Paris
02/02/2000 -
Angoissé à l'idée de devoir, soit disparaître, soit revendre son âme à qui le veut bien, le zouk se cherche une nouvelle voie. Certes, il croule sous les imitations. 90 % de la production actuelle n'est que pâle copie des plus connus et des plus inventifs. Kassav, le groupe phare, fut parmi les premiers à accuser des coups de plagiat non-négligeables sur les ventes. Certes, il se laisse noyauter par les nouvelles tendances musicales, du rap à la salsa. Les jeunes générations en raffolent mais souhaitent le voir remis au goût du jour : ce qui occasionne des mélanges assez déroutants, où le hip pop parfois l'emporte. C'est le cas de l'apatride Kaysha, congolais d'origine, qui a signé l'an dernier l'un des albums les plus appréciés à cause de son côté love & rap à l'américaine.
Mais le zouk résiste sur son trône. "Euphrasine's Blues", le dernier album d'un de ses plus brillants compositeurs, co-inventeur dans les années 80 de cette musique ensoleillée venue des Antilles françaises, aujourd'hui saluée de par le monde entier, le prouve. Enregistré entre la Côte d'Ivoire, la France, les Etats-Unis et les Antilles, réunissant les plus grands, des frères Fanfant (basse / batterie) à Jean-Luc Ponty (violon), à Raphaël Blé (principal du yado), à Beroard, Marthély, St Eloi, Lefel, Tamar (chœur) et bien d'autres encore, cet album respire l'ouverture et l'originalité.
"Pombiray", qui s'ouvre sur la voix merveilleuse de Kakoli Sengupta, est un hommage rendu à la communauté indienne installée aux Antilles, surnommé kouli en Martinique et qui tient une partie de l'économie de ces îles. D'être créole oblige à se confronter à toutes les cultures et à les accepter sans se perdre. Nanda Kumar aux tablas ainsi que la voix de Kakoli ne changent cependant rien au fait que le zouk demeure depuis sa naissance un son métis, sur lequel on retrouve une bonne partie d'influences funk. "An di adie" est une offrande de nègre à sa mère. Femme à l'âme généreuse qui a trimé toute sa vie pour le bonheur des siens. On bat le tambour pour son courage et son dévouement.
Desvarieux revisite le gwo ka, tradition du pays natal, qui réveille par sa fougue et la puissance de ses rythmes. Sa guitare acoustique introduit un zeste de tendresse sur les tambours des anciens marrons poursuivis par le maître esclavagiste et sa horde. Sur "Trou poisson", "Solbökö" et "Di ri ak pwa kole", morceaux instrumentaux aux harmonies éclatées, l'artiste continue cette douce rêverie sur le patrimoine. On retiendra ainsi la belle mazurka incarnée par le premier titre, son tempo chaloupé, ses cordes envoûtantes et le nom d'un arrangeur : Philippe Joseph. "Fo pa an pri" est une ode à la guitare. Un homme murmure ses amours passionnels avec l'instrument qui accompagne ses rêves (d'après le "Message of love" de Jimi Hendrix). Jacob, jadis requin de studio, salue ses classiques. Il y aussi "I ja lè", une chanson qui caresse la mémoire de ces îles caribéennes comme le vent qui souffle sur nos désillusions.
Soeuf Elbadawi
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