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Stephan Eicher

Sans souci de gloire


Paris 

09/06/1999 - 

La première partie de sa tournée européenne vient de s'achever, après deux mois de concerts, alors que son nouveau disque, Louanges, vient de sortir. L'une comme l'autre ressemblent à un autoportrait d'un musicien adulte en liberté, que la renommée et le succès n'inquiètent plus.





Stephan Eicher a l'instinct de la différence, le doux naturel de la liberté. Toujours fidèle, il n'est pourtant jamais tout à fait au même endroit, jamais clairement prévisible, toujours las des codes ordinaires du métier. Ainsi, il a achevé le week-end dernier une tournée européenne de deux mois, dont la majeure partie précédait la sortie, le 1er juin, de son nouvel album, Louanges (chez Virgin).

Ces concerts commencent par un peu de neige tombant sur la scène, devant une toile peinte qui montre une sirène alanguie sur des rochers éclairés par la lune. En première partie, Eicher et ses cinq musiciens, arrivés l'un après l'autre, chanson après chanson, se serrent les uns contre les autres, devant la toile peinte, comme les célébrants attentifs d'un culte sans gloire ; dans la seconde partie, une disposition héritée des répétitions dans un théâtre, sur l'île de Ré, avec de larges tapis au sol, avec le batteur et le pianiste, chacun derrière son petit fortin d'instruments, face à face de part et d'autre de la scène...


Dans ce concert comme dans son nouveau disque, Stephan Eicher se livre aux mêmes aveux : il ne se fait plus vocation de la gloire, ni même du succès. Il a su se donner une vraie cohérence, et même le visage de la sérénité. On le sait grand inquiet, mais on ne l'imagine plus soucieux des jeunes filles qui l'idolâtrent (elles ne l'idolâtrent plus, d'ailleurs : on n'adore que les adolescents, que les dieux, que les morts). Eicher raconte des histoires d'adulte en quelques langues, dont le français écrit par Philippe Djian, acide, radieusement désenchanté, cinglant comme la vie elle-même (par exemple, "On ne peut pas toujours mourir à trente ans et en rester là"). Comme dans son précédent album, Mille Vies, Eicher questionne les formes musicales pour y trouver des manières diverses de dire ses élans ascensionnels : des timbres nasillards empruntés à l'univers celte, des rocks héroïques, des ballades épiques... Ce disque enregistré au Kursaal d'Engelberg (ah, Engelberg, ville qui ne semble exister que pour susciter une légende à Stephan Eicher), un peu blues, un peu chanson, un peu rock, un peu électronique, traverse les possibilités musicales d'aujourd'hui avec son accent si reconnaissable, son art si sereinement immuable, que le grand public découvre maintenant avec le single Venez danser, abondamment radiodiffusé.



Quant aux vastes vaisseaux de la gloire, Stephan Eicher les contemple avec un demi sourire narquois : sur scène, lorsqu'il joue Combien de temps, les éclairages éclatent en couleurs vives pour une seule mesure, un seul court instant de rock à grand spectacle. Et, dans Déjeuner en paix, il intercale le refrain de Twist and Shout - deux classiques emmêlés, la tradition du vieux rock'n roll familièrement annexée par le jeune classicisme d'un tube d'il y a huit ans, dont le créateur sait que la postérité doit beaucoup à un attachement distrait de l'oreille, comme pour n'importe quelle chanson qui dure. Dans ce geste-là, dans cette sorte de ricanement, le chanteur dit à quelle distance il se sent des majuscules du show business : habité par le doute, il se montre indéfectiblement européen, incurablement artiste.

Stephan Eicher Louanges (Virgin) 1999

Bertrand  Dicale