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Le retour d'Orchestra Baobab

Baobab Social Club ?


Paris 

23/10/2002 - 

L'événement 'world' de cet automne est le nouvel album du mythique groupe sénégalais qui enflamma les pistes de danse de Dakar et de l'Afrique de l'Ouest durant les années 70.



Produit par l'Anglais Nick Gold, qui a ƓuvrĂ© au retour des Cubains du  Buena Vista Social Club, ce disque annonce le retour des groupes qui ont fait le son de seventies sur le continent africain avec les prochains opus des Cap-verdiens de Voz de Cabo Verde, des GuinĂ©ens du Bembeya Jazz et des Congolais de ZaĂŻko-Langa-Langa.

Le retour des vétérans


Le long Issa Cissokho se contorsionne dans tous les sens, fait pleurer son saxophone, puis lui arrache des notes qui font rire. Issa est un improvisateur nĂ©. Tout le monde sait qu’il aime jouer au sĂ©ducteur, faire l’espiĂšgle, cabotiner. CarrĂ© et placide, BarthĂ©lemy Attisso, lui, n’affiche guĂšre ses Ă©motions, parle d’une voix Ă©gale. Ses Ă©tats d’ñme passent par sa guitare rythmique Ă  laquelle il fait jouer des airs nostalgiques remontant aux annĂ©es 70, des mesures cristallines qui pincent le cƓur, un rhythm’n’blues mat et Ă©panoui ou un rock dĂ©cennie 60 façon Hendrix. BarthĂ©lemy le Togolais est avocat au barreau de LomĂ©. Il n’avait pas touchĂ© une guitare depuis 15 ans. Il s’y est remis pour l’occasion sans trop y croire. Son doigtĂ© magique est vite revenu. C’est comme le vĂ©lo, quand on a appris Ă  s’en servir, cela ne s’oublie jamais. Plus rond et facĂ©tieux, Rudy Gomis agite ses maracas, clame d’une voix semi-Ă©tranglĂ©e et troublante des rengaines que les anciens n’ont pas oubliĂ©es. Avec sa tĂȘte de vĂ©nĂ©rable marabout, Balla SidibĂ© frappe sĂ©chement sur ses timbales, chante d’une voix grosse et ample la gĂ©nĂ©rositĂ© lĂ©gendaire d’un personnage illustre de sa Casamance natale qu’il partage avec Gomis et le guitariste Charlie Ndiaye. Le griot, le djĂ©li  wolof Ndiouga Dieng dĂ©clame de sa voix de tĂȘte la douleur des longues nuits qu’il a vĂ©cues aprĂšs le dĂ©cĂšs de son pĂšre. MĂ©doune Diallo, lui, est le vrai sonero, le “Cubain”, de la bande quand il chante en espagnol des airs plus enjouĂ©s. Autre guitariste rythmique, le fin Lotfi Benjelloun est un peu le philosophe du groupe. Il est originaire du Maroc oĂč son pĂšre, qui  ne se sentait pas Ă  l’aise sous le rĂ©gime du dĂ©funt roi Hassan II, s’est exilĂ© Ă  Saint-Louis, la mĂ©tropole du Nord SĂ©nĂ©gal oĂč a grandi Lotfi. Bien qu’il habite Dakar depuis plusieurs annĂ©es, comme la plupart de ses partenaires, le guitariste tranquille dit en guise de bienvenue “ici, vous ĂȘtes chez moi”.


On croĂźt plutĂŽt ĂȘtre Ă  La Havane quand Saint-Louis aligne des rues droites, des façades aux couleurs caraĂŻbĂ©ennes, des murs parfois dĂ©crĂ©pis, vestiges d’un passĂ© colonial qui avait fait de cette ville alanguie la capitale de l’Afrique Occidentale Française. ProtĂ©gĂ©e de la houle de l’Atlantique par une Ă©troite langue de terre, dĂ©licatement posĂ©e au milieu du petit lac formĂ© par l’embouchure du fleuve SĂ©nĂ©gal, Saint-Louis est une Ăźle qui vit de son poisson sĂ©chĂ© en espĂ©rant attirer le touriste occidental. Mais aujourd’hui, elle est la ville qui donne le top dĂ©part du retour officiel d’un groupe patrimonial sĂ©nĂ©galais, l’Orchestra Baobab vouĂ© aux musiques lancinantes et sensuelles de Cuba, maintenant reformĂ© aprĂšs 15 ans d’absence. Il faut dire que cette renaissance est suivie par une impressionnante dĂ©lĂ©gation de tĂ©moins. Des journalistes sont venus d’une dizaine de pays europĂ©ens, d’Irlande, Angleterre jusqu’à l’Italie en passant par la France, l’Allemagne ou l’Espagne pour suivre le premier concert que donne Orchestra Baobab depuis trois lustres sur la terre qui l’a vu naĂźtre un jour de 1970.

