ParisÂ
23/08/2000 -Â
Le Dub ? KĂ©zako ? Pour rĂ©sumer, câest du reggae, instrumental toujours, expĂ©rimental souvent. On en attribue la paternitĂ© Ă lâingĂ©nieur du son jamaĂŻcain King Tubby qui rĂ©cupĂ©rait les versions instrumentales des disques de reggae et y rajoutait un tas dâeffet, dâĂ©chos et de rĂ©verbes : le studio etait pour la premiĂšre fois, utilisĂ© comme un instrument Ă part entiĂšre. C'Ă©tait Ă la fin des annĂ©es 60.
A des milliers de kilomĂštres de Kingston, en France, un certain Pierre Schaeffer, le pape de la musique concrĂšte, expĂ©rimentait aussi le travail des sons en studio dans une dĂ©marche pas si Ă©loignĂ©e de celle de King Tubby. A cette Ă©poque, le studio offrait des perspectives insoupçonnĂ©es jusque-lĂ : sampling, collages ou remixes. Les ingĂ©nieurs du son Ă©taient rois et les sons devenaient comme des caramels mous que lâon tord, distend ou rallonge. Pas si Ă©loignĂ© en fait du travail effectuĂ© aujourdâhui par les producteurs techno.
Depuis ce temps-lĂ , le dub a poursuit son bonhomme de chemin, discrĂštement certes mais en poussant toujours un peu plus loin les expĂ©rimentations. Ainsi Bill Laswell, ami de Bob Marley, surnommĂ© "Bassmaster" par ses condisciples, mĂ©lange depuis des annĂ©es musique celtique, japonaise ou marocaine avec des rythmiques dub, prouvant ainsi lâuniversalitĂ© de cette musique nĂ©e sur une Ăźle pas plus grande quâun dĂ©partement français. Mais si le dub explose ces temps-ci, on le doit en grande partie aux jeunes producteurs de musique Ă©lectronique, particuliĂšrement dans lâambiant qui se caractĂ©rise par un ralentissement du tempo et des BPM (battements par minutes).
Ces nouveaux sorciers du son retrouvent dans le dub, lâapesanteur, le cotĂ© abstrait, expĂ©rimental et introspectif que lâon retrouve dans leurs propres productions. Le meilleur exemple reste Massive Attack et leur second album Protection que les Anglais ont entiĂšrement fait remixĂ© par Mad Professor sous le titre No protection, histoire de rappeler aux kids oĂč sont les racines de leur musique.
French Dub Touch
Si la house music Ă la française est nĂ©e Ă Paris, pour le dub français, il en est autrement. Ce serait plutĂŽt en province et surtout du cotĂ© de Lyon que la majeure partie des groupes ont vu le jour. Câest le cas du Peuple de lâherbe et de High Tone.
Le Peuple de lâherbe vient de sortir un premier album, Triple ZĂ©ro sur leur propre label Supadope. On lâaura compris, on assume le cotĂ© stupĂ©fiant (!) du reggae mais dâune maniĂšre douce⊠La spĂ©cificitĂ© de cette bande dâallumĂ©s est dâintĂ©grer le dub comme lâun des aliments de leur cuisine mais pas seulement comme nous lâexplique DJ Pee, lâun des compositeurs : "Jâose espĂ©rer quâaujourdâhui les gens sont prĂȘts Ă Ă©couter un album qui navigue entre dub, jungle et house. Les chapelles nâexistent plus et câest tant mieux. Câest lâune de nos forces comme lâutilisation du français dans les samples que lâon envoie. Fini le complexe face aux Anglais. Je veux que mes potes comprennent ce quâon veut dire et puis honnĂȘtement ça nous donne une touche singuliĂšre." Je ne sais pas si vous connaissez Lyon, mais musicalement Ă part Starshooter et son cĂ©lĂšbre rouquin Kent, la scĂšne musicale nâa jamais vraiment impressionnĂ©. Alors pourquoi aujourdâhui une telle effervescence ? DJ Spee : "Comme il nây a pas grand chose, on sâest pris en main ! ! Quand la scĂšne punk indĂ©pendante sâest cassĂ© la figure, dans les magasins de disques punk-rock il ne restait plus que des disques de ska (ndlr : lâancĂȘtre du reggae version speed), du reggae et du dub. Petit Ă petit tout le monde est tombĂ© dedans en gardant lâesprit punk du "do it yourself" (fais-le toi-mĂȘme). Et comme on nâavait plus envie dâavoir un chanteur qui chantait des textes nuls et faux en plus, on les a remplacĂ©s par des extraits de films ou des samples dâautres chansons."
