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Fabulous Trobadors

Les inventeurs de folklore urbain


Paris 

18/02/1999 - 

Claude Sicre et Ange B sont en tournée française avec leurs deux tambourins et leur musique qui réinvente les recettes des musiques traditionnelles, avec le rêve de redonner chaleur et vie aux quartiers des villes.



"Nous sommes les griots d'un pays qui a tué la grioterie". Cheveux tombant sur ses grosses lunettes de myope, visage maigre, rocaille chantante de l'accent, Claude Sicre est le théoricien des Fabulous Trobadors. Avec Jean-Marc Enjalbert, alias Ange B, il forme le duo le plus inclassable de la scène française : trop rythmique pour appartenir à la chanson française "normale", trop acoustique et "sudiste" pour être du rap, trop cinglé pour être folk. La musique des Fabulous Trobadors se fonde sur une pauvreté affirmée et fière : deux voix et deux tambourins. "Ce qui me plait, dit Claude Sicre, c'est de chanter avec le tambourin. On pratique ce qu'implique le tambourin : improviser, jouer n'importe quand, s'adapter à tous les contextes, avoir un vrai propos de base." Ce propos de base, que les Fabulous Trobadors chantent, scandent ou swinguent, c'est une affirmation à la fois festive, culturelle, politique : retrouver une convivialité que le centralisme culturel français a fait disparaître. Sans langues régionales, sans folklore vivant, sans musique jouable et dansable par n'importe qui, comment inventer des fêtes pour toutes les circonstances ? "Les musiques traditionnelles sont esthétisantes ou patrimoniales, sauf en Bretagne, en Corse, aux Antilles, où elles n'ont pas été éradiquées comme dans le reste de la France. Pour avoir un répertoire et des outils pour répondre aux fonctions anciennes - un anniversaire, le retour d'un copain, le dernier soir avant les vacances - il fallait repartir de zéro, tout refaire."

Les Fabulous Trobadors ont entrepris d'inventer un folklore, en même temps qu'ils se bâtissent une carrière novatrice et unique en France. Dans leurs trois albums ("Era pas de faire" en 1992, "Ma ville est le plus beau park" en 1995, "On the Linha Imaginot" en 1998), ils célèbrent le Cachou Lajaunie autant que le bonheur et la liberté de parler avec un accent, brocardent le vacarme politicien comme le "régionalisme", appellent à inventer une autre manière de considérer la ville. Les deux tambourins dessinent une trame rythmique, les deux Trobadors alternent dans la déclamation du texte - en français ou en occitan - et Ange B présente toute une folie d'imitations d'instruments et de bruits électroniques.

D'abord sur un label "indépendant" (Roker Promocion), les Fabulous Trobadors ont rejoint pour leurs deux derniers albums une "major" du disque, Mercury. Mais cela n'a pas bouleversé leur musique pour autant, qu'ils font évoluer à la fois vers la sophistication et vers des possibilités de plus en plus conviviales. "On the Linha Imaginot" leur dernier album, s'ouvre ainsi sur "Je ne chante pas mes peines", véritable démonstration formelle : "Alternance des voix, réponse à l'harmonica, des espaces pour permettre les interventions vocales d'Ange B et c'est extrêmement intéressant à jouer dans un café. Beaucoup de gens conçoivent leurs formes musicales pour la scène et pour le disque. Nous, c'est avant tout pour les circonstances de base, comme dans toutes les musiques populaires : une alternance très cadrée parce qu'extrêmement pratique, très efficace. On peut le jouer sur le marché ou tenir jusqu'à trois heures du matin dans un bistrot." Et, sur le même disque, deux titres ont été coproduits avec les anglo-indiens d'Asian Dub Foundation : "Ce sont toujours des titres des Fabulous Trobadors, mais avec un vrai mélange des styles entre nous", dit Ange B.

Le laboratoire et le terreau des Fabulous Trobadors, c'est leur quartier, Arnaud-Bernard, zone de métissage et d'histoire au cœur de Toulouse. Tous les auditeurs de leurs disques et tous les spectateurs de leurs concerts les ont entendus célébrer leur quartier : "C'est comme Ménilmontant pour Maurice Chevalier : c'est emblématique des Fabulous Trobadors, dit Claude Sicre. Mais pour nous c'est notre vie, c'est vraiment là que tout se passe. On ne parle pas d'Arnaud-Bernard pour le plaisir d'en parler, mais parce qu'Arnaud-Bernard est au centre de notre musique". Claude Sicre fut-il y a une vingtaine d'années, parmi les fondateurs du comité de quartier d'Arnaud-Bernard, dans lequel siège maintenant Ange B. La musique des Fabulous Trobadors peut s'entendre comme le prolongement de leur travail permanent de solidarité et de convivialité, des débats et des repas de quartier. Et leurs concerts apparaissent alors, avec leur chaleur, leur ferveur, leur élan, comme la métaphore de nouveaux liens que pourraient se donner les citadins.

Le 24 février à Lille, les 25-26 à Paris (Café de la Danse), 2-3 mars à Amiens, le 5 à Montpellier, le 11 à Macon, le 12 à Clermont-Ferrand, le 13 à Lyon, le 16 à Douai, les 18-19 à Marseille, le 20 à Nice, le 25 à Toulouse.

Bertrand  Dicale