Un jour oĂč la direction du Baobab, un nouveau et chic club qui venait de s’ouvrir au centre de Dakar, Ă  deux pas de la place de l’IndĂ©pendance et de l’AssemblĂ©e nationale, cherchait des musiciens de qualitĂ© pour animer sa boĂźte de nuit censĂ©e attirer l’élite de la capitale, politiciens, intellectuels et autres hommes d’affaires. Le Baobab dĂ©baucha six musiciens du Star Band de Miami, la boĂźte rivale. Parmi eux SidibĂ©, Gomis et Attisso qui jouait la nuit pour financer ses Ă©tudes de droit. Le reste des musiciens viendra aprĂšs. L’Orchestra Baobab Ă©tait nĂ©. Il jouait une Ă©trange salsa, un rythme bien latino-amĂ©ricain mais qui sonnait trĂšs africain, une musique faite pour danser mais teintĂ©e d’une mystĂ©rieuse mĂ©lancolie. C’était la marque du Baobab. C’était pour ça qu’il avait des centaines de milliers de fans parmi lesquels se trouvait un jeune Ă©chalas, fils de la MĂ©dina de Dakar, un certain Youssou N’Dour. C’est ce mĂȘme Youssou et son Super Etoile,  Omar PĂšne et son Super Diamono, qui vont, Ă  la tĂȘte d’une nouvelle vague musicale nĂ©e dans la rue dakaroise, le mbalax furieusement transfigurĂ©, dĂ©tourner la jeunesse sĂ©nagalaise et faire prendre au Baobab sa retraite anticipĂ©e. L’Orchestra laissera une vingtaine d’albums vinyles pour la postĂ©ritĂ©, ses membres Ă©parpillĂ©s aux quatre vents.


Aujourd’hui, c’est ce mĂȘme Youssou N’Dour, qui dit “Ils Ă©taient vraiment panafricains”, qui produit une petite partie du nouveau disque du Baobab et chante de sa voix de muezzin profane sur Hommage Ă  Tonton Ferrer, une louange collective et Ă©mouvante Ă  l’ancien cireur de La Havane, le chanteur Ibrahim Ferrer qui participe lui aussi Ă  ce bolĂ©ro Ă©plorĂ©. La prĂ©sence du septuagĂ©naire cubain est un clin d’Ɠil Ă  une rĂ©ussite miraculeuse, l’album Buena Vista Social Club dont le succĂšs planĂ©taire a relancĂ© la carriĂšre d’une poignĂ©e de grands-pĂšres musiciens cubains alors oubliĂ©s de tous. Ils servent aujourd’hui de modĂšles Ă  toute une tendance de musiciens afro-papies sur le retour. Tel l’Orchestra Baobab, les panthĂšres grises du Bembeya Jazz guinĂ©en, des Cool Croners zimbabwĂ©ens, du KĂ©kĂ©lĂ© congolais ou de la Voz de Cabo Verde monttre que leurs griffes ne sont pas encore Ă©moussĂ©es. C’est le mĂȘme producteur de Buena Vista Social Club, l’Anglais Nick Gold, le bien nommĂ©, qui rĂ©alise le nouveau disque de l’Orchestra parce qu’il n’a pas oubliĂ© qu’il se repassait en boucle une cassette pirate du Baobab en 1983. Il a fini par retrouver la trace de ses idoles et les persuader de se remettre Ă  jouer de nouveau.


Pour ce premier concert au SĂ©nĂ©gal depuis vingt ans, l’Orchestra Baobab joue au Quai des Arts de Saint-Louis, dans une salle qu’une douzaine de ventilateurs n’arrivent pas Ă  rafraĂźchir  tant l’ambiance est chaude Ă  cause de onze musiciens oĂč figurent deux nouveaux venus, le saxophoniste Thierno KoitĂ© et Assane Mboup, voix fine et sahĂ©lienne. L’orchestre chante avec des voix amples et Ă©raflĂ©es, joueavec des guitares verigineuses, des percussions qui crĂ©pitent, des cuivres qui scintillent.


Le public jeune est bluffĂ©, les anciens chantent avec l’Orchestra des chansons qu’ils connaissent par cƓur, Utrus Horas, Jiin Ma Jiin Ma, On verra ça, Sutukum, Ndongoy Daara, El Son Te Llama... Des couples dansent des pas Ă©tranges, des dĂ©hanchements sensuelles et naĂŻfs. C’est ça la “salsa” d’Orchestra Baobab. Le groupe lĂ©gendaire est actuellement en tournĂ©e en Europe.

Orchestra Baobab Specialist In All Styles (World Circuit/Night & Day) 2002

Bouziane  Daoudi