07/09/1998 -
Chanter au Stade de France, seuls les Stones l'avaient fait avant lui. Le remplir trois soirs de suite, personne ne s'y était risqué. Un événement à la hauteur des ambitions, chaque fois un peu plus grandioses et coûteuses, de la rock star. Mais qui s'en plaindrait ? En tous les cas, pas les 80 000 fans venus l'écouter samedi dernier... Même Jacques Chirac était de la partie (mais sans blouson noir). Son défi, l'idole des jeunes l'a relevé majestueusement. Une scène de 3500 m2, un décor post-industriel, deux gigantesques murs d'enceinte, une route, un pont-levis... Et si le décollage fut un pétard mouillé (reporté pour cause de trombes d'eau), cette seconde date reçut une pluie d'applaudissements. Dès les premières minutes, spectaculaires.
20 heures 30 pétantes : dans un bruit assourdissant de pâles, un hélicoptère tournoie au dessus de la foule, des projos balayent le ciel, et le Dieu du stade descend le long d'un filin d'acier. Lui, ou plutôt sa doublure... Mais qu'importe. Notre Jojo national (le vrai) surgit alors d'une trappe au milieu de la marée humaine. Costume noir et brillant, lourde chaîne en argent, boucle d'oreille, cheveu court mais toujours rebelle. Johnny attaque avec "Toute la musique que j'aime", grand classique pour les purs et durs. Et qu'est-ce qu'il aime Johnny ? Du rock et du blues, assurément, à l'image du pot-pourri qu'il entame ensuite avec "Noir, c'est noir".
Toute la musique qu'on aime
La mécanique est parfaitement huilée. Debout sur un disque géant, le "chanteur abandonné" glisse vers le centre du stade pour y enchaîner "Retiens la nuit", "Laura", "Si j'étais un charpentier", "J'ai oublié de vivre"... parfois entrecoupés de ses désormais célèbres "Ouh !". Car qu'on se le dise : Johnny reste un enfant naturel d'Elvis, dont le visage traverse de temps en temps l'écran géant. C'est donc en pur rockeur, juché sur une énorme Harley bleue électrique, qu'il hurle son "Gabrielle" repris par un stade en délire.
La "rock'n'roll attitude" de Johnny, on la connaît depuis longtemps. Mais après trente-cinq ans de carrière, il parvient encore à bluffer son monde. D'abord, en s'entourant d'un orchestre symphonique et de 400 choristes en aube (!). Ensuite, en invitant une poignée d'artistes à le rejoindre le temps d'un duo. Choix guidé par un seul leitmotiv : leurs qualités vocales. Choix judicieux avec Pascal Obispo, Jean-Jacques Goldman ou Patrick Bruel. Et franchement époustouflant quand Florent Pagny, à la voix exceptionnelle, nous offre une très belle interprétation du "Pénitencier", ou quand la Belgo-québécoise Lara Fabian entonne avec la star un poignant "Requiem pour un fou". L'émotion devant aussi beaucoup à la puissance des musiciens classiques et des choristes. Au point qu'on regrette que l'orchestre ne soit pas davantage sollicité.
Et même si certains sont un peu déroutés, Johnny a alors largement gagné son pari. Bien avant qu'il revienne une dernière fois interpréter une chanson d'Aznavour, il a définitivement mis le feu dans le coeur et le corps des spectateurs. D'autant qu'après trois heures de concert, le ciel de Saint-Denis s'embrase dans une gigantesque apothéose d'effets spéciaux, de lasers et de feux d'artifice. Son prochain défi ? "Chanter sur la lune, qui sait"...
P.H.
Humeur et commentaire
Pour qui a le redoutable privilège d'avoir grandi dans les années soixante avec les premiers succès de Johnny Hallyday, il y a matière à perplexité dans cette Johnnymania qui s'est soudain emparée de la France en général, et du Stade de France en particulier.JJD
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