Chronique album
07/07/2000 -
Il fallait s’y attendre. Sorti courant 1997 et efficacement soutenu par le single Ameno, le triomphe de l’album éponyme d’Era en France (plus d’1 million d’exemplaires au compteur) allait se doubler d’un plébiscite à l’international, où la galette trouvera quelque 2,5 millions d’acheteurs, transformant l’essai en coup de maître commercial. Trois ans après son apparition dans les bacs et salué depuis par une Victoire de la Musique, Era premier trône parmi les plus gros cartons internationaux de l’industrie discographique française, commercialisé dans une trentaine de pays. Concocté par le musicien Eric Levi sous l’estampille Era, ce mélange de chants d’inspiration cathares et de musique électronique allait s’inscrire dans une mouvance new age en vogue en Occident autant qu’il allait séduire les terres encore marquées par l’influence des églises, de l’Europe de l’Est à l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, voici venu pour Era le temps de la résurrection.
Pour ne pas tourner plus longtemps autour du pot, autant le préciser tout de go : cette suite peu inspirée (un comble pour une œuvre qui se voudrait liturgique) aurait très bien pu sortir à l’époque du premier Era, en deuxième partie d’un double CD, d’autant plus qu’elle n’excède pas trois quarts d’heure (un calibre plus proche de l’ère du vinyle que de celle du compact disc). Mais au prix du double CD, aurait-il battu des records de vente ? Sans doute surpris par sa bonne fortune, Eric Levi s’est donc remis à la tâche sans rechigner et livre ici une resucée de l’épisode précédent. Pour ceux qui l’auraient raté, la formule est simple : à la manière d’Ademius et plus récemment de Gregorian, Eric Levi mitonne son pot-au-feu new age à partir d’airs que l’on croirait directement échappés du Moyen Age, de chants finalement plus profanes que sacrés (puisque interprétés en faux latin dans le texte) et de musique électronique entrelardée de synthés ou de guitares un peu toc. Eminemment grand public, ce produit de consommation courante ne séduira vraisemblablement que les amateurs du premier volet. D’ailleurs, son auteur ne se décarcasse guère pour convaincre de nouveaux fidèles : aucune interview pour prêcher la bonne parole, une promotion principalement axée sur la publicité télévisée et autour d’un morceau, le single Divano. 
Pour ce qui est du factuel, outre Divano, le Era primeur renferme huit autres morceaux plus un instrumental en conclusion, planants et envoûtants pour certains, frappés du sceau d’un terrible ennui pour d’autres : Omen Sore, Don’t U, Misere Mani, Hymne, Devore amante, Sentence et j’en passe. Les textes dégagent une atmosphère mystérieuse, vu la langue utilisée, méconnue de la plupart des auditeurs (latin rare ou dialecte inventé de toutes pièces ?), mais ne sont qu’un prétexte à placer des voix. Incompréhensible, le fond semble aussi creux que la forme. Le dossier de presse laconique accompagnant cette nouvelle hostie consacrée stigmatise à merveille la puissance du concept : un voyage intemporel dans un monde où s’affrontent le Bien et le Mal (une bonne trame pour un nanar sci-fi). Enregistré à Londres et mixé à Paris, entièrement composé, arrangé, écrit et produit par Eric Levi, l’album a en fait été conçu à Malastrana, le quartier le plus ancien de Prague. Et quoiqu’on en pense, il est déjà un succès public, classé dans les meilleures ventes de disques en France comme en Allemagne, en Belgique, en Scandinavie, au Canada, en Nouvelle-Zélande ou encore aux Pays-Bas.
Gilles Rio
Era 2 (Mercury/Universal)
14/03/2003 -