Carla Bruni
La belle Ăąme de la belle.
ParisÂ
14/08/2003 -Â
Mannequin vedette des annĂ©es 90, Carla Bruni sortait il y a quelques mois, Quelqu'un m'a dit, un premier album de chansons dĂ©pouillĂ©es et douces, dont elle est lâauteur-compositeur et qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Louis Bertignac. Une trĂšs belle rĂ©ussite couronnĂ©e par des ventes record : un million d'exemplaires en France et 500.000 en dehors des frontiĂšres hexagonales. Interview.
"Je ne voulais pas que ce soit sophistiquĂ© ou dĂ©calĂ©. Je ne voulais pas une pose particuliĂšre. Je voulais que ce disque soit comme une fille qui se rĂ©veille, avec le visage quâon a le matin. Je voulais que ce soit un peu nu, pas trop habillĂ©, pas trop maquillĂ© - je nâai fait que ça, pendant douze ans." Eh oui, pendant douze ans, Carla Bruni a Ă©tĂ© une apparence - maquillage, pose, vĂȘtements. Mannequin Ă une Ă©poque oĂč les mĂ©dias s'en sont entichĂ©s, elle compte parmi ces quelques filles dont tout le monde connaissait le visage et, pour peu quâon lise la presse
people, la vie si
glamour. On savait longtemps avant sa retraite (en 1998, fortune faite), quelle Ă©tait sa famille : pĂšre compositeur dodĂ©caphonique, mĂšre pianiste de concert, sĆur actrice... Mais on ne savait pas grand chose de son Ăąme, de son coeur, de sa sensibilitĂ©.
Et voici son disque, qui est peut-ĂȘtre la plus dĂ©licieuse surprise depuis la rentrĂ©e : des chansons superbes, paroles et musiques de Carla Bruni, arrangements et rĂ©alisation de Louis Bertignac (ex-TĂ©lĂ©phone, quâon nâimaginait pas capable de tant de dĂ©licatesse et de discrĂ©tion). Entre folk genre Joni Mitchell et chanson française tendance Gainsbourg-Rezvani, des Ă©tourdissements dĂ©licieux (
Le toi du moi, la plus dansante et astucieuse dĂ©claration dâamour depuis longtemps), des confessions trĂšs pudiques, des ballades infiniment tendres, le single
Quelquâun mâa dit (tout guitare et petite voix feutrĂ©e, Ă©raillĂ©e, attendrissante) et la belle reprise dâune trĂšs rare chanson de Gainsbourg,
La Noyée... Et puis le joyau
Tout le monde, poignante chanson sur les vies ordinaires, distraites, abandonnées à la paresse du destin : "
Tout le monde a une seule vie qui passe/Mais tout le monde ne sâen souvient pas/Jâen vois qui la plient/Et mĂȘme qui la cassent/Et jâen vois qui ne la voient mĂȘme pas ". Rencontre avec une jeune femme quâon a longtemps prise pour une image, et qui se rĂ©vĂšle une trĂšs belle artiste.
Onze chansons en trente-sept minutes : votre disque a le format dâun 33-tours.
Câest la structure des disques que jâai vus depuis toujours. Jâaime les disques qui racontent une histoire, comme Ziggy Stardust ou Melody Nelson mais, lĂ , câest mon premier disque et je suis allĂ©e Ă lâessentiel en ce qui me concerne : des chansons les plus proches de moi, les plus honnĂȘtes possible. Ăa a lâair stupide, ça ne concerne personne, mais jâavais envie dâĂȘtre honnĂȘte, de ne pas trop me trahir. Câest pour ça que je suis aussi intime dans les chansons.
Ecrivez-vous des chansons depuis toujours ?JâĂ©cris depuis toujours. Au dĂ©but, ce nâĂ©tait pas des chansons, mais de la poĂ©sie - enfin, je ne sais pas si je peux oser appeler ça de la poĂ©sie. Je nâĂ©cris pas de prose, mĂȘme pas un article, mĂȘme pas un portrait, je ne pourrais pas travailler sur lâĂ©criture dâun roman ou dâun essai. Je nâĂ©cris quâen chanson, quâen poĂ©sie - des phrases courtes, cueillies, Ă©crites sur lâinstant, pas forcĂ©ment rimĂ©es. Je ne chanterais pas si je nâĂ©crivais pas de chansons.
