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Notre-Dame de Paris au Québec

Gros succès et petits déboires


01/07/1999 - 

Après tout le battage médiatique de ces derniers mois et les ventes colossales des deux albums (studio et live), l'attente du public québécois était énorme mardi 15 juin dernier au Grand Théâtre de Québec où plus de 2.000 chanceux ont enfin pu assister à la première de la méga production Notre-Dame de Paris. L'excitation était palpable et à la mesure de la patience qu'il a fallu aux fans de la capitale avant de découvrir les personnages de cette cour des miracles des temps modernes.




Car si Québec n'en avait ce soir-là que pour NDP, elle a du attendre son tour patiemment et assister un peu envieuse au triomphe que Montréal et Toronto (capitale de l'Ontario voisin) ont réservé à la nouvelle œuvre de Luc Plamondon. Cette dernière a pourtant l'habitude des comédies musicales. Après Broadway, Toronto est un passage obligé et presque aussi prestigieux que la mythique avenue new-yorkaise. Le succès y a été si considérable selon Charles Ethier, le chef des opérations techniques, qu'il aurait fallu encore des mois avant de combler les attentes des fans anglophones qui n'ont eu qu'une semaine pour découvrir l'univers de Victor Hugo revisité par Plamondon et Cocciante. Un exploit à marquer d'une pierre blanche pour un spectacle en français mais que les Ontariens pourront voir en anglais probablement l'année prochaine alors que trois ou quatre productions de NDP tourneront à travers la planète.

Même si la majorité des chansons sont désormais des classiques, la comédie musicale ne manque pas de surprises et la découverte des autres pièces de l'œuvre est l'une des nombreuses satisfactions du spectacle. Dès la levée du rideau, un mur de 26 pieds tout en fibre de verre, s'impose. Il est soutenu par d'énormes échafaudages d'acier et retenu par quatre bacs d'eau de 3000 litres chacun pour faire contrepoids. Sa façade d'abord lisse, surmontée de quelques gargouilles devient au fil des éclairages de Alain Lortie, une cathédrale presque réelle ou les personnages des "sans papiers" s'agrippent et grimpent. L'illusion est parfaite, l'émotion est totale, le décor est planté et l'austère mur domine à présent la Cour des Miracles comme une véritable cathédrale née de l'imagination et de la lumière.


Devant et entre les bloc amovibles du mur gravitent les nouveaux héros : Phoebus (Patrick Fiori), Gringoire (Bruno Pelletier), Clopin (Luck Mervil), Frollo (Daniel Lavoie) et Quasimodo (Garou). Leurs performances vocales sont à la mesure de cette gigantesque production qui a permis au public canadien de découvrir deux nouvelles voix puissantes et de très loin plus intéressantes que les originales. La jeune Néo-brunswickoise Natasha Saint-Pier, 18 ans et déjà un disque solo à son actif (Guy Cloutier Production), reprend le rôle de Fleur-de-Lys, la jeune, blonde et innocente fiancée de Phoebus, initialement interprétée par Julie Zenatti. Sa voix et son interprétation puissantes confirment son talent et justifient les ombreuses comparaisons avec Céline Dion. Quant à la Française Nadia Bel, elle reprend avec beaucoup de charisme le personnage d'Esméralda que la voix fluette et mièvre d'Hélène Ségara n'a jamais su incarner.

Le spectacle dure trois heures mais jamais l'ennui ne vient troubler le déroulement des différents tableaux et tout s'enchaîne à merveille dans une chorégraphie époustouflante de Martino Müller et une mise en scène de Gilles Maheu dont les jeux de lumières ajoutent au mystère. De "la Fête des fous" qui confirme l'extraordinaire présence scénique de Bruno Pelletier, à "la Cour des miracles" dans laquelle Luck Mervil brille comme jamais, en passant par les démons qui torturent un Daniel Lavoie (Frollo) magistral, Notre-Dame de Paris dépasse les attentes, comble les fans et confond les "critiqueux" et autres mécontents.

Justement, ils étaient quelques-uns uns à manifester devant le Grand Théâtre pour dénoncer l'utilisation d'une bande enregistrée plutôt que de véritables musiciens. Appuyée par les 250.000 membres de la Fédération internationale des musiciens, la Guilde des Musiciens menace de "talonner" NDP à travers le monde et de manifester chaque soir en jouant live devant les théâtres si les producteurs ne changent pas d'avis. Selon eux, l'embauche d'un chef avec 30 musiciens coûterait au producteur 4253 $CA (environ 6000$US) par représentation ce qui est assez faible par rapport à des recettes brutes de plus de 140.000 $CA (200.000$US) par représentation. La présence de plusieurs ministres à la première a donné des ailes aux manifestants qui ont demandé aux représentants du gouvernement québécois de réformer la loi sur les statuts des artistes pour en arriver à établir un minimum de musiciens pour certaines manifestations dans des grandes salles, comme c'est le cas en Ontario ou un minimum de dix est exigé. A la création de Starmania, en 1978, une trentaine de musiciens jouaient live. Donc, il n'est pas improbable qu'avec le succès financier de NDP, un accord soit trouvé qui satisfasse toutes les parties.

En attendant, le succès phénoménal de NDP est confirmé. Renversant, magique, les grands quotidiens d'ici ne savent plus quel superlatif utiliser pour parler d'un show tout simplement... Wouah !

Pascal  Evans