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Etrennes Daho

Premier Best of pour Etienne Daho, intitulé Singles


Paris 

31/12/1998 - 

Le dandy rennais vient de se pencher sur dix huit ans de chansons… Titres remasterisés, intégrale de ses clips… Le père Etienne est devenu le père Noël pour ses aficionados et leurs étrennes.



RFI Musique : Après avoir vécu en Angleterre vous êtes redevenu depuis deux ans, Parisien. Pas de nostalgie londonienne ?
Etienne Daho
: Si, mais Londres c'est tout à côté en TGV. C'est comme d'aller à Rennes. Ce qui me manque c'est la possibilité d'aller dans des bars tranquillement, de sortir d'aller "bouffer" du concert tous les soirs. Cette espèce de sensation de faire partie d'un mouvement musical. J'ai la chance de connaître pas mal de musiciens là-bas et il y a toujours cette espèce de mouvement musical perpétuel. C'est vraiment excitant quand on a, comme moi, une grande passion qui est la musique et quand on est immergé dans cette ambiance londonienne. Indéniablement, c'est là-bas que ça se passe. De plus, mon approche de la musique est différente. En Angleterre, je représente quelque chose mais un "petit" quelque chose. Une popularité qui est très tranquille. Les gens savent que j'ai travaillé avec les Anglais de St Etienne par exemple, mais ça se limite à ça.

"Singles" représente dix-huit ans de succès. Maintenant que vous êtes majeur musicalement, avez-vous d'autres projets ?
Plein de choses. Il y a plein de choses que je pourrais faire encore. Dans un premier temps, je vais travailler sur un nouvel album. Je voudrais trouver quelque chose de radicalement différent de tout ce que j'ai fait auparavant, sûrement plus acoustique… Quant à "Singles" ce n'est pas un bilan, parce que si j'avais besoin d'un bilan à chaque fois que je veux faire un disque je serai un peu mal. Un seul bilan en dix-huit ans, ce n'est pas terrible ! (rires). Disons, que j'ai rangé et ordonné provisoirement ce qui a été fait. Ce n'est pas un truc de commémoration, d'arrêt sur image. Pas du tout. Je n'avais pas spécialement envie de faire cette compilation. Mais il y a plein de gens qui voulaient des chansons sur un seul album qui n'existait pas. Par exemple, "Mon Manège à Moi", "Heures Hindoues" et "Week-end à Rome". Les gens adorent les Best of. Ils aiment avoir ce qu'ils considèrent comme le meilleur et en fait, je me suis pris au jeu. J'ai fait le track-listing, j'ai viré certaines chansons, j'en ai réécouté d'autres. C'est un exercice particulier et finalement assez amusant.

"Idéal" est le seul inédit de ce Best of. Visiblement c'est une chanson inspirée par la victoire des français durant la Coupe du Monde de football…
C'est un titre que j'ai écrit le jour même. En fait, on travaillait avec Arnold Turboust du côté de Bastille (ndlr : quartier de Paris). Et nos séances étaient entrecoupées de cette espèce de rumeur fantastique qui enflait de plus en plus dans les rues de Paris. Ça m'a vraiment bouleversé. Tout à coup, sautait à l'esprit des Français une évidence qui existe depuis très longtemps : la France est un pays de mélange. Et ce mélange permet de s'offrir la coupe du Monde. Il y avait enfin l'acceptation que la France est une mosaïque de gens depuis très longtemps et que c'est du mélange et de l'acceptation des autres que l'on tire notre force. L'idée est très, très simple et c'est devenu du jour au lendemain une évidence dans tous les journaux.

Est-ce que vous êtes footballeur, suivez-vous les performances du Stade Rennais dans le championnat de France? (rires)
Non pas du tout je dois le confesser. Il n'y a qu'un sport qui m'intéresse, et surtout qui me plaît beaucoup mais qui est très solitaire : nager. Nager c'est mon truc…

Quelle est, en tant qu'auditeur, votre dernière émotion musicale ?
J'adore l'album de Beck. De toute la nouvelle génération, je trouve que c'est lui qui amène une espèce de sensation qu'après lui les choses ne seront plus les mêmes. Je trouve que son disque a beaucoup de puissance. En France, j'aime bien toute la nouvelle vague avec Air ou Daft Punk. Je trouve qu'ils ont amené quelque chose de totalement décomplexé. Ça marche beaucoup mieux à l'étranger qu'en France, d'ailleurs. Quand j'étais à Londres, c'est là que j'ai entendu parler de ces musiciens, avant d'en entendre parler en France. Je trouve que ce que fait Miossec est très intéressant. J'aime beaucoup ses disques. J'aime bien Doriand et Jérôme Minière aussi. Mais ce que j'écoute le plus volontiers en ce moment c'est toute cette vague techno, house et autres sur laquelle on ne peut pas mettre d'étiquette et c'est tant mieux. Ce sont des gens vraiment neufs qui apportent une nouvelle respiration.

En 1992, dans une interview pour l'hebdomadaire français Télérama, à la question "Qu'est ce qui vous révolte le plus ?" vous répondiez : "Le retour au puritanisme". Est-ce toujours le cas aujourd'hui ?
Oui puisqu'il est deux fois plus important aujourd'hui. Je suis pour les choses pures certes, mais je ne suis pas pour le verrouillage multiple qui ne résulte pas de ses propres choix mais de la ligne de conduite des autres. En fait, tout le monde se rend malade à vouloir correspondre à une image, un comportement qui ne lui correspond pas. Une espèce de norme débile et passe-partout. (…)

Les Transmusicales de Rennes viennent de fêter leur vingt ans. C'est un festival qui a contribué à vous lancer. Y retournez-vous de temps en temps ?
J'essaye d'y aller le plus souvent possible. C'est le seul qui ne soit pas tombé dans la facilité. Qui a toujours su garder une éthique de découvreur en anticipant sur ce qui marchera demain. Il n'a pas perdu cela et c'est bien. Pour moi, ça a été une planche de surf, un tremplin. Mon tout premier concert, je ne m'en souviens pas très bien, si ce n'est que je suis parti en plein milieu d'une chanson et que je n'arrive pas à me souvenir pourquoi. On avait monté un groupe qui s'appelait "Entre les fils dénudés de la dynamo". Je ne chantais pas. Il y avait des membres de différents groupes de Rennes et on s'était réuni pour faire un titre discoïde qui s'appelait "Sboing ! Sboing !" ou un truc comme ça. Je me souviens des autres concerts ensuite avec Marquis de Sade parce que c'était assez festif. Des gens nous envoyaient des fleurs et applaudissaient. Je me suis dit que ça marchait bien et en fait, c'était un mec qui avait fait le pari de passer à poil derrière nous ! (rires).

Alors que vous sortez ce Best of, Brigitte Fontaine prépare le sien. C'est une chanteuse avec laquelle vous avez produit "Genre Humain" en 95…
J'ai adoré travailler avec Brigitte. C'était un moment vraiment joyeux. Je suis allongé de rire à chaque fois que je bosse avec elle et je suis vraiment très respectueux de son travail. C'est quelqu'un qui n'est pas du tout considérée à la juste valeur de son travail. Pour moi, elle est au même niveau que Barbara ou que Gainsbourg. On commence seulement à la redécouvrir de plus en plus. Ce type d'artiste atypique manque dans le milieu. Des gens comme ça, qui peuvent faire un peu peur mais qui provoquent une révolution quand ils apparaissent. Soit on se met sous la table, soit on applaudit debout. De toute façon, on reste scotché. C'est un genre de Dali chantant.

 

Etienne Daho Singles (Virgin) 1998

Frédéric  Garat