ParisÂ
04/09/2000 -Â
ColĂšre, dĂ©sespoir et poĂ©sie de la mort. Des mots qui collent Ă mĂȘme la peau du plus indĂ©pendant des chantres de la pĂ©riode post-punk en France. Agitateur inspirĂ©, ayant longuement servi la cause alternative du rock hexagonal, avant de se reconvertir dans la chanson volontairement intimiste, il gravit avec succĂšs les charts en solo au dĂ©but des annĂ©es 90 et se distingue par la violence de ses textes. On parle de romantisme nimbĂ© de noir. Lui exprime ses angoisses intĂ©rieures, Ă©crit sur lâamour et la drogue, sans prendre de gants inutilement. Rien Ă voir avec un commerce du tourment⊠Quand on a la rage au cĆur, il vaut mieux la laisser sâĂ©panouir. Câest juste une affaire de principe. En 1995, Solo lâĂ©corchĂ© vif achĂšve cependant de glacer crĂ»ment son monde Ă la fin dâun tour de chant au Bataclan : "Jâai une bonne nouvelle Ă vous annoncer, je ne suis plus sĂ©ropositif, et une mauvaise, jâai le sida". Sans le savoir, il engage alors son discours dans un dĂ©bat plutĂŽt complexe. Certains en effet ont voulu voir en lui un porte-parole possible de la cause sidĂ©enne. Lui nâa dĂ©sirĂ© en fait parler que de son dĂ©sarroi face aux insouciances affichĂ©es par le public. 
Mano Solo a enfin trouvĂ© le moyen de cicatriser les plaies intĂ©rieures et de croire en des lendemains possibles (""Et je taille ma route plus rien ne me dĂ©goĂ»te"). Finies les larmes, le dĂ©goĂ»t et la haine, place Ă lâoptimisme dâune nouvelle vie ("Chaque fin est dâun nouveau lendemain quâil faut aimer"). Comme un oiseau qui sâĂ©chappe de sa cage, Mano sâenvole au-dehors et y apprĂ©cie les instants vĂ©cus et Ă venir. Ici et ailleurs : "Il y a sĂ»rement des pays qui valent le coup [âŠ] Des pays oĂč le grand air fait vibrer la moindre priĂšre". A sa suite, les mots rĂ©sonnent comme autant de bras qui sâouvrent, vous Ă©treignent et vous embrassent. Les notes qui sâalignent Ă©galement. Lâalbum, rĂ©alisĂ© sous la direction de son comparse Jean-Louis Solans, mĂȘle les influences dâhier et dâaujourdâhui : ambiances jazz et rock, envolĂ©es salsa ou ska, couleur tzigane qui virent Ă lâafricaine⊠Dehors pratique un voyage inter-musical subtil et sans excĂšs. De lâaccordĂ©on comme toujours, du balafon pour surprendre. De lâĂ©nergie pour booster, de la mesure pour la nuance. Avec sa voix toujours Ă©raillĂ©e, vacillante mais enflammĂ©e. Il y a un cĂŽtĂ© maturitĂ© au sens plein quâon ne peut sâempĂȘcher dâentrevoir dans cette nouvelle fournĂ©e du chanteur rĂ©aliste. Mano se rĂ©concilie avec lui-mĂȘme, pardonne Ă son corps et libĂšre son Ăąme dans un Ă©lan de gĂ©nĂ©rositĂ© assumĂ©e. Il nous cause de lâAutre Solo mais nâoublie pas de mettre en toute sincĂ©ritĂ© son regard au service de la dĂ©tresse dâautrui : les sans-abri par exemple dans Les habitants du feu rouge. Sans forcer le trait. Certainement parce quâil y a des Ă©vidences qui se suffisent Ă elles-mĂȘmes. Restent alors les mots dâune poĂ©sie passionnĂ©ment humaine et humanisante. EnrobĂ©e de tendresse, doublĂ©e dâune sensualitĂ© toute nouvelle. Renaissance, quand tu nous tiens⊠Mano Solo est un autre. Que celui qui pense le contraire, sâen aille en enfer tout seul. Soeuf Elbadawi
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