La Réunion
21/06/2000 -
Après Mayotte et l'Ile Maurice, La Réunion marque un retour violent dans le monde des supermarchés et des distributeurs automatiques. Petit bout de France implanté sur un terrain volcanique et au milieu d'un magnifique océan dont de gigantesques rouleaux bastonnent sans arrêt les côtes. De magnifiques cirques trônent en son centre. Ça rappellera des souvenirs à Higelin, homme de cirque par excellence. D'hiver ou du soleil. 700.000 habitants vivent ici et se mélangent assez pour faire de cette société un monde métissé et multiracial. Créoles, Hindous, Chinois, Européens (les "Z'oreilles"), musulmans, bouddhistes, hindouistes, il n'est pas surprenant que dans une telle réunion culturelle, la musique soit autant ouverte et vivante. "Il faut forcément tenir compte du métissage", me raconte Alain Courbis, directeur du Pôle régional des musiques actuelles de la Réunion, association issue du Ministère de la culture, qui travaille à former, informer et exporter les musiciens réunionnais. Vaste mission dans un pays où pas moins de 300 ou 400 groupes sont en activités et où une centaine de CDs voient le jour par an ! "C'est vrai qu'il se passe plus de choses ici que dans n'importe quelle ville de province en métropole", me confirme Philippe Capponi de Yellow Moon, petite boîte de production indépendante qui a largement participé à mettre en place la tournée Higelin dans la région. Du coup, tout le monde semble d'accord pour dire qu'il est très difficile pour un artiste local d'éclore, de sortir du lot. "Ici, on fait très facilement faire un disque à un jeune artiste mais on ne lui apprend pas pour autant les réalités du métier, de l'industrie. Et s'il débarque en France (ndlr : métropolitaine), le décalage est énorme", continue Capponi. "Seul Danyel Waro sort du lot et s'est fait un nom solide en France", s'accordent à reconnaître les deux hommes. Tout ce petit monde auquel il faut ajouter l'ODC (Office Départemental pour la Culture), tente donc de travailler ensemble pour soutenir au mieux les opérations musicales. Les uns ont besoin des autres même si "l'interactivité manque parfois", regrette Philippe Capponi. "La culture à la Réunion est très politique. A Yellow Moon, on privilégie la passion, les coups de cœur, sans obligations commerciales. On s'occupe ainsi de Eric Triton, un bluesman mauricien ou de M'toro Chamou de Mayotte". Du côté d'Alain Courbis, l'angle est plus institutionnel, plus formateur. C'est ainsi qu'il y a trois jours, il organisait une opération avec les Massilia Sound System, un concert accompagné d'un stage. Chacun y va donc de sa mission et de son budget aussi. Mais ce que tout le monde confirme, c'est que la Réunion est un richissime terreau musical. Tous les styles existent, du plus traditionnel au plus expérimental. Le but du jeu est donc de s'entendre pour que tout cela vive. Et Jacques ?
Qu'est-ce qu'il devient au milieu de tout ça ? Il regarde le ciel et il chante ! Deux belles salles, deux belles scènes ont reçu le sexagénaire volant. Succès. Au Tampon d'abord vendredi 14. Cette petite ville sur les hauteurs, où la température chute le soir (la sortie de concert fut frisquette), a fêté Higelin jusqu'au cafard venu l'accueillir sur le plateau et qui est ainsi devenu héros d'une chanson. Beaucoup de force et beaucoup de tendresse ce soir-là avec le Parc Montsouris, Paradis Païen, Y'a pas de mots. Mais aussi quelques bénéfiques rafales de rires surtout quand le chanteur-acteur se lance dans une imitation de Claude François… fort réussie. A la fin, dans son "pardessus pas râpé", Higelin revient une ultime fois, accordéon sur le ventre pour L'accordéon désaccordé, ponctué d'un hommage à Piaf. Le public reprend en chœur. Le lendemain, ambiance différente, cadre différent, public différent. Samedi soir, Higelin s'installe sous les étoiles dans le très bucolique Théâtre en plein air sur les hauteurs de St Gilles. D'un côté la mer, de l'autre les collines. Rien à dire sur le décor. A l'heure de la balance, le théâtre façon Epidaure (mais dont la belle pierre y est remplacée par du triste béton) baigne dans un coucher de soleil naissant. Higelin est de très bonne humeur. La balance est d'une rare rapidité. Tout va bien. L'heure du concert arrive aussi vite que la fraîcheur tombe sur le théâtre, ce qui ne semble pas décontenancer les grenouilles qui errent sur les pelouses alentours. Jacques pique un somme dans sa loge. Mahut médite. Repos avant l'explosion. 1440 personnes (pour 1000 places) s'agglutinent sur les bancs de béton, les fesses au chaud sur des coussins. Quelques-uns escaladent même les collines alentours, armés d'une seule lampe de poche. Les trois heures de concert s'enfilent sous une lune bien pleine. Quelques invités ponctuent le spectacle à commencer par M'toro Chamou, le jeune artiste mahorais qui avait déjà fait sa première partie à Mayotte, puis en fin de bal, le rejoignent un joueur d'harmonica, Mr Spok (je vous jure que c'est son nom…) et Anne Vassiliu, ancienne choriste de Jacques mais aussi de Julien Clerc ou de Thiéfaine. Ce petit groupe hétéroclite clôt donc la soirée dans une danse improvisée. Rideau. 
Catherine Pouplain-Pédron
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