publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Chronique album


Michel Jonasz

OĂč vas-tu Michel ?


Paris 

27/12/2002 - 

Depuis Soul music airlines en 1996, certains le disaient Ă©garĂ©, d'autres parlaient d'une source tarie. Que nenni ! Michel Jonasz continue d'aller son petit bonhomme de chemin. Son dernier album OĂč vont les rĂȘves ? est une vraie merveille, une cure de jouvence et de plaisir auditif, gorgĂ© de vie comme La fabuleuse histoire de Mister swing ou le live mythique de 1986.



Des prises de son live, une certaine improvisation et de la spontanĂ©itĂ©, lorsqu’on Ă©coute OĂč vont les rĂȘves, on a l’impression d’assister au grand retour de Mister Swing

Non
 (pause) Je ne vois pas. Quand on me parle de retour, c'est toujours un peu curieux. Le dernier album aussi on m’avait dit: "Tiens! C’est un retour Ă ..." ou "un retour vers". Je ne comprend pas bien ce que cela veut dire "retour" parce que je n’ai pas l’impression d’ĂȘtre parti quelque part. Il y a une Ă©volution normale dans la vie de n’importe quel artiste et puis voilĂ !
.

Alors peut ĂȘtre faut-il dire qu’il y a dans cet album, des titres dans la veine de Mister swing, des chansons trĂšs acoustiques avec de belles ballades ?

Je ne sais pas non plus. Parce que si vous me dites qu’il y a de belles ballades, cela veut dire qu’il n’y en avait pas sur le dernier album
 Alors il faut faire gaffe
 Je peux tout prendre mal si j’ai envie
 (rire nerveux)
En revanche, ce que je veux bien dire c’est que Mister swing Ă©tait effectivement un album live avec une formation rĂ©duite un peu comme ici, sans guitare. Et avec OĂč vont les rĂȘves ?, c’était ma volontĂ© de retrouver cet esprit live. Cet album a Ă©tĂ© fait comme cela. Je me suis fait un cahier des charges trĂšs prĂ©cis, un petit peu sĂ©vĂšre. Il n’y avait pas de "re-re", pas le droit de rejouer aprĂšs. C’était comme s'il y avait obligation de faire d’un studio d’enregistrement une salle de théùtre. Bien sĂ»r, la seule diffĂ©rence, c'Ă©tait de s’autoriser Ă  rĂ©pĂ©ter plusieurs fois parce qu'il n’y avait pas de public. Ce cĂŽtĂ©-lĂ , ĂȘtre ensemble, jouer ensemble et se faire plaisir ensemble, nous rapproche de Mister Swing.


Dans ce cahier des charges, on a l’impression que Steve Gadd a Ă©tĂ© privĂ© de baguettes. Qu’il n’a droit qu’aux balais, qu’Etienne M’BappĂ© n’a pas droit au slap
 tout y est trĂšs doux. L’atmosphĂšre se devait d’ĂȘtre douce?
Il n’y avait pas d’arrangeurs. On Ă©tait quatre, sans s’ĂȘtre trop vu auparavant. J’avais juste discutĂ© avec le pianiste trois, quatre fois, en amont car cela me paraissait important. Etienne et Steve ne connaissaient pas les chansons du tout. En studio, je commençais Ă  fredonner les chansons. Je n’avais mĂȘme pas le temps d’aller jusqu’au bout qu’ils commençaient Ă  jouer! C’était assez magique parce que – en dĂ©finitive - qu’est ce que c’est qu’une chanson? C’est une mĂ©lodie, c’est des harmonies et c’est un tempo
 Ici tout a fonctionnĂ© sans qu’on en parle. Mais
, qu’est ce qui fait que ce sont ces notes-lĂ  qui viennent? Que c’est ce qu’on joue et pas autre chose? Et bien je ne sais pas
 En tout cas, disait Steve Gadd – et je suis assez d’accord avec lui – il faut laisser la musique nous emporter. C’est la musique qui nous dit ce qu’on a Ă  jouer. C’est l’esprit de cet album: on est ensemble. La clef, c’est la confiance. Alors, il y a un lĂącher prise et on joue, on se laisse aller. Qu’est ce qui fait que tout cela est harmonieux? C’est que chacun est Ă  l’écoute de l’autre.

