Face A/face B est un titre un peu schizophrÚne⊠Y aurait-il donc deux Axelle Red?
Deux, trois, mĂȘme une dizaine ! Ceci dit, câest le premier album sur lequel jâai, en quelque sorte, trouvĂ© la paix entre toutes ces contradictions. Je peux, par exemple, ĂȘtre extrĂȘmement rĂ©aliste et dâun autre cĂŽtĂ©, avoir une naĂŻvetĂ© presque revendiquĂ©e. Ăa se traduit aussi musicalement : jâaime la musique qui groove, tout en restant attirĂ©e par les belles mĂ©lodies. Pour moi ça reste la base.
Musicalement, cet album pourrait-il sâappeler Entre Marvin (Gaye) et Michael (Jackson) ?âŠ
Je le prends comme un compliment ! Mais, il manquerait une rĂ©fĂ©rence blanche, un Burt Bacharach, une Carole King ou tout simplement Abba. Il y a en tous cas beaucoup dâingrĂ©dients diffĂ©rents dans cet album, et câest pour moi un plaisir.
Le penchant dancefloor de lâalbum ne peut-il pas dĂ©concerter certains de vos fans ?
Câest vrai que systĂ©matiquement, certains ont une prĂ©fĂ©rence pour mes slows. Mais jâai donnĂ© la couleur dĂšs le premier album: dans SensualitĂ© ou Le monde tourne mal, il y avait dĂ©jĂ le groove,la couleur soul. DĂ©jĂ Ă lâĂ©poque, certains me disaient "Pourquoi as-tu Ă©tĂ© faire un album soul?!" En dâautres termes "Quâest-ce que jâen ai Ă foutre de cette soul?!" Le prix que jâai reçu cet Ă©tĂ© pour le million de ventes de A tĂątons est en ce sens rassurant. Ceci dit, la moitiĂ© de Face A/face B est constituĂ©e de morceaux down-tempo.
Sur cet album, vous abordez plus volontiers des thÚmes de société. Une maniÚre de ne pas danser idiot, de faire du disco à message ?
Le premier Ă faire ça, câĂ©tait Marvin Gaye. On peut danser sur
Whatâs goin' on, car câest une musique super sexy, sans forcĂ©ment penser au thĂšme grave de la chanson. Câest vrai quâil nây a pas ce genre dâexemple avec le disco. Mais jâai lâimpression que le message passe plus facilement ainsi car les gens ne sâen rendent pas compte ! Je sens en tous cas que câest mon quatriĂšme album car jâaborde plus volontiers certains thĂšmes que dâautres. Jâai plus de facilitĂ©, dâexpĂ©rience. A lâĂ©poque de
A tĂątons, jâavais Ă©crit
Rien que dây penser qui parlait aussi dâun enfant de la guerre. Mais câĂ©tait mon regard sur cet enfant et le rĂ©sultat Ă©tait assez lourd, jâai donc changĂ© le texte avant de le mettre sur lâalbum. LĂ , je me sentais prĂȘte avec
Pas maintenant : jâadopte le point de vue de lâenfant ce qui me semble plus juste. Il y a dâautres thĂšmes comme ceux de
Venez vers moi ou
VoilĂ tout ce quâon peut faireque je nâaurais pas pu ĂȘtre capable dâaborder avant. Il ne faut pas oublier non plus que le français nâest pas ma langue maternelleâŠ
Votre rĂŽle dâambassadrice extraordinaire de lâUNICEF joue-t-il un rĂŽle dans ce processus ?
Oui, mais câest dĂ©jĂ le cas depuis 97. Ce dĂ©sir Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©sent, mais je nâarrivais pas Ă le traduire en chanson. Il y a tout de mĂȘme eu des chansons comme Ma priĂšre qui parlait du monde. Mais cette fonction Ă lâUNICEF pĂšse effectivementdans la balance : certaines images resteront Ă©ternellement gravĂ©es dans ma mĂ©moire. Je me souviens notamment dâune petite fille au Laos, le pays le plus touchĂ© par les mines anti-personnel, qui mâa demandĂ© "Est-ce que tu Ă©criras une chanson pour nous?". Je lui ai rĂ©pondu "Je ne te promets rien, mais je vais essayer". Le rĂ©sultat, câest Pas maintenant.
