Chronique album
Paris
12/11/1999 -
Meiway l'Ivoirien adore les symboles. En combinant la sortie de son nouvel album avec le chiffre 10, il pense pouvoir s'attaquer ainsi à l'année 2000 sous les meilleurs auspices. "C'est mon album fin de siècle. C'est l'album qui marque mes dix ans de carrière". Un album audacieux, placé sous le signe de l'ouverture, réalisé avec son groupe le Zo Gang International et avec le concours d'invités que l'on ne présente plus. Manu Dibango au saxo, José Luis Cortès à la flûte ou encore Jacob Desvarieux et sa guitare acoustique. "Je dis qu'à événement exceptionnel, action d'éclat. Pour marquer cet événement, il fallait qu'il y ait autour de moi des gens qui ont marqué ma carrière, qui ont été des modèles pour moi, des personnes comme Manu Dibango". Les cordes sont assurées par les Cubains déjà conviés sur le dernier opus de Cesaria Evora sorti sous le même label. La section cuivre est prise en charge par le mythique N.G La Banda de la Havane. Une façon pour lui également de saluer les sonorités latines qui n'ont jamais cessé d'enflammer les orchestres d'Afrique de l'Ouest depuis des lustres.
L'ouverture sur cet album se présente sous la forme du rap ivoirien. Meiway invite son compatriote Angelo, l'un des illustres représentants du genre sur Abidjan, à chanter à ses côtés sur ceux qui détiennent le "gbouniac" (l'argent, dans l'argot de Treichville) sans aucune volonté de le partager avec le peuple. Un clin d'œil aux nouvelles générations probablement, qui se refuse cependant à passer pour un acte commercial. "Je ne succombe à aucune mode, explique l'artiste. En fait, je me suis toujours dit que les rappeurs sont des pionniers en matière de musique dure, de textes engagés, de textes vrais, un peu comme les rastas. Aujourd'hui, l'équilibre veut que la balance penche beaucoup plus du côté des rappeurs. Voilà pourquoi j'ai souhaité m'associer à Angelo pour critiquer les systèmes politiques en Afrique". Précision faite, on se rend compte effectivement que l'album développe un discours plus engagé. Meiway opère un examen de conscience qui s'adresse à tous les dirigeants africains.
L'an 2000 aux extraterrestres Zoblazo pur sang
Mais ce qui va le plus contribuer au succès de cet album réside sans doute dans le concentré de zoblazo que Meiway compte déverser sur les pistes de danse. Lorsqu'il a lancé cette musique qui demeure un mélange de plusieurs rythmes issus du folklore du sud de la Côte d'Ivoire, il y a dix ans, l'artiste ne pensait pas qu'un jour son geste symbole de la danse des mouchoirs blancs retiendrait autant l'attention du public sur la scène internationale. Aujourd'hui, c'est devenu un des rythmes les plus prisés et les plus exportés de la scène ouest africaine. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles il a voulu revenir sur ses pas, en se rapprochant au maximum du souffle des débuts. "Cet album est six paliers au-dessus du premier. Je dis qu'il est 600% zoblazo, pour marquer la progression. C'est pour ça que j'ai institué ces pourcentages. Par contre, en écoutant bien, vous vous rendrez compte que j'ai voulu avoir les pieds bien ancrés dans mon zoblazo. Parce que sur les deux précédents albums, j'ai commencé à dévier un petit peu dans ma démarche musicale. J'ai souhaité rendre le zoblazo un peu plus world. Ça ne m'a pas satisfait. Voilà pourquoi je suis revenu un peu plus en arrière, à l'époque même des 200% zoblazo, du titre "On a gagné". Cet album annonce donc un retour à un son plus originel, bien que plus enrichi. Sortez vos mouchoirs… rendez-vous sur les pistes…
Soeuf Elbadawi
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