13/09/1999 -

Artiste et homme d'écriture, la question du Net en tant que support artistique se pose très vite : "C'est une deuxième démarche. Dans un premier temps il faut s'adapter à un tel média. C'est très nouveau. Maintenant que je commence à voir comment ça fonctionne, je peux l'utiliser comme média créatif. Je ne sais pas si c'est adapté pour la chanson, mais en revanche pour le roman, c'est quelque chose qui me titille depuis un bout de temps."En attendant d'écrire un roman accessible en exclusivité sur le Net, Yves Simon met déjà en ligne quelques textes et articles. C'est d'ailleurs la page du site qui évolue le plus. Et pour cause, Yves Simon est équipé pour la mettre à jour lui-même : "Ça a été très long pour que l'on me fasse un logiciel qui me permette de rentrer moi-même des données sur le site. Dès que je l'ai eu, j'ai effectué un voyage à Bangkok. Et comme j'avais mon ordinateur avec moi, j'ai fait un compte-rendu, un journal de voyage. Ça a été le premier texte personnel sur le site. Je l'ai d'ailleurs laissé alors que j'élimine au fur et à mesure quand ça devient caduc". Les échanges Quoi de plus fascinant pour un artiste, soucieux de son image et amoureux des mots, que le courrier électronique ? "Mon adresse est sur l'album mais aussi sur toutes les promos, tous les encarts publicitaires. Du coup, j'ai eu des retours sur mon album avant même qu'il ne sorte puisqu'il était en écoute dans un grand magasin. Ce fut immédiat et exprimé de façon simple et naturelle. C'est beaucoup plus facile et direct que le courrier ou le fax. Et de plus ça fait un lien direct avec l'auditoire et ça c'est nouveau." L'autre innovation du courrier électronique, c'est que désormais, l'artiste reçoit le message directement chez lui, sans intermédiaire, ni filtre préalable. C'est donc beaucoup plus tentant et plus facile d'y répondre : "Depuis que j'ai mon site, je ne recevais que 5 à 6 messages par jour. Mais avec la sortie de l'album, ce n'est plus 5 mais une vingtaine au minimum. J'essaie de continuer à y répondre, parce que s'il faut engager quelqu'un pour le faire, ça n'a plus de sens. En général, je les imprime tous et tranquillement, la nuit, je les relis, je les annote, j'en élimine quelques-uns qui n'appellent pas de réponse."
"Ce qu'il y a de formidable, c'est que je reçois immédiatement des échos sur ce que je peux dire dans les médias par exemple." Parfois, l'extrême rapidité des retours renforce leur contenu. Le lendemain d'une entrevue télévisée dans laquelle, il avait évoqué un de ses derniers titres sur le sort des femmes en Afghanistan, Yves Simon reçoit un courrier troublant d'une jeune femme originaire de ce pays. Elle le remerciait des propos tenus la veille. "J'étais très ému", conclut le chanteur.
Les notesOutre des mots, Yves Simon laisse à l'internaute l'occasion d'entendre quelques notes de son répertoire. Mais là, les problèmes du son sur le Net se posent inévitablement : extrait ou intégral ? L'avis de Yves Simon est dans la lignée de celui des maisons de disques: "Je ne vois pas l'intérêt de mettre un titre en entier si effectivement, on peut le recopier. Je ne vois pas pourquoi on ferait des disques, pourquoi une maison de disques en produirait. Mais si on propose quelque chose gratuitement, ce n'est pas du piratage. C'est normal que les gens se servent. Ça serait une bonne chose s'il y avait un échange marchand. Sans ça, il n'y aura plus de production." Quant à l'évolution du site ? "Je ne l'alimente pas assez à mon goût", affirme Yves Simon. "Je vais encore le laisser tel qu'il est pendant un an, puis je le changerai complètement." Pour l'instant, il semble tirer "un vrai plaisir" de ce site. "C'est l'immédiateté des retours qui est nouvelle et agréable. J'apprécie aussi les demandes de lien. Je dis ok tout le temps, ça me fait plaisir." Ce qui revient surtout dans son propos, c'est cette perpétuelle interrogation sur le profil de ceux qui consultent et qui écrivent : "Je consulte mes statistiques mensuelles et je suis très surpris par le nombre de visites qui oscille entre 18.000 et 24.000 par mois. On connaît le pays de provenance, et même si on ne sait pas encore identifier le sexe ou l'âge, on a énormément de renseignements."Mêler le "plaisir d'avoir un beau site" et celui de communiquer semble motiver la démarche de Yves Simon. Plaisir d'un homme de culture qui veut séduire mais aussi peut-être plaisir (fantasme?) de gérer soi-même un média, son contenu et ses mises à jour. Plaisir d'avoir le contrôle de son image ?
Catherine Pouplain-Pédron
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