
Si Tarmac emprunte le chant, le violon et l'atmosphĂšre onirique de Louise Attaque, Ali Dragon en restitue la basse, la batterie et l'Ă©nergie festive ainsi que la mise en commun et lâabsence d'ego surdimensionnĂ©. Alex, Robin et David (ingĂ©nieur du son des Louise Attaque) ont fusionnĂ© avec deux talentueux bricoleurs sonores hip hop du groupe Antidote et quelques amis, dont Miossec et Phillipe, le chanteur des Wampas pour crĂ©er un collectif sans frontiĂšre.
Loin du dépouillement de Louise Attaque,
Le dernier cri dâAli Dragon est colorĂ©, bourrĂ© dâinfluences, de dĂ©tails, de boucles et autres sons, tantĂŽt festif et tantĂŽt grave. Le sampler dialogue avec la guitare, la contrebasse, les cuivres, voix, effets et instrument japonais ou percussions. Cet album puise ses influences dans la discothĂšque Ă©clectique de ses crĂ©ateurs : Clash, Ă©lectro, hip hop, rock, dub, BrĂ©sil, JamaĂŻque sont quelques-uns des chemins de ce voyage sans direction ou Ă©tiquette prĂ©dĂ©finie.
PrĂ©sageant que ce disque ne rentrerait dans aucun bac discographique, les Ali Dragon ont dĂ©cidĂ© de faire parler dâeux sur internet en lançant une "
campagne de guérilla on line", un "
marketing viral" qui a dĂ©jĂ permis de constituer une communautĂ© de plus de 10.000 inscrits⊠Chacun peut y apporter ses idĂ©es, images, clips ou sons, et faire dĂ©couvrir Ă dâautres, Ali Dragon tout en gagnant des cadeaux. Seul mot dâordre : soyez vous-mĂȘmes !
Rencontre avec la main dâAli Dragon, cinq membres qui ne votent pas chaque dĂ©cision mais se battent en chĆur : Alex (batterie, percussions, samples et guitares), Robin (basse, claviers, graphisme), Bruno (machines), Sane (chant) et David (trompette, guitare et groovebox).

RFI : JusquâĂ prĂ©sent Ali Dragon nâa communiquĂ© que via Internet, pourquoi ce choix ?
Robin : Jusquâici, ce qui nous semblait juste, c'Ă©tait de faire des concerts pour exister et pour que les gens dĂ©couvrent notre musique. Cette fois, le disque a existĂ© avant les concerts, donc internet a rempli ce rĂŽle de lieu dâĂ©changes. Le rĂ©seau nous a permis de faire Ă©couter notre musique Ă des milliers de gens grĂące au MP3. Il y a un petit jeu, si tu fais connaĂźtre le groupe, tu peux gagner des t-shirts et des autocollants. Le rĂ©seau a permis la dĂ©couverte de quelques titres en avant-premiĂšre. Maintenant nous entamons une phase de promotion classique.
Bruno : Ali Dragon est un collectif dâartistes (chanteurs et musiciens) qui souhaite toucher dâautre gens et notamment des vidĂ©astes, peintres ou photographes pour grossir le collectif. Chacun peut apporter sa pierre, proposer de rĂ©aliser des clips, des photos⊠On a eu plus 16.000 tĂ©lĂ©chargements de nos morceaux. Pour moi, câest une rĂ©ussite ! Les gens participent et, en quelque sorte, sâapproprient la musique !
Les maisons de disques, elles, avouent craindre le piratageâŠ
Sane : Donner quelques titres, câest ce quâil y a de mieux Ă faire. Beaucoup de maisons de disques se retiennent alors quâelles devraient avoir la dĂ©marche inverse. Il y a une surabondance dâartistes. Aujourdâhui, le public veut voir et entendre avant dâacheter.
David : Je pense quâInternet ne se substituera jamais Ă la valeur artistique de lâalbum. Si tu aimes la musique, tu vas acheter le disque, ne serait-ce que pour le travail graphique de Robin sur la pochette.
Robin : Câest multimĂ©dia, mais ce nâest pas une volontĂ©. Jâai dessinĂ© en mĂȘme temps que sont nĂ©s les morceaux. LâidĂ©e Ă©tait juste de les illustrer.
RFI : Vous ĂȘtes tous issus dâexpĂ©riences musicales diffĂ©rentes, comment avez-vous conçu ce projet, essentiellement en studio ?
Alex : Ce fut long. Il y a eu beaucoup de recherche. David, Robin et moi, on se connaissait dĂ©jĂ puisquâon jouait ensemble avant Louise Attaque, au sein de Caravage. Nous avons rencontrĂ© Bruno et Sane lors de tournĂ©es : ils faisaient partie du groupe Antidote. Nous Ă©tions tous arrivĂ©s Ă une Ă©tape de notre vie oĂč lâon avait envie de faire autre chose. On a cherchĂ© et créé en mĂȘme temps. Il a fallu attendre la fin de lâalbum pour avoir une idĂ©e dâensemble. Au dĂ©part, on a essayĂ© dâenregistrer tout ce quâon pouvait : des improvisations en concert, des boucles, des bruits⊠CâĂ©tait assez complexe car il fallait essayer de pousser les idĂ©es de chacun au maximum, sans toujours savoir si tout le monde devait sâimpliquer sur les morceaux.
