Ile Maurice
17/06/2000 -

Ce jour-là, quelques heures avant de monter sur scène, artistes et techniciens s'affairent dans le petit théâtre vaguement à l'italienne du Plaza pour l'incontournable balance. "Les retours, moins forts à droite ! Non, un peu plus ! Oui, c'est bon !" Travail de préparation sonore souvent ignoré par le public, surtout s'il est réussi… Higelin se plait dans ce lieu où il a joué dix ans auparavant. Une affiche de l'époque en témoigne au milieu de celles de Gréco, Lama, Sapho ou des photos des comédiens qui ont joué là. Pendant ce temps-là, assis sur les marches du hall, Guy Lacroix, directeur du Centre Culturel Français et de l'Alliance française très implantée dans l'île (pas moins de 7 antennes), m'explique pourquoi le français est si implanté dans cette île anglophone : "Maurice est un des rares pays non francophones au monde où la langue française progresse. Ici, il y a très peu de Français et la langue bénéficie du fait qu'elle n'est pas attachée à un groupe culturel. Ça l'aide sûrement à être parlée par toutes les ethnies". C'est vrai que Maurice brille par cette cohabitation apparemment pacifique entre les Mauriciens d'origine indienne, chinoise, malaise, française, créole. Et si l'anglais est la langue officielle, la langue de l'écrit, de l'administration, et le créole la langue courante, le français est certainement la langue de la culture, de la littérature, de la conversation. Tout le monde le parle. La demande est donc forte en matière de chanson. "Le premier chanteur que j'ai fait venir", continue Guy Lacroix, "c'était Maxime Le Forestier qui à l'époque chantait Brassens. Et bien, toute la salle connaissait les textes." Qu'en sera t-il pour Higelin ? Si une partie du public est là parce qu'elle le connaît, une autre partie vient de toutes façons voir tous les chanteurs français de passage, Liane Foly ou Jacques Higelin. Les surprises peuvent donc être grandes pour certains. Pour Linley, jeune journaliste mauricien, beaucoup d'enthousiasme en revanche. Il a vu Higelin en France, le trouve "généreux et sincère". Même avis pour Sadley, fan qui n'a jamais vu le chanteur sur scène et pourtant, il considère qu'"avec Lavilliers et Bashung, il a réinventé le rock français". Alors qu'un muezzin lance sa prière du soir, Jacques Higelin, tout de noir vêtu, élégant dandy, monte sur scène aux côtés de Mahut, tout aussi soigné, le flegme en plus. Le concert débute sobrement, le temps de quelques chansons. Pas de paroles, seulement les titres bien alignés l'un après l'autre. Un tel ordre, une telle discipline dans un concert de Higelin cache quelque chose. Point de chaos en vue. Ce n'est pas normal… Effectivement, lorsque notre homme part chercher un mouchoir en papier en coulisse, ça sent la plaisanterie morveuse. Bien vu. Tout en dansant gracieusement, Higelin lance son bout de papier souillé dans les premiers rangs en leur conseillant de le laisser sécher, de le repasser et de l'encadrer. Le scepticisme gagne une partie du public. Mais la musique les console, les rassure. La guitare Godin sonne toujours aussi magnifiquement sur "Paris –New York – Paris", le son du piano est très beau, swinguant, jazzy à souhait. Et l'accordéon. Ah, l'accordéon ! Cet instrument poétique et émouvant va si bien à Higelin. 
Catherine Pouplain-Pédron
20/11/2006 -
30/03/2005 -
01/05/2004 -
22/06/2000 -
21/06/2000 -
13/06/2000 -
19/04/2000 -
18/09/1998 -