Chronique album
Paris
06/10/2000 -
Une opportunité qui en rappelle bien d'autres. Son premier album Black and What, concocté au début des années 90, était une idée d'Eric Ghenassia, producteur familier des grands coups du show-biz musical, tendance Stéphanie de Monaco. Yannick, à l'époque où il le rencontre, envisageait sérieusement sa reconversion hors des courts de tennis et s'excitait surtout sur un vieux rêve de môme : être artiste. "Pour faire passer des émotions" disait-il. Pour éviter la routine également. Car la vie des stars du tennis se résume bien souvent, une fois la raquette de champion rangée au vestiaire, en une série d'exhibitions sponsorisées, ennuyeuses pour la plupart. Noah, qui après bien des matchs, s'est retrouvé à chanter avec ses potes, Wilander ou Mc Enroe, dans des bars ou des clubs, est complètement séduit par une éventuelle carrière dans la chanson. A un confrère, il confie : "Au tennis, le bonheur du vainqueur fait toujours le malheur de l'autre. Alors que sur scène, on était tous heureux ensemble".
Suffit-il de le vouloir, même fortement, pour que cela se réalise ? Yannick, en entraînant Ghenassia dans son sillage, a un avantage indiscutable dès le départ. Il bénéficie d'une image médiatique très forte. Son regard, ses liaisons, sa mystique font florès dans la presse people. De quoi décider TF1 (la première chaîne du paysage audiovisuel français), Carrère (maison de disques passée maître dans les "coups" à succès), plus Wellcome (label indépendant qui ne pouvait rêver mieux pour se faire entendre) à tenter l'aventure. Black and what fait son tabac. Saga Africa, premier single de l'album, devient un tube d'été. Le public, en effet, a suivi sans sourciller. Noah n'aura sans doute pas signé là l'opus qui fera de lui un fabuleux interprète, à l'image de ses idoles de jeunesse (Hendrix, James Brown, Marley). Mais à l'impossible, nul n'est tenu. Yannick cherchait en réalité un autre moyen d'exister et d'exprimer sa rage. Ses chansons sont une aubaine pour poser son nouveau discours. Il parle de racines, de joie de vivre, de fidélité à l'amitié et pointe le racisme du doigt. Le schéma, à quelques différences près, se répétera avec le second album, Urban Tribu sorti en 1993, dans une perspective plus anglo-saxonne mais avec moins de succès. Là aussi, c'est une idée apportée par les autres et en particulier de son producteur, à la rencontre de son obsession pour le chant.
La vérité dans cette histoire tient à la sincérité d'un homme qui sait et qui aime se donner à son public. Sans calcul ni arrière-pensées. C'est ce que ses producteurs et son entourage ont compris. Et c'est ce qui au fond a permis de pérenniser une carrière qui aurait pu s'arrêter là où elle a commencé. L'odyssée de Noah l'artiste, continue. Reste à savoir si l'effet "saga" se renouvellera ou pas, en termes de vente. Une question qui, probablement, n'interpelle pas l'intéressé, dans la mesure où seul le satisfait la capacité de réaliser son vieux rêve de môme.
Soeuf Elbadawi
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