Paris
27/08/1999 -
Si tous les adolescents ont au moins lu un ou plusieurs de ses romans, ne serait-ce que "L'écume des jours", "L'Arrache Cœur" ou "J'irai cracher sur vos tombes", l'œuvre, éclectique, de Boris Vian reste méconnue du grand public. Car celui qui fut le pilier des nuits de Saint-Germain-des-Prés, dès l'après-guerre, n'était pas seulement un musicien, mais un romancier, un dramaturge, un poète, un critique de jazz et surtout l'auteur de quelques 478 chansons qu'il a composées entre 1943 et 1959. "Et Vian ! En avant la Zique", le spectacle mis en scène par Laurent Pelly et Agathe Mélinand propose de lever le voile sur un aspect méconnu de Vian, son aspect potache, déconneur, un peu désespéré parfois. Non pas au travers des aspects les plus littéraires de son œuvre mais plutôt une sorte de collage de ses textes et de ses chansons, sans vraiment de fil conducteur (on aurait bien aimé) sinon celui de nous balader dans les fantasmes d'un provocateur conscient, disparu prématurément à l'âge de 39 ans.Les joyeux bouchers
Laissons pourtant à l'immortel écumeur de nos jours le soin de lever le rideau de cette création : "Ce soir, vous serez nos cobayes, ce soir, vous nous servirez de poids mort. Bref, ce soir, nous aurons le plaisir de vous envoyer ailleurs". Le premier quart d'heure qui suit la sentence est quelque peu opaque, on y cherche un sens, et seuls quelques initiés s'y retrouveront. Passé ce cap, le spectateur lambda commence à s'y reconnaître : "C'est le tango des bouchers de la Villette.. faut qu'ça saigne, faut qu'les gens ayent à bouffer, faut qu'les gros puissent se goinfrer, faut qu'les p'tits puiss'nt engraisser, faut qu'ça saigne, faut qu'les mandataires aux halles puissent s'en fourrer plein la dalle, du filet à huit cent balles.. Tiens voilà du boudin !" entonné par une troupe de dix danseurs, chanteurs, comédiens, en costume à larges rayures. Parmi eux, la brunette à la gouaille parisienne Belle du Berry, la chanteuse du groupe Paris Combo et dont c'est la première expérience théâtrale, dirigée par un metteur en scène. Si l'univers de Vian la touche, (sans parler de son ironie, son goût du calembour), "un univers très ancré dans son époque, et notamment à cause de la censure", Belle du Berry regrette sa vision réductrice des femmes : "Ou bien elles sont peu intéressantes, ou alors c'est LA femme, l'intouchable mais entre les deux, il n'y a pas grand-chose. Peut-être l'ont-elles fait souffrir?". Pourtant lorsqu'en 1955, Boris Vian compose "Je bois" (enregistrée également par Serge Reggiani, les Charlots et Mouloudji), c'est bien au masculin qu'il la chante ; et c'est au féminin que Laurent Pelly en fait l'adaptation... et les femmes, en talons aiguille, titubent, titubent.On terminera avec "Le Déserteur", chanson-phare de Boris Vian, "Monsieur le Président / Je vous fais une lettre / Que vous lirez peut-être / Si vous avez le temps / Je viens de recevoir / Mes papiers militaires / Pour partir à la guerre / Avant mercredi soir / Monsieur le Président / Je ne veux pas la faire / Je ne suis pas sur terre / Pour tuer les pauvres gens...". Personne n'aura en tout cas déserté la salle et c'est tant mieux car si l'idée était de mettre en scène des textes peu connus de Boris Vian au travers de saynètes forcément inégales, ses chansons les plus marquantes restent encore dans la mémoire collective. On peut seulement regretter que le spectacle ne soit pas plus pédagogique. Le mieux est encore d'y aller, pour se faire sa propre idée.
Pascale Hamon
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