mais quand on parle d'assassinats, de coups d'état, on s'éloigne complétement de la démocratie dont nous avions rêvé. Aujourd'hui, il y a péril en la demeure. Je suis extrêmement pessimiste sur l'évolution de la situation.
Quel est le rôle du chanteur dans une société?Vous avez par le passé essuyé quelques reproches pour avoir soutenu Houphouët-Boigny.
Je ne renie pas cet engagement. Si le reggae ivoirien est devenu aujourd'hui le troisième reggae planétaire, c'est grâce au soutien, à la protection d'Houphouët-Boigny.
Patrick Labesse
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