David : Notre but Ă©tait de sâamuser ensemble, et non pas de faire un album, encore moins de le vendre. Nous nous sommes retrouvĂ©s tous les cinq dans un lieu avec des instruments et du matĂ©riel, un peu comme sur une Ăźle dĂ©serte⊠sauf que câĂ©tait au studio Plus Ă Paris.
Bruno: Quand certains morceaux commençaient à se dessiner, nous sommes partis en Bretagne dans une maison, puis nous avons encore travaillé et cherché pendant presque un an !
Sane : Il y a eu un travail de fond et dâautres morceaux ont Ă©tĂ© beaucoup plus spontanĂ©s, comme
Follow Me qui nâa pas Ă©tĂ© retouchĂ© du tout.
RFI : Qu'en est-il de la production de cet album ?
Alex : On a en a cherchĂ© longtemps, plusieurs ce sont dĂ©filĂ©s, alors nous avons dĂ©cidĂ© de produire cet album nous-mĂȘmes. Nous avons appris en faisant. Câest intĂ©ressant, mais trĂšs difficile.
Sane : Il a fallu faire des choix et se faire confiance. Il y a des titres qui ont un format chanson et dâautres non. Je pense quâun producteur nous aurait obligĂ© Ă formater plus le disque. On n'a jamais pensĂ© aux ventes.
RFI : Lâancien bassiste des Wampas disait quâil a laissĂ© tomber sa basse pour les machines et platines jugĂ©es plus ludiques, est-ce votre cas?
Alex : Oui, câest vrai⊠Il y a un peu dâaustĂ©ritĂ© dans le jeu acoustique et mĂȘme en concert. Tu rĂ©pĂštes des gestes. Je commençais vraiment Ă savoir comment fonctionne le rock, couplet-refrain-solo etc., alors que je trouve que les machines sont plus ludiques. On peut passer dâun son Ă lâautre. Il y a un cĂŽtĂ© sorcier, mais câest le mĂȘme principe.
Sane : Dâune façon gĂ©nĂ©rale, cet album veut aller contre les artistes installĂ©s dans une formule. Quand je faisais du hip hop, jâappliquais une formule inlassablement. Câest la facilitĂ©. Or, il faut ĂȘtre heureux dâavoir tordu son instrument, mĂȘme si tu te sens fragile dâavoir bousculĂ© ton propre art.
RFI : Au sein de Louise Attaque, vous aviez aussi lâimpression dâĂȘtre formatĂ©s ?
Robin : Si on avait continuĂ©, on lâaurait Ă©tĂ©. Lâart, câest compliquĂ©. Entre ce que tu as dĂ©cidĂ© de faire et ce que tu obtiens Ă la fin, ce nâest jamais la mĂȘme chose. En restant dans le mĂȘme cadre, tu te perfectionnes, alors que nous aurions plutĂŽt la dĂ©marche de Picasso : quand il excelle dans le cubisme, il fait radicalement autre chose.
Alex : Si tu as du mal Ă faire des choix, tu auras tendance Ă te rĂ©fugier dans ce qui prĂ©existe dĂ©jĂ ou dans ce que tu as fait avant. Or le but, câest dâoublier tout ce qui existe pour crĂ©er.
RFI : Est-ce un hasard si la section rythmique (basse-batterie) de Louise Attaque se retrouve dans Ali Dragon ?
Robin : Câest humain, la section rythmique de Louise Attaque ne veut rien dire. On est dâabord deux copains. Ce qui Ă©tait prĂ©vu avant que Louise Attaque ne prenne des vacances, câĂ©tait lâĂ©clectisme. On y pensait dĂ©jĂ Ă lâĂ©poque avec Alex.
David : Câest eux qui marquaient le plus vif intĂ©rĂȘt pour ce qui est Ă©clectisme, bidouillages sonores etc. Ce nâest pas un hasard quâon ait fait Ali Dragon avec Alex et Robin.
RFI : Ali Dragon fera-t-il de la scĂšne ?
Alex : Nous ferons des concerts, mais encore une fois en sortant du cadre classique, dans des lieux amĂ©nagĂ©s en univers "Alidragonesque", avec des plasticiens, des graphistes⊠On ne sait pas encore vraiment, mais on y travaille en ce moment. LâidĂ©e serait de retrouver un DJ, un guitariste, des musiciens et puis de finir avec un sound system⊠mais sans avoir une formule unique !
RFI : Peut-ĂȘtre que les textes ne sont pas conformes aux canons du rap ou du rock, mais il vous reste en commun une vision assez sombre du mondeâŠ
Sane : Etre rĂ©aliste ce nâest pas forcĂ©ment aimer le monde ou ĂȘtre philanthrope. Câest trĂšs difficile Ă chanter le bonheur parce quâon paraĂźt faux assez vite.
Alex : On chante quand mĂȘme la fĂȘte, lâamusement, lâoubli des cadres, câest dĂ©jà ça. On essaye de se libĂ©rer de nos carcansâŠ