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Chronique album


Etienne Daho

Un homme heureux


Paris 

14/04/2000 - 

Ouvert par de larges nappes de violons et de violoncelles, Corps et armes sort mardi prochain (chez Virgin). Le nouvel album d'Étienne Daho mêle les plaisirs de l'orchestre et les machines électroniques, les nostalgies et l'élan hédoniste.



Plus de trois ans après l'album Eden, Daho expose rêveries pastel et sentiments aux couleurs vives. Sa voix installée au premier plan, il est plus serein que jamais. Co-réalisé par les Valentins, duo rock français qui compagnonne avec Daho depuis des années, ce disque comporte aussi une première : la rencontre avec Vanessa Daou, chanteuse pop à l'univers singulier, pour un duo anglophone. Rencontre avec un chanteur qui semble ne plus songer qu'aux plaisirs de son métier.

RFI Musique : Dans ce nouvel album, on entend votre voix de beaucoup plus près, y-compris dans ces instants tout juste justes, où vous flirtez avec la limite de la fausse note.
Etienne Daho : ela tient aux mélodies , qui ont l'air de couler tout simplement, comme ça, mais qui ont beaucoup de notes «bleues», comme on dit dans le jazz. J'aime bien ce registre qui n'est pas extrêmement facile à chanter. Je pense qu'être un bon chanteur, c'est communiquer l'émotion juste. Mes références vocales ne sont pas des références techniques - Chet Baker, Françoise Hardy. Ce qui me plaît chez Aretha Franklin, c'est l'émotion pure. Au début, quand je suis sorti de la fac, je chantais comme je parlais. Plus les années et les albums passent, plus je me suis trouvé confronté à certaines limites gênantes. On me disait que j'avais une voix de Brésilien et j'ai travaillé à accroître la puissance de ma voix.


Pensez-vous au paysage musical de l'époque quand vous préparez un disque?
Le moment où je faisais mon disque précédent, Eden, était pour moi une période de reconstruction. Je vivais à Londres et je sortais beaucoup, alors que la scène électronique anglaise explosait. Ça a beaucoup influencé l'album, même si les chansons resteront des chansons composées, que je pourrais chanter accompagné par un piano ou une guitare. Pour cet album, je n'ai pas été très sensible à l'extérieur. Il y a des ambiances, des petites touches d'électronique, parce que je ne peux pas m'en empêcher. Mais c'est vraiment un album orchestral, avec cinquante musiciens.

Cet orchestre ne sonne pas si "gros", finalement. On est surpris par l'impression d'espace qui s'en dégage.
L'arrangeur Will Malone a très bien compris les chansons. Je lui ai demandé de laisser de l'espace autour de ma voix, ce qui n'a pas toujours été le cas par le passé. Avant, on faisait souvent des jolies backing tracks qui nous plaisaient beaucoup, avec des fréquences qui étaient très proches de celles de ma voix. Ici, l'idée de base était que les arrangements ne prennent pas trop de place. Ce n'est pas parce qu'on est au studio d'Abbey Road avec un orchestre conséquent qu'il faut en rajouter quatre tonnes ! L'idée était de ne pas faire de surenchère, mais de faire les arrangements justes, construits autour de la voix. Pour le mixage, j'avais demandé à Tom Durack que ma voix soit très naturelle, même dans sa fragilité, avec toutes ses basses.

Pour ce disque, vous avez retrouvé les Valentins...
Nous nous étions découverts mutuellement en 1987. Depuis, j'ai beaucoup travaillé avec les Valentins (Jean-Louis Pierot et Edith Fambuena), ils ont travaillé pour Bashung ou Brigitte Fontaine, et nous nous sommes retrouvés au bon moment. Les Valentins avaient la même vision de départ que moi : émotion, orchestre, mélodie, une certaine simplicité, pas d'esbrouffe, un disque assez direct. On a travaillé très vite, enregistré en trois semaines. Puis on a élagué : il y a des chansons qui ne collaient pas à l'histoire, à l'enchaînement de l'album. Par exemple, il y avait plus de chansons de Peter et Vanessa Daou, mais elles entraînaient l'album dans une autre direction. Elles feront l'objet d'un autre projet, plus tard...


Vous faites de la musique tout le temps?
Si ce n'est pas ma musique, c'est celle des autres - je suis un grand consommateur. Quand on écrit des chansons, on travaille tout le temps, inconsciemment. On absorbe, surtout quand on est là depuis longtemps : on met vingt ans à faire son premier album, six mois à faire le deuxième. Après, il faut se renourrir, se ressourcer. C'est la raison pour laquelle je suis parti à Londres en 1995, parce que je pensais ne jamais pouvoir réécrire, ne me retrouvais pas dans le paysage musical, dans Paris, dans ma propre maison. Je n'avais plus de repères.

Et maintenant?
Maintenant, j'ai la vie que j'ai envie d'avoir, ce qui est un luxe dingue. Être là depuis vingt ans, être toujours créatif, avoir fait un disque que j'aime...

Etienne Daho Corps et âmes (Virgin) 2000

Bertrand  Dicale