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Ali Dragon

La moitié de Louise Attaque sort un album électro


Paris 

07/11/2002 - 

Pendant les vacances temporaires de Louise Attaque, les quatre membres ne sont pas restés inactifs. Gaëtan Roussel et Arnaud Samuel ont formé Tarmac, Alexandre Margraf et Robin Feix ont donné naissance au collectif Ali Dragon qui sort un premier album, Le dernier cri, et se fait connaßtre par internet.



Si Tarmac emprunte le chant, le violon et l'atmosphĂšre onirique de Louise Attaque, Ali Dragon en restitue la basse, la batterie et l'Ă©nergie festive ainsi que la mise en commun et l’absence d'ego surdimensionnĂ©. Alex, Robin et David (ingĂ©nieur du son des Louise Attaque) ont fusionnĂ© avec deux talentueux bricoleurs sonores hip hop du groupe Antidote et quelques amis, dont Miossec et Phillipe, le chanteur des Wampas pour crĂ©er un collectif sans frontiĂšre.


Loin du dĂ©pouillement de Louise Attaque, Le dernier cri d’Ali Dragon est colorĂ©, bourrĂ© d’influences, de dĂ©tails, de boucles et autres sons, tantĂŽt festif et tantĂŽt grave. Le sampler dialogue avec la guitare, la contrebasse, les cuivres, voix, effets et instrument japonais ou percussions. Cet album puise ses influences dans la discothĂšque Ă©clectique de ses crĂ©ateurs : Clash, Ă©lectro, hip hop, rock, dub, BrĂ©sil, JamaĂŻque sont quelques-uns des chemins de ce voyage sans direction ou Ă©tiquette prĂ©dĂ©finie.

PrĂ©sageant que ce disque ne rentrerait dans aucun bac discographique, les Ali Dragon ont dĂ©cidĂ© de faire parler d’eux sur internet en lançant une "campagne de guĂ©rilla on line", un "marketing viral" qui a dĂ©jĂ  permis de constituer une communautĂ© de plus de 10.000 inscrits
 Chacun peut y apporter ses idĂ©es, images, clips ou sons, et faire dĂ©couvrir Ă  d’autres, Ali Dragon tout en gagnant des cadeaux. Seul mot d’ordre : soyez vous-mĂȘmes !

Rencontre avec la main d’Ali Dragon, cinq membres qui ne votent pas chaque dĂ©cision mais se battent en chƓur : Alex (batterie, percussions, samples et guitares), Robin (basse, claviers, graphisme), Bruno (machines), Sane (chant) et David (trompette, guitare et groovebox).


RFI : Jusqu’à prĂ©sent Ali Dragon n’a communiquĂ© que via Internet, pourquoi ce choix ?
Robin 
: Jusqu’ici, ce qui nous semblait juste, c'Ă©tait de faire des concerts pour exister et pour que les gens dĂ©couvrent notre musique. Cette fois, le disque a existĂ© avant les concerts, donc internet a rempli ce rĂŽle de lieu d’échanges. Le rĂ©seau nous a permis de faire Ă©couter notre musique Ă  des milliers de gens grĂące au MP3. Il y a un petit jeu, si tu fais connaĂźtre le groupe, tu peux gagner des t-shirts et des autocollants. Le rĂ©seau a permis la dĂ©couverte de quelques titres en avant-premiĂšre. Maintenant nous entamons une phase de promotion classique.
Bruno : Ali Dragon est un collectif d’artistes (chanteurs et musiciens) qui souhaite toucher d’autre gens et notamment des vidĂ©astes, peintres ou photographes pour grossir le collectif. Chacun peut apporter sa pierre, proposer de rĂ©aliser des clips, des photos
 On a eu plus 16.000 tĂ©lĂ©chargements de nos morceaux. Pour moi, c’est une rĂ©ussite ! Les gens participent et, en quelque sorte, s’approprient la musique !


Les maisons de disques, elles, avouent craindre le piratage

Sane
: Donner quelques titres, c’est ce qu’il y a de mieux Ă  faire. Beaucoup de maisons de disques se retiennent alors qu’elles devraient avoir la dĂ©marche inverse. Il y a une surabondance d’artistes. Aujourd’hui, le public veut voir et entendre avant d’acheter.
David : Je pense qu’Internet ne se substituera jamais à la valeur artistique de l’album. Si tu aimes la musique, tu vas acheter le disque, ne serait-ce que pour le travail graphique de Robin sur la pochette.
Robin : C’est multimĂ©dia, mais ce n’est pas une volontĂ©. J’ai dessinĂ© en mĂȘme temps que sont nĂ©s les morceaux. L’idĂ©e Ă©tait juste de les illustrer.

