Paris
09/10/2000 -
Parmi les dernières créations culturelles de l'ère Mitterrand, la Cité de la musique fut inaugurée en 1995. Cet ensemble architectural contemporain, très ouvert et très élégant, au nord-est de la capitale, offre à ses visiteurs toutes les façons d'approcher cet art : concerts bien sûr, musée, mais aussi conférences, enseignement, rencontres professionnelles, ateliers pour les enfants. Si les musiques classique et contemporaine tiennent une place maîtresse dans la programmation, la chanson et les musiques du monde sont aussi fort bien traitées en particulier grâce à ces "carte blanche" où, dans les limites de la mission que s'est donnée la Cité – ce n'est pas un club de rock et les décibels élevés ne sont pas forcément les bienvenus -, un artiste peut monter un spectacle tel qu'il le souhaite, loin de tous soucis promotionnels.
C'est ainsi qu'après Jacques Higelin, les Rita Mitsouko, Caetano Veloso et bientôt le Kabyle Aït Menguellet, c'est à Arno que Brigitte Marger, directrice générale de la Cité et conseillère artistique, à proposé la mise. Contrairement à d'autres (n'est-ce pas Jacques ?…), le Belge s'est investi dans cette création avec beaucoup de sérieux et de plaisir. Mais aussi un peu de perspicacité au début : "C'est une salle où on ne peut pas faire ce qu'on veut, hein ? On est obligé de jouer semi-acoustique. Les techniciens sont venus me voir à Bruxelles pour parler du son, je devenais fou. Je trouvais ça bizarre. Est-ce qu'ils avaient peur qu'on fasse beaucoup de bruit ?"*.
Du bruit, ils en ont finalement fait. Et personne ne s'en est plaint. Pourtant, tout a commencé sobrement. Le public, plutôt jeune (25-40 ans) et branché (hype qu'ils disent maintenant), s'est d'abord installé sagement dans les fauteuils de velours bleu de la très austère salle des concerts où résonnent plus souvent du Schoenberg que du rock'n'roll. Clope au bec, dans un costume noir à fines rayures, Arno investit la scène, à la suite de son groupe, cinq fabuleux musiciens qui sont pour beaucoup dans la classe du spectacle : Mirko Banovic (basse), Geoffrey Burton (guitares), Gwen Cresens à l'accordéon, Serge Feys (piano, claviers) et Rudy Cloet (batterie), ces deux derniers jouant avec Arno depuis TC Matic au début des années 80. Quand il entame son premier titre, Marie tu m'as, sa voix, merveilleusement cassée, détruite par la nicotine – difficile d'imaginer qu'Arno chanta Faust deux mois durant à l'Opéra de Paris en 86…-, laisse pourtant chacun sous le charme. Une fois de plus. Catherine Pouplain-Pédron
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