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Chronique album


Axelle Red

Ou le disco Ă  texte !


Paris 

20/12/2002 - 

On savait Axelle Red adoratrice de soul. Face A/Face B, son nouvel album, l’impose en reine des dancefloors ! Sur la douzaine de titres, la toujours fan des Seventies en livre une bonne moitiĂ© taillĂ©e dans le rythme et les paillettes disco. Une ambiance "boule Ă  facettes" qui ne rime pas qu’avec lĂ©gĂšretĂ©, puisque l’incendiaire Flamande n’oublie jamais de nourrir sa plume avec des sujets de sociĂ©tĂ©.



Face A/face B est un titre un peu schizophrùne
 Y aurait-il donc deux Axelle Red?
Deux, trois, mĂȘme une dizaine ! Ceci dit, c’est le premier album sur lequel j’ai, en quelque sorte, trouvĂ© la paix entre toutes ces contradictions. Je peux, par exemple, ĂȘtre extrĂȘmement rĂ©aliste et d’un autre cĂŽtĂ©, avoir une naĂŻvetĂ© presque revendiquĂ©e. Ça se traduit aussi musicalement : j’aime la musique qui groove, tout en restant attirĂ©e par les belles mĂ©lodies. Pour moi ça reste la base.

Musicalement, cet album pourrait-il s’appeler Entre Marvin (Gaye) et Michael (Jackson) ?

Je le prends comme un compliment ! Mais, il manquerait une rĂ©fĂ©rence blanche, un Burt Bacharach, une Carole King ou tout simplement Abba. Il y a en tous cas beaucoup d’ingrĂ©dients diffĂ©rents dans cet album, et c’est pour moi un plaisir.

Le penchant dancefloor de l’album ne peut-il pas dĂ©concerter certains de vos fans ?
C’est vrai que systĂ©matiquement, certains ont une prĂ©fĂ©rence pour mes slows. Mais j’ai donnĂ© la couleur dĂšs le premier album: dans SensualitĂ© ou Le monde tourne mal, il y avait dĂ©jĂ  le groove,la couleur soul. DĂ©jĂ  Ă  l’époque, certains me disaient "Pourquoi as-tu Ă©tĂ© faire un album soul?!" En d’autres termes "Qu’est-ce que j’en ai Ă  foutre de cette soul?!" Le prix que j’ai reçu cet Ă©tĂ© pour le million de ventes de A tĂątons est en ce sens rassurant. Ceci dit, la moitiĂ© de Face A/face B est constituĂ©e de morceaux down-tempo.


Sur cet album, vous abordez plus volontiers des thÚmes de société. Une maniÚre de ne pas danser idiot, de faire du disco à message ?
Le premier Ă  faire ça, c’était Marvin Gaye. On peut danser sur What’s goin' on, car c’est une musique super sexy, sans forcĂ©ment penser au thĂšme grave de la chanson. C’est vrai qu’il n’y a pas ce genre d’exemple avec le disco. Mais j’ai l’impression que le message passe plus facilement ainsi car les gens ne s’en rendent pas compte ! Je sens en tous cas que c’est mon quatriĂšme album car j’aborde plus volontiers certains thĂšmes que d’autres. J’ai plus de facilitĂ©, d’expĂ©rience.  A l’époque de A tĂątons, j’avais Ă©crit Rien que d’y penser qui parlait aussi d’un enfant de la guerre. Mais c’était mon regard sur cet enfant et le rĂ©sultat Ă©tait assez lourd, j’ai donc changĂ© le texte avant de le mettre sur l’album. LĂ , je me sentais prĂȘte avec Pas maintenant : j’adopte le point de vue de l’enfant ce qui me semble plus juste. Il y a d’autres thĂšmes comme ceux de Venez vers moi ou VoilĂ  tout ce qu’on peut faireque je n’aurais pas pu ĂȘtre capable d’aborder avant. Il ne faut pas oublier non plus que le français n’est pas ma langue maternelle


Votre rîle d’ambassadrice extraordinaire de l’UNICEF joue-t-il un rîle dans ce processus ?
Oui, mais c’est dĂ©jĂ  le cas depuis 97. Ce dĂ©sir Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©sent, mais je n’arrivais pas Ă  le traduire en chanson. Il y a tout de mĂȘme eu des chansons comme Ma priĂšre qui parlait du monde. Mais cette fonction Ă  l’UNICEF pĂšse effectivementdans la balance : certaines images resteront Ă©ternellement gravĂ©es dans ma mĂ©moire. Je me souviens notamment d’une petite fille au Laos, le pays le plus touchĂ© par les mines anti-personnel, qui m’a demandĂ© "Est-ce que tu Ă©criras une chanson pour nous?". Je lui ai rĂ©pondu "Je ne te promets rien, mais je vais essayer". Le rĂ©sultat, c’est Pas maintenant.

