RFI Musique : Vous arrivez dâune tournĂ©e aux Etats-Unis. Comment sâest-elle passĂ©e ? Tahiti 80: On Ă©tait dĂ©bordĂ©s! On a fait trois semaines, tous les soirs. CâĂ©tait une tournĂ©e de remise en route pour tout le monde et le premier pays pour lâalbum. On a fait un circuit quâon connaissait dĂ©jĂ et mĂȘme si les morceaux Ă©taient nouveaux pour le public, il Ă©tait prĂ©sent et il a bien accrochĂ©.
CâĂ©tait donc un peu de lâĂ©chauffement pour le Japon ?En fait, il faut bien commencer par quelque part ! Le public amĂ©ricain est trĂšs ouvert ce qui force Ă avoir une interaction. Il en est assez demandeur. Et puis les dĂ©placements aussi sont fatigants, les routes sont longues pour aller dâune ville Ă une autre. Câest trĂšs dur sur plusieurs points mais câest une bonne Ă©cole.
Avec le publicjaponais, vous retrouvez aussi cette interaction ?Câest un peu diffĂ©rent car pour communiquer (en anglais comme on le fait aux Etats-Unis) câest un peu plus compliquĂ©. Au Japon, avec le public on parle en anglais bien sĂ»r, quelquefois en français et quand on est assez en forme pour le faire, en japonais !
Le public japonais câest une autre mentalitĂ©. Il y a un cĂŽtĂ© assez naĂŻf: quand on dĂ©boutonne la chemise tout le monde crie, quand on saute toute la salle retient son souffle ! Mais Ă cotĂ© de ça, les Japonais sont trĂšs Ă©duquĂ©s musicalement ce qui explique, je crois, notre succĂšs ici. Les gens comprennent oĂč on veut en venir avec nos arrangements, nos mĂ©lodies. Ce paradoxe fait que câest trĂšs intĂ©ressant de jouer ici.
Chanter en anglais justement, câest important pour avoir du succĂšs ?Câest surtout que ça se vend mieux(rires)! On fait un genre de musique qui est totalement anglo-saxon donc ça vient naturellement, ce n'est pas comme si on avait des chansons en français quâon aurait traduites. La langue française a une certaine musicalitĂ© mais en mĂȘme temps elle entraĂźne une rigiditĂ© au niveau du chant. Tu ne peux vraiment pas te servir de ta voix comme dâun instrument. Avec la pop, tu peux jouer sur le sens des mots bien sĂ»r mais aussi avec ta voix. Dâailleurs dans notre musique, je pense que la voix est peut-ĂȘtre lâĂ©lĂ©ment le plus important car câest elle qui donne la mĂ©lodie des morceaux. En français, on ne pourrait pas y arriver. Lâutilisation dâune langue qui nâest pas notre langue maternelle entraĂźne des rĂ©flexes diffĂ©rents, elle permet dâinventer, de crĂ©er complĂštement autre chose. Câest ça qui est intĂ©ressant.
Aux Etats-Unis par exemple, ce que le public aime chez Tahiti, câest ce cĂŽtĂ© un peu familier. Pour les AmĂ©ricains, le genre de musique quâon fait est partout mais notre façon dâaborder les textes nâĂ©tant pas typique, ça nous permet aussi de sortir un peu du lot, dâavoir en tout cas une carte Ă jouer. Le truc câest de trouver la balance entre le fait quâon soit français et le fait quâon fait une musique anglo-saxonne.
Comment les mĂ©dias des diffĂ©rents pays oĂč vous vous produisez vous recoivent-ils en gĂ©nĂ©ral ?Câest assez rigolo car chaque pays a ses questions de prĂ©dilection alors finalement, on prend un peu le pli. Par exemple, il n'y a pas si longtemps encore, les Allemands insistaient souvent sur nos Ă©tudes! Ils voulaient savoir ce quâon avait fait (rires) et quand on leur disait quâon avait arrĂȘtĂ© un peu en cours de route, on les sentait un peu... enfin... ça ne plaisante pas lĂ -bas !
Au Japon,les questions sont assez sĂ©rieuses et lâattitude analytique. Ils cherchent vraiment Ă comprendre le pourquoi du comment des chansons. On a souvent des questions assez prĂ©cises sur les morceaux.
Les Etats-Unis ont un cÎté trÚs segmenté. Quand on est invité pour quelque chose, il faut rester à sa place! Il y a des interviews trÚs bien mais parfois on tombe aussi un peu dans le fast-food !
En France, câest assez particulier car parfois on a lâimpression que les journalistes ne comprennent pas trop oĂč on veut en venir, peut-ĂȘtre parce quâon nâa pas les mĂȘmes rĂ©fĂ©rences musicales, je ne sais pas. Quand tu fais la musique comme la nĂŽtre, il y a forcĂ©ment un apprentissage. Toutes nos influences, on les a cherchĂ©es, elles nâĂ©taient pas Ă portĂ©e de main, il a fallu creuser. Parfois quand on parle avec les journalistes, on a lâimpression de ne pas ĂȘtre sur la mĂȘme longueur dâondes. Ceci dit, il y a aussi des interviews trĂšs bien!
Vos projets Ă court et moyen termes ?AprĂšs le Japon, mini tournĂ©e europĂ©enne en dĂ©cembre (Allemagne, Belgique, Hollande et Autriche), ensuite break et cadeaux de NoĂ«l! On espĂšre repartir aprĂšs assez vite sur les routes et puis aussi prĂ©parer rapidement un nouvel album. Le premier, on avait pris du temps pour le faire mais pour ceux Ă venir, ce serait bien dâavoir une sorte dâurgence pour les composer !
Lâalbum Wall paper for the soul sera dans les bacs en France en janvier 2003.