RFI : Vous ĂȘtes tous issus d’expĂ©riences musicales diffĂ©rentes, comment avez-vous conçu ce projet, essentiellement en studio ?
Alex
 : Ce fut long. Il y a eu beaucoup de recherche. David, Robin et moi, on se connaissait dĂ©jĂ  puisqu’on jouait ensemble avant Louise Attaque, au sein de Caravage. Nous avons rencontrĂ© Bruno et Sane lors de tournĂ©es : ils faisaient partie du groupe Antidote. Nous Ă©tions tous arrivĂ©s Ă  une Ă©tape de notre vie oĂč l’on avait envie de faire autre chose. On a cherchĂ© et créé en mĂȘme temps. Il a fallu attendre la fin de l’album pour avoir une idĂ©e d’ensemble. Au dĂ©part, on a essayĂ© d’enregistrer tout ce qu’on pouvait : des improvisations en concert, des boucles, des bruits
 C’était assez complexe car il fallait essayer de pousser les idĂ©es de chacun au maximum, sans toujours savoir si tout le monde devait s’impliquer sur les morceaux.
David : Notre but Ă©tait de s’amuser ensemble, et non pas de faire un album, encore moins de le vendre. Nous nous sommes retrouvĂ©s tous les cinq dans un lieu avec des instruments et du matĂ©riel, un peu comme sur une Ăźle dĂ©serte
 sauf que c’était au studio Plus Ă  Paris.
Bruno: Quand certains morceaux commençaient Ă  se dessiner, nous sommes partis en Bretagne dans une maison, puis nous avons encore travaillĂ© et cherchĂ© pendant presque un an !
Sane : Il y a eu un travail de fond et d’autres morceaux ont Ă©tĂ© beaucoup plus spontanĂ©s, comme Follow Me qui n’a pas Ă©tĂ© retouchĂ© du tout.

RFI : Qu'en est-il de la production de cet album ?
Alex
 : On a en a cherchĂ© longtemps, plusieurs ce sont dĂ©filĂ©s, alors nous avons dĂ©cidĂ© de produire cet album nous-mĂȘmes. Nous avons appris en faisant. C’est intĂ©ressant, mais trĂšs difficile.
Sane : Il a fallu faire des choix et se faire confiance. Il y a des titres qui ont un format chanson et d’autres non. Je pense qu’un producteur nous aurait obligĂ© Ă  formater plus le disque. On n'a jamais pensĂ© aux ventes.


RFI : L’ancien bassiste des Wampas disait qu’il a laissĂ© tomber sa basse pour les machines et platines jugĂ©es plus ludiques, est-ce votre cas?
Alex
 : Oui, c’est vrai
 Il y a un peu d’austĂ©ritĂ© dans le jeu acoustique et mĂȘme en concert. Tu rĂ©pĂštes des gestes. Je commençais vraiment Ă  savoir comment fonctionne le rock, couplet-refrain-solo etc., alors que je trouve que les machines sont plus ludiques. On peut passer d’un son Ă  l’autre. Il y a un cĂŽtĂ© sorcier, mais c’est le mĂȘme principe.
Sane : D’une façon gĂ©nĂ©rale, cet album veut aller contre les artistes installĂ©s dans une formule. Quand je faisais du hip hop, j’appliquais une formule inlassablement. C’est la facilitĂ©. Or, il faut ĂȘtre heureux d’avoir tordu son instrument, mĂȘme si tu te sens fragile d’avoir bousculĂ© ton propre art.

RFI : Au sein de Louise Attaque, vous aviez aussi l’impression d’ĂȘtre formatĂ©s ?
Robin : Si on avait continuĂ©, on l’aurait Ă©tĂ©. L’art, c’est compliquĂ©. Entre ce que tu as dĂ©cidĂ© de faire et ce que tu obtiens Ă  la fin, ce n’est jamais la mĂȘme chose. En restant dans le mĂȘme cadre, tu te perfectionnes, alors que nous aurions plutĂŽt la dĂ©marche de Picasso : quand il excelle dans le cubisme, il fait radicalement autre chose.
Alex : Si tu as du mal Ă  faire des choix, tu auras tendance Ă  te rĂ©fugier dans ce qui prĂ©existe dĂ©jĂ  ou dans ce que tu as fait avant. Or le but, c’est d’oublier tout ce qui existe pour crĂ©er.

RFI : Est-ce un hasard si la section rythmique (basse-batterie) de Louise Attaque se retrouve dans Ali Dragon ?
Robin
 : C’est humain, la section rythmique de Louise Attaque ne veut rien dire. On est d’abord deux copains. Ce qui Ă©tait prĂ©vu avant que Louise Attaque ne prenne des vacances, c’était l’éclectisme. On y pensait dĂ©jĂ  Ă  l’époque avec Alex.
David : C’est eux qui marquaient le plus vif intĂ©rĂȘt pour ce qui est Ă©clectisme, bidouillages sonores etc. Ce n’est pas un hasard qu’on ait fait Ali Dragon avec Alex et Robin.

RFI : Ali Dragon fera-t-il de la scĂšne ?
Alex
 : Nous ferons des concerts, mais encore une fois en sortant du cadre classique, dans des lieux amĂ©nagĂ©s en univers "Alidragonesque", avec des plasticiens, des graphistes
 On ne sait pas encore vraiment, mais on y travaille en ce moment. L’idĂ©e serait de retrouver un DJ, un guitariste, des musiciens et puis de finir avec un sound system
 mais sans avoir une formule unique !

RFI : Peut-ĂȘtre que les textes ne sont pas conformes aux canons du rap ou du rock, mais il vous reste en commun une vision assez sombre du monde

Sane
 : Etre rĂ©aliste ce n’est pas forcĂ©ment aimer le monde ou ĂȘtre philanthrope. C’est trĂšs difficile Ă  chanter le bonheur parce qu’on paraĂźt faux assez vite.
Alex : On chante quand mĂȘme la fĂȘte, l’amusement, l’oubli des cadres, c’est dĂ©jĂ  ça. On essaye de se libĂ©rer de nos carcans


Ali Dragon  Le Dernier Cri (AtmosphĂ©riques) 2002

Elodie  Maillot