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Chronique album


Paul Personne

Rock artisanal


10/03/2000 - 

Paul Personne est l’une des figures les plus discrĂštes du show-bizz français en mĂȘme temps qu'il est l’une de ses valeurs les plus sĂ»res. Il distille lentement ses albums. Pas trop tĂŽt, pas trop tard. Juste quand les chansons sont arrivĂ©es Ă  maturitĂ© histoire de pouvoir en ĂȘtre fier dans vingt ans et surtout pour ne pas tromper son public sur la marchandise. Pas d’embrouille, pas d’additifs ni d’édulcorants. Patchwork Electrique c’est du 100% pur rock avec des vrais morceaux de guitare dedans.



Bang Bang Bang Bang / Sous le tir d’une mandragore jalouse / Bang Bang Bang Bang / V’la qu’tu mĂ©dites / Sur la beautĂ© du blues ”. Ça, c’est signĂ© Hubert-FĂ©lix ThiĂ©faine : “ La beautĂ© du Blues ”. “Fil’ moi tes hauts, fil’ moi tes bas / Fil’ moi tes maux, j’prends tout sur moi / CĂŽtĂ© fac’, cĂŽtĂ© pile, longue durĂ©e avec toi en prim’ ”. LĂ , sur “ Longue DurĂ©e ” on reconnaĂźt sans trop de peine la patte de Boris Bergman. Comment fait-on pour retrouver sur un mĂȘme album l’hallucinĂ© chanteur jurassien et le parolier fĂ©tiche de Bashung ? Demandez donc Ă  Paul Personne. C’est le bluesman qui a eu cette riche idĂ©e d’inviter les deux susnommĂ©s sur son nouvel album “Patchwork Electrique” pour lui trousser quelques belles formules poĂ©tiques (deux textes pour HFT, trois pour Bergman).

Pour la musique, Paulo, roi du dobro ou de la solid-guitar tient bon le manche. EpaulĂ© en cela par quelques fidĂšles Michel Billez au sax tĂ©nor, Olivier Lanneluc aux claviers. Pour le reste Personne est allĂ© voir du cĂŽtĂ© oĂč l’oreille lui dĂ©mangeait. C’est ainsi que la rythmique : basse-batterie est assurĂ©e tantĂŽt par Magnus Persson ou Dane Clarck respectivement batteur de Eagle Eye Cherry et John Mellencamp ou Larry Mullins et Hal Cragin pensionnaires du grand cirque d’Iggy Pop. Juste ce qu’il faut de punch US pour faire de ce nouvel album de notre bluesy-rockeux l’un des meilleurs de sa carriĂšre.

Certains parleront de maturitĂ©, d’autres d’inspiration retrouvĂ©e. Le rĂ©sultat est – quelqu’en soit l’origine – Ă  mettre sous toutes les oreilles un tant soit peu friandes d’émotions musicales. Quatre ans aprĂšs “Route 97” Paul Personne nous livre ici le fruit de ses rĂ©flexions chantĂ©es et de ses bidouillages musicaux. Une pĂ©riode pendant laquelle il avoue s’ĂȘtre un peu cherchĂ© entre des projets avortĂ©s d’enregistrements aux Etats-Unis ou en Angleterre et des essais Ă  la maison (Personne est coutumier du fait cf. "Comme Ă  la Maison" 1992) sur un petit quatre pistes qui lui a permis de revenir Ă  l’essentiel de sa musique : deux guitares, basse, batterie et vogue le navire. Pourtant ce qui surprend le plus (petit effet de manche qui fait mouche), c’est la prĂ©sence d’un scratcheur DJ Sya Styles sur le single “La BeautĂ© du blues”. Un air au tempo bien soutenu oĂč le rythme des guitares acoustiques et du dobro “façon Mellencamp” affole quelque peu les platines du DJ et ravit nos esgourdes.

Mais quand notre bluesman revient Ă  des choses plus traditionnelles, on sent toute l’influence qu’ont pu avoir les Doors sur notre Peter Green national. Voix traĂźnante, guitare planante, rythme syncopĂ© de la batterie et touches d’orgues parfaitement distillĂ©es nous (re)plongent dans l’univers de “L.A. Woman”. Preuve que Paul n’a rien perdu de sa personnalitĂ©, de son touchĂ© de guitare, de son inspiration. Et qu’en bon artisan de la musique notre JosĂ© BovĂ© du rock nous livre une galette au blĂ© tendre, Ă  la mie chaude et savoureuse. Garantie sans O.G.M.

Paul Personne Patchwork Electrique (Polydor /Universal) 2000