Il y a une touche "années 80" dans cet album. En ce sens, vous collez à une certaine tendance actuelle

Ça fait dĂ©jĂ  un moment qu’on puise dans les annĂ©es 80. Peut-ĂȘtre quatre, cinq ans. En ce qui me concerne, c’est un album disco que j’écoutais en vacances qui a tout dĂ©clenchĂ©. Ça m’a rappelĂ© que j’étais une "disco-grenouille", une fan ! Que j’avais un grand faible pour Michael Jackson, Earth Wind & Fire, Kool & the Gang
 Je me suis effectivement demandĂ©e si les gens n’allaient pas croire que je courrais aprĂšs une tendance. Mais aprĂšs tout, pourquoi ne pas se faire plaisir ? D’autant qu’on m’a traitĂ©e de "disco-grenouille" toute mon adolescence : j’étais donc bien placĂ©e pour faire ce genre d’album. Je me suis fait plaisir, tout simplement, et je crois que c’est finalement le disque qui me ressemble le plus : on y retrouve toutes mes facettes. MĂȘme le cĂŽtĂ© pop, qui Ă©tait plus en exergue sur mon tout premier disque Sans plus attendre.


Quel regard porte la fan de soul sur le courant Nu soul (mĂ©lange de jazz et de soul, trĂšs doux, ndlr). Pourriez-vous tenter ce genre d’aventure musicale ?
Peut-ĂȘtre dans le futur ? Je suis en tous les cas ce qui se passe, et ne suis pas insensible Ă  des artistes comme Angie Stone ou Alicia Keys. Il y a effectivement un courant trĂšs intĂ©ressant. Personnellement, mĂȘme si mes rĂ©fĂ©rences restent la soul, le funk, je mĂ©lange ces musiques d’origine amĂ©ricaine avec ce qui vient d’Europe, et notamment d’Angleterre. Des groupes comme Massive Attack, Portishead. Le mĂ©lange d’un Jamiroquai ou d’une Björk. Actuellement, ce sont ces tendances europĂ©ennes qui me parlent le plus.

C’est peut-ĂȘtre la raison pour laquelle vous ĂȘtes avant tout perçue comme une chanteuse francophone par le grand public, et non comme une chanteuse soul

Je ne sais pas. De toutes façons, je ne cherche pas Ă  avoir ce genre d’image. Je chante mes chansons Ă  ma façon. J’ai fait un concert soul, parce que je voulais que mes fans dĂ©couvrent la vraie soul, pas seulement la mienne, mais si je cherchais cette Ă©tiquette soul, je pourrais me rendre la vie plus facile, en prenant des clichĂ©s. Or je cherche vraiment Ă  faire ma musique, c’est ce qui m’intĂ©resse : avoir une Ă©tiquette Axelle Red ! C’est ce que je cherche depuis le premier album.

Cette sincĂ©ritĂ©, ce naturel ne fait pas franchement de vous une personnalitĂ© "rock’n’roll" au sens imagĂ© du terme: vous faites l’éloge du couple (Toujours), de la maternitĂ©, vous dites non Ă  la drogue dans Blanche neige

Je trouve que Blanche neige est assez rock’n’roll justement ! Dans cette chanson, je ne dis pas non Ă  la drogue : pour moi, c’est comme l’alcool, la seule diffĂ©rence se situe au niveau de la lĂ©galitĂ©. A partir du moment oĂč on ne nuit pas Ă  soi-mĂȘme et aux autres, je n’ai rien contre. Mais bon, ce n’est pas la question ! Pour moi ĂȘtre rock’n’roll, c’est faire ce que l’on ressent, ĂȘtre trĂšs honnĂȘte et ne pas faire de concessions. Je me sens parfois beaucoup plus rock’n’roll que les artistes qui ont cette Ă©tiquette. D’un autre cĂŽtĂ©, je m’en fous un peu.

C’est peut-ĂȘtre ça ĂȘtre rock’n’roll !
Je fais ma musique et j’essaie de faire en sorte que les gens l’apprĂ©cient. La plus belle des rĂ©compenses quand j’essaie de faire groover ma musique, c’est de voir les gens danser ! C’est le mĂȘme principe avec mes paroles. C’est tout ce qui compte.

Axelle Red Face A/Face B (Virgin) 2002

Loïc  BussiÚres