Quand vous étiez petite, songiez-vous à devenir chanteuse ?
Oui. A chanter des chansons, à en écrire...
Certaines chanteuses vous faisaient-elles envie ?
Presque toutes les filles qui chantent me font envie. Jeanne Moreau, Françoise Hardy, Suzanne Vega, Rickie Lee Jones, Barbara, Mina, Ornella Vanoni, les chanteuses dâopĂ©ra, les country girls avec leur guitare au pied de leur roulotte, jâaime les filles qui chantent. Câest toujours un peu la mĂȘme chose : elles chantent lâamour, le dĂ©samour. Mais mes inspirations sont plutĂŽt les filles qui Ă©crivent plutĂŽt que les filles qui chantent. Jâaime lâĂ©criture des femmes qui, en chanson, est dĂ©licate, particuliĂšre.
Ecrire des chansons, câest un mĂ©tier ?Câest une forme. Ce nâest pas une technique, câest une structure. La diffĂ©rence avec la poĂ©sie, câest la structure couplet-refrain. Je sais quâil y a des gens qui font des chansons sans couplet ni refrain, des disques magnifiques comme celui de Bashung : de la musique et de la poĂ©sie en mĂȘme temps. Mais moi, jâai des goĂ»ts classiques.
Quand vous écrivez, vous nourrissez-vous en écoutant les autres ou évitez-vous de rien entendre ?
Je nâĂ©coute rien quand jâĂ©cris, et je nâai rien Ă©coutĂ© depuis que jâai fait ce disque. LĂ , jâai carrĂ©ment besoin de nourriture ! Jâai Ă©crit sur tout ce que jâavais Ă©coutĂ© et tout ce que jâavais grattĂ© pendant des annĂ©es, je ne suis pas retournĂ©e Ă©couter. Ăa dĂ©courage dâĂ©couter les autres, les trĂšs bons : si jâĂ©cris une chanson et que jâĂ©coute du FerrĂ©, du Gainsbourg, du Brassens, du Barbara, du Dylan, je laisse tout tomber ! Il y a un moment oĂč je cherche une illusion. Pas lâillusion dâĂȘtre bonne ou mauvaise, mais lâillusion dây arriver. Et si je me mets Ă Ă©couter les autres, câest mort.
Pourquoi avoir demandĂ© Ă Louis Bertignac de rĂ©aliser cet album ? Louis nâest pas, au dĂ©part, un rĂ©alisateur dâalbums, câest avant tout un musicien. Et il y a entre nous une amitiĂ© trĂšs forte. Je le connais depuis que jâai quinze ans - et jâen ai trente-quatre, ça fait presque vingt ans ! Je lui ai envoyĂ© des maquettes de lâalbum comme copain, pour avoir son opinion. Il ne mâa mĂȘme pas rappelĂ©e pour me dire sâil aimait, il sâest mis Ă faire des arrangements. Il a commencĂ© par
Tout le monde : il a gardĂ© ma guitare et ma voix, a dĂ©coupĂ© un passage au milieu pour mettre un solo, en respiration. Il me lâa envoyĂ©e par ordinateur et jâai dit : "C
âest exactement ça que je veux".
Allez-vous faire de la scĂšne ?
Jâai envie dâessayer. Jâen vois, des grandes interprĂštes, qui disent : "Je me sens hyper bien sur scĂšne, câest lĂ quâest ma vie". Je trouve ça trĂšs beau, mais ce n'est pas une phrase que je formulerais. Je ne dirai jamais que jâai fait tout ça pour aller sur scĂšne, que ma vie est lĂ . Simplement, si les gens ont envie de me voir, jâaimerais bien essayer de le faire, pour chanter ce disque, pour chanter dâautres choses, pour voir ce que ça fait. Si ça intĂ©resse quelquâun, je le ferai volontiers, mais je ne veux pas jouer toute seule devant une salle vide.
Si les choses fonctionnent bien, vous voyez-vous chanter trente ans encore ?
Jâen prendrais volontiers pour trente ans ! Câest dĂ©licieux...
Quelqu'un m'a dit (NaĂŻve)
BertrandÂ
Dicale