26/07/1999 -
u 20 au 25 juillet, et pour la 24ème année consécutive, se retrouvent sur le gigantesque site du Paléo Festival de Nyon, à deux pas du lac Léman, les grosses pointures de la pop, des musiques du monde et électroniques et de la chanson. Dans le désordre : l'afro-beat du Nigérian Femi Kuti, les musiques tsiganes de Goran Bregovic, le rap cubain des Parisiens de P18, l'allumé belge Sttella, les bretons de Matmatah, le raïeur Cheb Mami, le tchatcheur Mangu, le Bahianais Carlinhos Brown, Zucchero, Cesaria Evora. Le déroulé des artistes francophones aura nos faveurs.
La petite bourgade helvétique, située entre Genève et Lausanne, voit affluer au beau milieu de l'été des hordes de campeurs-festivaliers venus en masse, et dans un bon esprit, écouter le meilleur de la musique.
Avec 200 000 spectateurs en 6 jours, le Paléo Festival aura affiché complet pour la seule journée du vendredi grâce à ses 35 000 spectateurs payants. Doit-on en déduire que l'affiche en grande partie francophone ce soir-là, ait dopé les foules ? Car il faut bien parler ici de foule... Celle qui déambule, se repaît aux différentes cuisines du monde, boit, dort, campe... Bref, une vraie petite ville de 10 000 habitants sur 10 hectares qui vit à l'heure d'un festival pour le moins original, non subventionné, et fier de ses 3 600 bénévoles, (le bénévolat restant encore une notion quelque peu obscure en France).
Ce vendredi 23 juillet, on aura eu droit à une belle affiche, emmenée par Charles Aznavour, le très déjanté Jacques Higelin, la Zazie qui court toujours, Tryo et ses rythmes jamaïcains, et le trio du cru, les Genevois de Der Klang. Ne vous fiez pas à leur nom germanique (la sonorité), car ces trois garçons qui chantent en français dépeignent un univers sombre, certes, mais porté agréablement par la diction appliquée du chanteur Charles Wicki. Celui-ci revendique d'ailleurs sur scène le peu de gaieté de leurs chansons. En blouse bleue de contre-maître et accordéon-jouet sur le ventre, Charles extirpe de son instrument des airs de musette déglinguée... Pascal Comelade aurait-il fait des émules de ce côté-ci des alpages ? On en reparlera, c'est sûr.
Zazie, la belle au tatouage
Après les prestations vocales de Jacques Higelin et de Charles Aznavour, on pouvait se demander comment la chanteuse Zazie, programmée sur la grande scène à minuit, allait habiter l'espace qui lui était dévolu. A commencer par ceux qui auraient pu douter de ses talents scéniques, Isabelle Truchis de Varenne, pour l'état-civil, aura bluffé tout le monde.
Etonnante Zazie. D'abord sa présence sur scène : enfin une chanteuse française qui parle à son public, ni mortifiée et sans trop en faire. Emue par une foule aussi nombreuse, Zazie avoue qu'elle n'a jamais chanté devant 30 000 personnes, le gros de ses concerts allant autour de 4 000 personnes. Pantalon blanc judicieusement transparent, la longiligne chanteuse aura aussi joué sur le registre de la sensualité. Mais elle le fait si bien. Et avec les sens du public, n'hésitant pas à l'interpeller en chansons : "Mets-toi tout nu si t'es un homme, pour voir où nous en sommes!!!".
L''histoire ne dit pas si des vocations se sont déclarées. Mais en rajoute en dégrafant lentement son bustier, dévoilant son nombril incrusté d'un diamant. Réchauffant sérieusement l'atmosphère, peu clémente pour une mi-juillet. Mais le plus étonnant, c'est le son résolument rock de ses chansons lorsqu'elles sont jouées live, provoquant ainsi une énorme différence avec le son lisse et policé de ses productions discographiques. Les puissants riffs des guitares électriques auront contribué à donner poids et force à la voix fluette de son interprète.
Trois énormes éoliennes, partie intégrante de son " Tour des anges " tournoient au-dessus des têtes des musiciens, faisant flotter au vent les cheveux de Zazie, et donnent un aspect magique à ce concert. Ceux qui ont entendu sa supplique sont restés zen. Ce soir-là, Zazie avait tout pour elle.
Pascale Hamon