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PRINTEMPS DE BOURGES

Un redressement prometteur


19/04/1999 - 

A deux doigts de la sortie de route fatale, le festival rechape sa programmation et sort de l'ornière.



C'était un peu le tournant de l'impossible avant la sortie de route définitive qu'a négocié le Printemps de Bourges pour son 23ème anniversaire.
Après de multiples redressements financiers et une gestion qualifiée de nébuleuse par la chambre régionale des comptes, la crise de croissance prenait un tour dangereux pour le plus gros festival de musique français.
Aussi, les responsables ont-ils décidé de trancher dans le vif en privilégiant la jeune scène et les artistes nouveaux aux dépens des brontosaures du rock international et de la scène hexagonale.
Pari presque réussi puisque sur les 48 000 spectateurs payants espérés, 46 500 ont répondu présent.
Quant à la scène, des groupes comme Blankass, Sinsemilia, Matmatah ou le chanteur Pierpoljak ne pouvaient que se féliciter de ce revirement de style. Les prestations de la jeune garde furent à la hauteur des espérances des programmateurs. Et ce, quelque soit la taille de la salle.

Rock gros calibre et efficace pour les régionaux de l'étape Blankass (Issoudun ville voisine) qui mit le chapiteau de l'Igloo (6 000 places) en transe et en choeur sur les airs de "On est pas des chiens" tube du moment. Sorte de diatribe contre les poncifs journalistiques à propos de la vie dans les banlieues et les cités.
Précédés par les celtes d'Armens et les bretons bretonnants de Matmatah, ce premier gros concert du jeudi prouvait que le rock à base de musique trad avait de beaux jours devant lui.
Dans la soirée Linda Lemay, québécoise de son état et chanteuse ironique de sa profession faisant mouche à chaque chanson au théâtre de la Hune. Tantôt comique : "La Visite" tantôt tragique : "Ceux que l'on met au Monde" la blonde Linda Lemay repartait au bout d'une heure trente de concert et deux rappels dans sa loge, le sourire jusqu'aux lèvres d'avoir si bien réussi son premier Printemps de Bourges.
Comique également, le registre de Caroline Loeb, ex-pensionnaire du Top 50 en 1986 avec "C'est La Ouate", revenue vendredi au Théâtre Jacques Coeur où chansons et sketchs se succédaient en cadence.

Malgré le jeunisme ambiant, c'est l'ancêtre de l'affiche qui présentait le spectacle le plus innovant. Enrico Macias, gloire des années 70, qui offrit aux "filles de son pays" un hommage à son beau-père Cheikh Raymond Levis chantre du "malouf". Un spectacle cher au coeur de Macias qui voulait ainsi réconcilier juifs et musulmans autour de quelques notes orientales.
Ceux qui se sont réconciliés autour de quelques fumets de ganja, ce sont les rastas de la soirée "International Roots of Reggae-Ragga" avec Saï Saï, Ras Michaèl et Pierpoljak. Ce dernier déployant une belle énergie à galoper en long, en large et en travers de la scène de l'Igloo s'imposant ainsi comme le véritable showman de la soirée.

Le Printemps (pour une fois presque constamment ensoleillé) prenait ainsi une tournure sympathique pour les festivaliers. Dommage que la soirée techno ( Rinocerose, Scott Groove, Cassius) fut aussi chaleureuse qu'une giboulée au printemps. Au chapitre des regrets également, le malaise du bassiste de Zazie, très attendue dimanche soir. Contraignant ainsi sa patronne à improviser une ritournelle avec un accordéoniste avant de s'éclipser et d'annuler le concert de clôture.

Conclusion en queue de poisson donc, mais l'essentiel n'était-il pas que le Printemps négocie bien le virage de son rajeunissement ?

Frédéric Garat