Paris
08/08/2000 -

L'album paru chez Mélodie, s'intitule Renaissance. De Pointe-Noire à Deauville, en passant par Trouville, l'auteur d'Ancien Combattant, tube qui a pulvérisé tous les records de popularité imaginable dans les années 80 pour un artiste africain, promène à nouveau son humour et sa lucidité légendaire. On se souvient de son fameux dialogue entre le Mort et le Corbillard, le premier essayant de convaincre le second de ne pas l'emmener dans la fosse ("Je n'ai pas encore payé toutes mes dettes"). Tentative demeurée sans succès ("Je t'emmène, je t'emmène"). Alors que Zao, lui, il y est arrivé : il a su convaincre la mort en personne de l'acquitter.
Porté disparu pendant un moment par ses amis, on le disait enterré dans une fosse quelconque. C'était bien sûr entièrement faux. Et il y a un an environ que l'artiste est sorti de son long séjour en forêt. Neuf mois de privations multiples en pleine jungle de Makaka, suite à des menaces de mort dans un pays complètement rongé par la guerre civile. Neuf mois passés à replanter des légumes, à écrire des chansons, à mûrir sa réflexion sur l'inconscience de cette guerre "intérieure" aux Congolais. Neufs mois durant lesquels il s'est inquiété pour sa famille, surtout après avoir perdu son fils. Neuf mois de silence donc pour un homme qui avait pris l'habitude de botter en touche contre tous les malotrus de la vie, en priorité ceux qui oublient que le monde est fait pour vivre, et non pour s'entretuer.
A sa sortie de forêt, grâce à un "couloir humanitaire" de dernière minute, il a trouvé ses compatriotes complètement minés par la psychose entretenue par les milices, retrouvé son domicile dans un état lamentable, après avoir été pillé. De quoi renforcer vos convictions sur la bêtise humaine. Zao aurait voulu être un optimiste de nature. Mais la vie l'a rendu sceptique. Instituteur reconverti dans la chanson, il s'est inspiré à ses débuts de la tradition du nzonzi, sorte de troubadour burlesque, dont l'humour et le message caustique animent les banquets de mariage dans sa culture d'origine. Satire en couleurs et paroles engagées ont alors nourri ses compositions, donnant matière à réfléchir à ses contemporains. Clown philosophe, il charge ses mots contre la guerre ("Quand venant la guerre, tout le monde est cadavéré"), l'alcoolisme ("Le vin rouge, je n'attends que la mort/ Le vin rouge a rougi mes lèvres, je n'attends que la bagarre"), le sida ("la maladie pour une bêtise du samedi soir"), le paludisme ("Tu piques ma femme sans payer l'adultère […] On a inventé les bombes pour tuer l'humanité, mais chez les moustiques, on n'arrive pas"). Avec toujours cet humour qui déconcertait plus d'un francophone… au-delà des rives du Congo.Soeuf Elbadawi
26/06/2006 -