Paris
12/04/2000 -
«Petit à petit l'oiseau fait son nid» dit le proverbe. Ainsi va Rokia Traoré.
Sans tapage, ni effets médiatiques outranciers, lentement, sa notoriété grandit. L'affluence que connaissent ses concerts (on l'a vu notamment au Café de la Danse à Paris, récemment), les chiffres de vente de son premier album (plus de 20.000 exemplaires écoulés en France), sorti en 1998, l'attestent sans ambiguïté. Lorsqu'elle se présente la première fois au festival «Musiques Métisses» à Angoulême, en 1997, elle n'a que 23 ans.
Bamako, elle y est née. Elle en est partie parfois, y est revenue, au gré des déplacements de son père diplomate, aujourd'hui en retraite. Elle garde au fond d'elle les souvenirs de cette errance. Certains quartiers de Bruxelles lui sont encore étrangement familiers aujourd'hui, elle se souvient aussi des marguerites sauvages qui poussaient partout en Algérie... Quand elle remonte dans son passé, Rokia Traore croise également les images de ses années au lycée à Bamako. Elle s'essayait alors au rap : «J'avais proposé d'intégrer des instruments traditionnels. Mais à l'époque tout le monde trouvait ça ringuard». Elle se dit ravie de voir qu'aujourd'hui des groupes de rap ont adopté cette démarche.
Après quelques années d'études en sciences sociales, elle décide de bifurquer définitivement vers la musique. «Ce choix a été assez violent pour mes parents car ils ne s'y attendaient pas du tout». Papa avait bien eu lui-même quelques vélléités musicales dans le passé, écrit des chansons, joué du saxophone, mais quand on est père au Mali, comme ailleurs, on rêve souvent d'autre chose que de musique pour sa fille. Après un stage d'un mois avec le Koteba d'Abidjan, Rokia Traore se lance. Elle recrute des musiciens utilisant des instruments de la tradition (balaba, ngoni, gaïta, karignan, djembé...).
L'aventure commence. Il est temps pour elle de donner corps et vie aux textes qu'elle écrit en bamanan, de laisser prendre leur envol à ses idées musicales, novatrices mais empreintes de mémoire. Il y aura d'abord Mouneïssa, voici maintenant Wanita. On y retrouve ce qui fait la singularité de Rokia Traore : loin des envolées lyriques qu'affectionnent beaucoup de chanteuses du Mali, avec une retenue extrême, elle égrenne d'une voix fragile des chansons paisibles et cajoleuses. Mais cette fois-ci, elle a voulu davantage jouer du contraste, ouvrir entre les moments rêveurs des espaces agités. Ce parti pris plus dynamique, de chassés-croisés d'atmosphères moins uniformes, vient, explique-t-elle de la diversité des musiques qu'elle a écoutées et découvertes depuis l'enregistrement de Mouneïssa. Patrick Labesse.
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