Si la musique fut quasi improvisĂ©e, les textes, eux, sont longuement prĂ©parĂ©s. D’oĂč vous vient l’inspiration d’un titre comme Vieux Style?
C'est une chanson sur un mec qui est un petit restĂ© bloquĂ© sur les annĂ©es 60. Qui a la nostalgie de ces annĂ©es-lĂ . Qui n’aime pas l’époque que l’on vit aujourd’hui. Son monde, c’est ça. Il a les voitures de cette Ă©poque-lĂ , il a les disque de cette Ă©poque-là

J’aime ces annĂ©es-lĂ , elles ont Ă©tĂ© importantes dans ma vie. Mais je n’en ai pas la nostalgie. Je pourrais avoir Ă  la rigueur la nostalgie de mes quinze ans, de mon adolescence qui date de cette Ă©poque. Et encore, c’est plutĂŽt un regard tendre et Ă©mu comme une vieille photo. Mais je ne suis pas en train de me dire : c’était quand mĂȘme bien, c’était quand mĂȘme mieux
 Je me rĂ©jouis beaucoup plus du prĂ©sent, voire de ce que la vie me rĂ©serve que du passĂ©. Parce qu’on me parle souvent de ces histoires de nostalgie ou de mĂ©lancolie par rapport Ă  mes chansons. Je m’en sers parce que c’est utile, c’est un bon moyen pour exprimer une Ă©motion, pour exprimer un sentiment. C’est un bon moyen, la nostalgie, mais ce n’est pas vraiment vĂ©cu chez moi.


Et l’histoire du Grand-PĂšre toujours amoureux, s'agit-il du vĂŽtre ou de vous plus tard ?
C’est plusieurs histoires vĂ©cues et mĂ©langĂ©es. On se raconte aussi Ă  travers l’imaginaire. Je suis toujours trĂšs attendri par ces couples qui se connaissent sur le bout des doigts, qui se regardent d’une certaine façon. On sent qu’il y a toujours le mĂȘme regard Ă©mu et amoureux. Et quand il y en a un qui s’en va, la vie s’arrĂȘte pour l’autre. C’est quelque chose de terrible, je le sais, c’est quelque chose que j’ai vu et connu. (pause)
C'est une chanson que j’ai commencĂ© Ă  Ă©crire il y a douzaine d’annĂ©es, ces deux phrases en tout cas : "Elle repasse les chemises sans col du grand-pĂšre, pendant qu’il se repose un peu / soixante annĂ©es d’amour passĂ©es dans la lumiĂšre
". J’avais ça, juste ça. Et puis, la suite est venue plus tard. Cela veut dire que c’était un sujet qui me tenait Ă  cƓur et que c’était une chose si importante qu’il fallait du temps pour que ça passe, que je ne pouvais pas Ă©crire tout de suite. Peut-ĂȘtre, aussi, est-ce une question de pudeur. Quelque chose de trop lourd, pour ĂȘtre dit tout de suite.

Est-ce qu’il y a une unitĂ©, un ensemble dans vos albums ? Les chansons s’imbriquent-elles les unes dans les autres?
Je me rends compte que chaque album raconte une nouvelle histoire, je ne me dis pas qu’il va y avoir un fil conducteur Ă  chaque fois. J’écris une trentaine de chansons, pour en garder douze ou quatorze et puis voilà
 Et, un jour, je rĂ©alise que celui-ci en raconte une. Mais, trĂšs tard, lorsqu’il est quasi terminĂ© et que j’ordonne les chansons. Il y a une histoire, mais j’aime bien ne pas le dire ! (sourire) Il peut y avoir un personnage Ă  travers toutes ces chansons : les annĂ©es 60, le groupe de rock de la chanson du rythm’n blues, ce grand-pĂšre, l’attachement Ă  l’enfance avec Je pense Ă  elle tous les jours, le Blues, OĂč vont les rĂȘves ? avec ce qu’on fait de sa vie. Ça raconte, je crois, une histoire mais je pense aussi que chacun peut se faire sa propre histoire Ă  travers ces chansons-là


Michel Jonasz / OĂč vont les rĂȘves (EMI / Capitol) 2002

Frédéric  Garat