Du cĂŽtĂ© des High Tone on ne dit pas le contraire : "Nous sommes arrivĂ©s au dub par le biais de lâĂ©nergie punk et du reggae, mais pas forcĂ©ment par lâĂ©lectro. LâĂ©lectro, câest maintenant que nous lâutilisons." Pour tous ceux qui seraient Ă©tonnĂ©s par le raccourci punk-reggae, rappelons que The Clash a largement maniĂ© le dub sur lâalbum Sandinista et quâun certain Bob Marley chantait Punky-reggae party. Le reggae et le punk Ă©tant deux musiques qui puisent leurs sources dans les ghettos et prĂŽnent la rĂ©volution et le renversement de lâestablishment, lâanarchie pour les uns et le fameux "Shoota Babylon" pour les autres. 
Aujourdâhui chez les Frenchies, pas de revendications sociales si ce nâest une certaine idĂ©e de tolĂ©rance, de respect et de solidaritĂ© entre les groupes de la tribu dub. "Pour lâinstant", poursuivent les High Tone, "la scĂšne dub française est unie, jâespĂšre quâil en sera de mĂȘme quand les ventes sâenvoleront."
Babylon by bus
Si on peut espĂ©rer une explosion de cette scĂšne, câest parce quâelle possĂšde une rĂ©elle originalitĂ©, un son propre mĂȘme si comme sâen dĂ©fendent les High Tone : "Chaque groupe a sa spĂ©cificitĂ©, mais le point commun entre nous tous, câest de jouer live. LĂ oĂč le dub anglais est trafiquĂ© par un ingĂ©nieur du son derriĂšre ses machines, Ă la jamaĂŻcaine, nous nous jouons du dub en live, câest une autre mise en place qui est pour nous plus excitante et pour le public, plus attrayante quâun bidouilleur sur scĂšne, seul avec ses boĂźtes Ă rythmes et ses effets." Et câest certainement sur ce terrain que la diffĂ©rence se fera. Si les voyages forment la jeunesse, les concerts engendrent de vrais artistes, un vrai public, et des ventes qui suivent. "Nous sommes allĂ©s Ă Prague il y a quelques semaines et lâaccueil a Ă©tĂ© extraordinaire," poursuivent les High Tone, "et quand tu vas dans un pays de lâEst, câest comme une pelote de laine, tous les autres pays, Hongrie, Pologne, Roumanie ont des connexions entre eux. Pour nous lâobjectif en 2001 câest de sortir Opus Incertum, notre petit dernier dans toute lâEurope avec le concours de PIAS, distributeur indĂ©pendant." On est punk oĂč on ne lâest pas ! LâindĂ©pendance encore et toujours ! Le Peuple de lâherbe va lui, sortir en septembre un nouveau maxi extrait de Triple ZĂ©ro, remixĂ© par Rich du groupe anglais des Freestylers, agrĂ©mentĂ© dâautres remixes signĂ©s par les Grenoblois de Phunky Data, nettement plus orientĂ© house.
A lâheure oĂč la French touch nâen finit pas de recycler de vieux hits discos avec les sempiternels filtres qui lassent tout le monde, le futur des musiques Ă©lectroniques françaises trouve un second souffle dans une musique créée il y a prĂšs de 30 ans mais qui a fait ses preuves par sa capacitĂ© de mĂ©tissage. Qui a dit que lâhistoire nâĂ©tait quâun Ă©ternel recommencement ?
Willy Richert
Liste non exhaustive de galettes dub Ă avaler :
Le peuple de lâherbe/Triple zĂ©ro (Supadope/PIAS)
High tone/Opus incertum (PIAS)
French Dub Connection Vol. 1 et 2 (Echo Beach, label allemand)
Zenzile (Crash records)
Richard H.Kirk/Dance music pour le 21Ăšme siĂšcle (Touch) : Lâex-Cabaret Voltaire invente le dub minimal aux basses profondes.
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