Paris
22/11/2002 -
Lui, Roland Romanelli, a une longue histoire intime et musicale avec Barbara. Musicien, compositeur, arrangeur, il a accompagné son parcours de 1967 à 1986. Elle, Ann'So, est une jeune artiste au large sourire, au tempérament fantasque et surtout, à la voix somptueuse. Depuis une dizaine d'années, elle se fraie un petit chemin sur la scène musicale, souvent sous la houlette du compositeur Fabrice Aboulker : chanson (un album en 94 et moult singles), une comédie musicale (Ali Baba en 2000), un peu de cinéma. Un jour, Roland Romanelli entend Ann'so chanter Le Mal de vivre à la radio. Déclic.Depuis le 14 novembre, le disque est mis en scène par le chorégraphe Bruno Agati dans le petit théâtre parisien, l'Européen, mis en lumière par le maître du genre Jacques Rouveyrollis et produit par Victor Bosch (Notre-Dame de Paris). Jusqu'au 31 décembre, puis probablement en tournée, Ann'So et Roland Romanelli rendent hommage à Barbara dans une tonalité fort différente de celle du disque. Ici, point d'orchestre, seuls un piano, un accordéon et une voix. Ann'So donne toute son âme dans les titres les plus gais et les plus douloureux (magnifiques versions de Nantes ou de La Solitude). Mais le récital devient vite une vraie pièce où la jeune chanteuse interpelle ici et là le musicien sur ses souvenirs avec Barbara : la rencontre, l'écriture, les facéties d'une femme espiègle, la révoltée face aux crises du monde, l'amoureuse... Le dialogue s'instaure d'où surgit soudain la voix de Barbara ! Bouleversante surprise. Ces extraits d'entrevue sont comme intégrés à la discussion et ponctuent un spectacle si proche d'une chaleureuse soirée avec Barbara, où l'on rit et l'on pleure. La singularité du spectacle est en fait là : le duo Ann'So/Romanelli est en fait un trio...
Il y a quelques jours, ils nous ont raconté cette aventure, faite de souvenirs pour lui, de découvertes pour elle :
Ann'So semble effectivement chanter ce répertoire avec beaucoup de facilité, non ?
R : On pourrait croire que ces chansons sont faites pour elle, c'est ce qu'il en ressort quand on l'écoute et quand je l'accompagne surtout. Et j'ai eu un plaisir immense à l'accompagner.
Ann'So : Elle avait, comme moi, commencé par le chant classique et c'est vrai qu'après ça, se mettre à la variété traditionnelle avec un tempo, trois, quatre, et des mélodies plus linéaires, c'est très différent. Alors que les mélodies de Barbara, c'est de la dentelle, ça monte, ça descend, sans tempo, ça joue sur les accélérations, les ralentissements. C'est ce que j'aime.

Pourquoi n'avoir enregistré qu'une version instrumentale de l'Aigle Noir ?
A : Patricia Kaas l'avait fait récemment, à sa façon. De plus, sur scène, Roland la joue, dans un moment très spécial. Et c'est une chanson très à part dans son répertoire. C'est un tube et on avait envie d'en faire découvrir d'autres.
R : Moi j'ai le sentiment que chanter l'Aigle noir, c'était aussi un peu la facilité.
A : Et on en a choisi des rigolotes parce qu'il y a des petits monuments d'humour.

C'est un chorégraphe qui vous met en scène. Sur scène, Barbara bougeait d'une façon très spéciale ?
R : Au début, elle ne bougeait pas, elle était scotchée à son piano. La venue d'autres instruments lui ont permis de s'échapper et elle y a vite pris goût.
Elle jouait aussi avec son rocking-chair ?Ann'So, craignez-vous la comparaison ?
A : Forcément, je m'y attends. Mais non, je ne la crains pas trop. J'aime bien éveiller des choses chez les gens. Ce qui est horrible, c'est l'indifférence.
Une partie de son public considère peut-être que son répertoire est intouchable ?
R : Je crois que son public est intelligent et que ce spectacle ne laissera pas indifférent. Je pense que je me devais de le faire.
A : Roland ne lui a pas dit au revoir, moi, je ne lui ai pas dit bonjour. Donc il fallait qu'on fasse ce spectacle d'une façon ou d'une autre.
Catherine Pouplain-Pédron
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