Il y a une touche "annĂ©es 80" dans cet album. En ce sens, vous collez Ă une certaine tendance actuelleâŠ
Ăa fait dĂ©jĂ un moment quâon puise dans les annĂ©es 80. Peut-ĂȘtre quatre, cinq ans. En ce qui me concerne, câest un album disco que jâĂ©coutais en vacances qui a tout dĂ©clenchĂ©. Ăa mâa rappelĂ© que jâĂ©tais une "disco-grenouille", une fan ! Que jâavais un grand faible pour Michael Jackson, Earth Wind & Fire, Kool & the Gang⊠Je me suis effectivement demandĂ©e si les gens nâallaient pas croire que je courrais aprĂšs une tendance. Mais aprĂšs tout, pourquoi ne pas se faire plaisir ? Dâautant quâon mâa traitĂ©e de "disco-grenouille" toute mon adolescence : jâĂ©tais donc bien placĂ©e pour faire ce genre dâalbum. Je me suis fait plaisir, tout simplement, et je crois que câest finalement le disque qui me ressemble le plus : on y retrouve toutes mes facettes. MĂȘme le cĂŽtĂ© pop, qui Ă©tait plus en exergue sur mon tout premier disque Sans plus attendre.
Quel regard porte la fan de soul sur le courant Nu soul (mĂ©lange de jazz et de soul, trĂšs doux, ndlr). Pourriez-vous tenter ce genre dâaventure musicale ?
Peut-ĂȘtre dans le futur ? Je suis en tous les cas ce qui se passe, et ne suis pas insensible Ă des artistes comme Angie Stone ou Alicia Keys. Il y a effectivement un courant trĂšs intĂ©ressant. Personnellement, mĂȘme si mes rĂ©fĂ©rences restent la soul, le funk, je mĂ©lange ces musiques dâorigine amĂ©ricaine avec ce qui vient dâEurope, et notamment dâAngleterre. Des groupes comme Massive Attack, Portishead. Le mĂ©lange dâun Jamiroquai ou dâune Björk. Actuellement, ce sont ces tendances europĂ©ennes qui me parlent le plus.
Câest peut-ĂȘtre la raison pour laquelle vous ĂȘtes avant tout perçue comme une chanteuse francophone par le grand public, et non comme une chanteuse soulâŠ
Je ne sais pas. De toutes façons, je ne cherche pas Ă avoir ce genre dâimage. Je chante mes chansons Ă ma façon. Jâai fait un concert soul, parce que je voulais que mes fans dĂ©couvrent la vraie soul, pas seulement la mienne, mais si je cherchais cette Ă©tiquette soul, je pourrais me rendre la vie plus facile, en prenant des clichĂ©s. Or je cherche vraiment Ă faire ma musique, câest ce qui mâintĂ©resse : avoir une Ă©tiquette Axelle Red ! Câest ce que je cherche depuis le premier album.
Cette sincĂ©ritĂ©, ce naturel ne fait pas franchement de vous une personnalitĂ© "rockânâroll" au sens imagĂ© du terme: vous faites lâĂ©loge du couple (
Toujours), de la maternité, vous dites non à la drogue dans
Blanche neigeâŠ
Je trouve que
Blanche neige est assez rockânâroll justement ! Dans cette chanson, je ne dis pas non Ă la drogue : pour moi, câest comme lâalcool, la seule diffĂ©rence se situe au niveau de la lĂ©galitĂ©. A partir du moment oĂč on ne nuit pas Ă soi-mĂȘme et aux autres, je nâai rien contre. Mais bon, ce nâest pas la question ! Pour moi ĂȘtre rockânâroll, câest faire ce que lâon ressent, ĂȘtre trĂšs honnĂȘte et ne pas faire de concessions. Je me sens parfois beaucoup plus rockânâroll que les artistes qui ont cette Ă©tiquette. Dâun autre cĂŽtĂ©, je mâen fous un peu.
Câest peut-ĂȘtre ça ĂȘtre rockânâroll !
Je fais ma musique et jâessaie de faire en sorte que les gens lâapprĂ©cient. La plus belle des rĂ©compenses quand jâessaie de faire groover ma musique, câest de voir les gens danser ! Câest le mĂȘme principe avec mes paroles. Câest tout ce qui compte.