MayotteÂ
13/06/2000 -Â
Quand on survole Mayotte juste avant dâatterrir, le spectacle console de la quinzaine dâheures dâavion qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Le lagon enferme une vingtaine dâĂźlots plantĂ©s de cocotiers et de baobabs, le tout baignant dans une eau pour le moins limpide. SĂ»rement un des plus beaux coins de France. Parce que Mayotte est une CollectivitĂ© Territoriale depuis dĂ©cembre 1976, aprĂšs avoir Ă©tĂ© une Colonie puis un Territoire dâOutre-Mer. En 75, les Mahorais, les habitants, avaient choisi de rester français alors que lâarchipel des Comores dont faisait partie Mayotte proclamait son indĂ©pendance. VoilĂ pour lâHistoire. A lâatterrissage, la France est donc bien lĂ via le prĂ©fet de Mayotte qui accueille une notabilitĂ© locale ou quelques lĂ©gionnaires et gendarmes en mini shorts. Mais lorsque lâon prend le bateau pour passer de la Petite Terre (Ă peine plus grande que lâaĂ©roport) Ă la Grande Terre, la France nâest soudain plus quâune vague structure administrative invisible. Des tissus flamboyants, les lamb, vĂȘtissent les femmes dont le visage est parfois maquillĂ© dâune poudre au bois de santal, des jeunes gens se font le cour en sâĂ©changeant des colliers de fleurs, on parle chimaorĂ©. A quelques kilomĂštres de lĂ , dans un hĂŽtel bercĂ© par les vagues et les chutes de noix de coco sur le sable noir, Jacques Higelin sirote un cocktail de bienvenue aux cĂŽtĂ©s de Mahut, son seul musicien sur cette tournĂ©e, percussionniste, compagnon musical et surtout ami de⊠il y a bien longtemps. "On est vraiment contents quâun chanteur français passe par lĂ !», me dit le directeur de lâhĂŽtel. «Câest si rare quâune tournĂ©e fasse le dĂ©tour. Il y a quelques annĂ©es, on a eu Michel Fugain, Stephan Eicher ou le Trio Esperança. Mais en comparaison de La RĂ©union oĂč passe du monde, il nây a presque rien ici. » Il faut dire que la demande nâest pas la mĂȘme entre les Mahorais et les Muzungu, les blancs de lâĂźle. Il y a quelques semaines, le Sud-Africain Lucky Dube a fait un malheur mais auprĂšs des Mahorais qui ne se bousculent sans doute pas pour Michel Fugain. Non seulement, la culture francophone est peu implantĂ©e ici. De plus, selon que la tĂȘte dâaffiche attire tel ou tel public, le prix des places est doublĂ© ou non. Mais «avoir un artiste de mĂ©tropole est trĂšs cher», me lance IsmaĂ«l Kordjee, directeur du Centre dâaction culturelle qui a programmĂ© Higelin. «Avec Kassav fin juin, on espĂšre attirer 15.000 personnes. Ăa devrait plaire Ă tous les publics», conclut-il, positif. Mais ce dont IsmaĂ«l rĂȘve, câest que le rĂ©fĂ©rendum du mois prochain fasse de lâĂźle un dĂ©partement Ă part entiĂšre afin de multiplier les moyens. NĂ©anmoins, les espoirs sont faibles⊠En attendant, câest avec lâaide de lâAFAA, des Alliances françaises et des Centres culturels que ce type de tournĂ©e peut exister, le tout organisĂ© cette fois par Yellow Moon, petite structure de production basĂ©e Ă La RĂ©union et qui se bat pour faire venir des artistes français dans la rĂ©gion. 
Les chansons ? On les connaĂźt par cĆur. On les a chantĂ©es 1000 fois. Mais câest bon. Les innombrables chauve-souris qui volent au-dessus de nos tĂȘtes sont Ă la fĂȘte pour Champagne. Ainsi que le chĆur dâenfants qui partage lâaffiche sur La croisade des enfants, mĂȘme si le duo ne se souvient plus trop de ce titre, absent de leur rĂ©pertoire actuel. Enfin, hommage Ă cette chanson française que Higelin aime tant, cette chanson des annĂ©es 40, 50, via la Complainte de la butte et en bonus, un clin dâĆil Ă Trenet (« CâĂ©tait un crĂ©ateur, il mâa fait planer »). Mais Higelin chante vite, trop vite peut-ĂȘtre. Le concert ne dure que 2 heures et demi, record de briĂšvetĂ© pour celui qui revendique son besoin de rester au moins 3 heures en scĂšne et qui annonce quâ " il faut du temps pour sâaccorder avec le public". Le public est de toutes façons acquis Ă son chanteur. Il rit beaucoup. A chaque parole. Aime se faire bousculer, culbuter, terrasser par les Ă©lans tendres ou nĂ©buleux de Higelin envers lui ou envers lâĂ©quipe technique, parfois interpellĂ©e, tout autant apostrophĂ©e. Lâauteur de Maman jâai peur va avoir 60 ans. Il tourne, il swingue, il danse, sâĂ©nerve et se rĂ©jouis, navigue entre rĂ©volte et tranquillitĂ©. Semble se chercher toujours et encore. En quĂȘte dâune sĂ©rĂ©nitĂ© qui lui Ă©chappe. Ici, Ă Mayotte, lâaccueil fut excellent, fervent et hospitalier. Mayotte a conquis Higelin. Demain, il sera Ă lâIle Maurice. Nous aussi. Pour continuer Ă ausculter une tournĂ©e, son dĂ©cor, ses personnages. Photos : Catherine Pouplain Catherine Pouplain-PĂ©dron
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