Chronique album
ParisÂ
06/12/2002 -Â
La premiĂšre surprise de cet album, câest tout dâabord le renouvellement des troupes recrutĂ©es, pour lâessentiel, dans la jeune gĂ©nĂ©ration.Pour recruter dans la jeune classe encore faut-il se tenir au courant. Vous suivez la jeune scĂšne de la chanson?
Oh oui! Depuis dĂ©jĂ assez longtemps: le groupe La Tordue, j'Ă©tais client, les TĂȘtes Raides, eux aussi sont intĂ©ressants parce quâils ont un discours plus sĂ©duisant que beaucoup de rappeurs que je peux entendre et qui ont parfois des propos assez haineux ou dont lâĂ©criture est approximative. Je suis attirĂ© par les gens qui ont du talent et qui sont prometteurs.
Si les arrangements sont trĂšs gais, les textes, eux, ne sont pas forcĂ©ment trĂšs lĂ©gersâŠPourquoi des textes aussi sombres?
Il y a tout de mĂȘme des chansons gaies comme La charcuterie, Je ne suis jamais allĂ© aux putes ou çui-lĂ qui est une farandole de dĂ©jantĂ©s. Le reste nâest pas vraiment noir. Câest une certaine luciditĂ© sur un quotidien que lâon subit tous. Ce nâest pas ĂȘtre sombre que de le chanter. Il me semble, au contraire, que mettre en garde les enfants en leur disant: "Si tu croises un dealer, dis leur que câest de la merde" et bien, cela me semble un discours bienfaisant et mĂȘme une espĂšce de jouvence qui nous lave de toutes les saloperies quâon essaie de nous faire ingurgiter toute la journĂ©e: la dope, la nourriture, les infos⊠Tout !
A propos de dope, quâest-ce quâAntoine Blondin (Ă©crivain et chroniqueur sportif) aurait pensĂ© du deuxiĂšme couplet de Je te tue?: "Toi lâchampion on te tue / car les dieux du stade ont faim⊠Mais tu seras mort par chance / En gagnant le tour de France" ?
Lui aurait certainement Ă©tĂ© complĂštement asphyxiĂ© par ce type dâinfo sur le dopage, lâEPO, etc. Il aimait tellement le cyclisme que de voir les choses se dĂ©grader comme ça lâaurait abasourdi. Et bien que le dopage dans les courses ait toujours existĂ©, mĂȘme Ă son Ă©poque, je pense quâil aurait trouvĂ© cela regrettable. Que ce soit un dealer ou un dopeur, je renvoie les deux dos Ă dos, je mets le doigt lĂ oĂč cela fait mal. Ce sont les deux quâil faut combattre⊠ou fuir.
Quand on entend le texte sado-maso de Cui-la on se dit que le pĂšre Perret tourne "pervers pĂ©pĂšre"âŠLa chanson qui conclut lâalbum, Une minute de soleil en plus, Ă©voque les tyrans qui peuplent le monde et qui pourraient sâĂ©trangler pendant leur digestion ou sâattraper un bon petit cancer. Vous croyez vraiment Ă cette forme de justice divine?
Câest un espoir naĂŻf, câest une utopie qui comme toutes les utopies dĂ©bouche sur pas grand-chose. Mais au moins cela me fait plaisir quand je lâĂ©cris. Quand jâapprends que Pinochet a un malaise cardiaque, quelquefois cela me donne de lâappĂ©tit ou soif et jâarrose ça. Que ce soit Milosevic ou Pinochet, dâun cĂŽtĂ© câest la peste et de lâautre câest le cholĂ©ra. Si demain, ils loupent la marche et se mettent la tĂȘte dans le chaudron, je n'aurai sĂ»rement pas une minute pour pleurer, jâirai boire un coup Ă ma santĂ© et puis voilĂ .
En mĂȘme temps que votre disque sort un dictionnaire : Le parler des mĂ©tiers. Un travail qui vous a pris plusieurs annĂ©es ?Chez ces derniers il y a une expression trĂšs significative : Savoir lire, Ă©crire et parler qui dĂ©signe lâun des plus hauts gradĂ©s dans la gendarmerie, lâadjudant-chefâŠ
(Hilare) Oui! Il y a beaucoup dâhumour mĂȘme au sein de cette corporation et parfois il y a mĂȘme des langages ou des expressions qui dĂ©rapent, teintĂ©es de racisme dont ils ne sont pas trĂšs fiers et quâils nous ont priĂ©s de ne pas mentionner. Bien sĂ»r, je me suis empressĂ© de les mentionner.
Avec une Ćuvre pareille, vous mĂ©riteriez quâon vous Ă©rige une statue Ă lâAcadĂ©mie française.
Ben dites donc! Si vous leur dites cela aux AcadĂ©miciens, ils vont ĂȘtre contents! Je ne vois pas pourquoi jâaurais une statue. Jâai fais un travail que personne n'aurait fait Ă ma place, peut-ĂȘtre mĂȘme pas Ă lâAcadĂ©mie française. Mais câest un travail quâil fallait faire. Je ne regrette pas de lâavoir fait. Cela mâa un peu squattĂ© douze ans de ma vie, mais câĂ©tait une maniĂšre trĂšs agrĂ©able de donner libre cours Ă ma passion qui est celle des mots.
Pierre Perret / Ăui-lĂ (TĂŽt ou Tard/Warner)
Le parler des métiers (Robert Laffont).
Frédéric Garat
Â
29/11/2007 -Â
23/02/2006 -Â
28/06/2005 -Â
21/12/1999 -Â
10/12/1998 -Â