Des prises de son live, une certaine improvisation et de la spontanĂ©itĂ©, lorsquâon Ă©coute OĂč vont les rĂȘves, on a lâimpression dâassister au grand retour de Mister SwingâŠ
Non⊠(pause) Je ne vois pas. Quand on me parle de retour, c'est toujours un peu curieux. Le dernier album aussi on mâavait dit: "Tiens! Câest un retour Ă ..." ou "un retour vers". Je ne comprend pas bien ce que cela veut dire "retour" parce que je nâai pas lâimpression dâĂȘtre parti quelque part. Il y a une Ă©volution normale dans la vie de nâimporte quel artiste et puis voilĂ !âŠ.
Alors peut ĂȘtre faut-il dire quâil y a dans cet album, des titres dans la veine de Mister swing, des chansons trĂšs acoustiques avec de belles ballades ?âŠ
Je ne sais pas non plus. Parce que si vous me dites quâil y a de belles ballades, cela veut dire quâil nây en avait pas sur le dernier album⊠Alors il faut faire gaffe⊠Je peux tout prendre mal si jâai envie⊠(rire nerveux)
En revanche, ce que je veux bien dire câest que Mister swing Ă©tait effectivement un album live avec une formation rĂ©duite un peu comme ici, sans guitare. Et avec OĂč vont les rĂȘves ?, câĂ©tait ma volontĂ© de retrouver cet esprit live. Cet album a Ă©tĂ© fait comme cela. Je me suis fait un cahier des charges trĂšs prĂ©cis, un petit peu sĂ©vĂšre. Il nây avait pas de "re-re", pas le droit de rejouer aprĂšs. CâĂ©tait comme s'il y avait obligation de faire dâun studio dâenregistrement une salle de théùtre. Bien sĂ»r, la seule diffĂ©rence, c'Ă©tait de sâautoriser Ă rĂ©pĂ©ter plusieurs fois parce qu'il nây avait pas de public. Ce cĂŽtĂ©-lĂ , ĂȘtre ensemble, jouer ensemble et se faire plaisir ensemble, nous rapproche de Mister Swing.
Dans ce cahier des charges, on a lâimpression que Steve Gadd a Ă©tĂ© privĂ© de baguettes. Quâil nâa droit quâaux balais, quâEtienne MâBappĂ© nâa pas droit au slap⊠tout y est trĂšs doux. LâatmosphĂšre se devait dâĂȘtre douce?
Il nây avait pas dâarrangeurs. On Ă©tait quatre, sans sâĂȘtre trop vu auparavant. Jâavais juste discutĂ© avec le pianiste trois, quatre fois, en amont car cela me paraissait important. Etienne et Steve ne connaissaient pas les chansons du tout. En studio, je commençais Ă fredonner les chansons. Je nâavais mĂȘme pas le temps dâaller jusquâau bout quâils commençaient Ă jouer! CâĂ©tait assez magique parce que â en dĂ©finitive - quâest ce que câest quâune chanson? Câest une mĂ©lodie, câest des harmonies et câest un tempo⊠Ici tout a fonctionnĂ© sans quâon en parle. MaisâŠ, quâest ce qui fait que ce sont ces notes-lĂ qui viennent? Que câest ce quâon joue et pas autre chose? Et bien je ne sais pas⊠En tout cas, disait Steve Gadd â et je suis assez dâaccord avec lui â il faut laisser la musique nous emporter. Câest la musique qui nous dit ce quâon a Ă jouer. Câest lâesprit de cet album: on est ensemble. La clef, câest la confiance. Alors, il y a un lĂącher prise et on joue, on se laisse aller. Quâest ce qui fait que tout cela est harmonieux? Câest que chacun est Ă lâĂ©coute de lâautre.
Si la musique fut quasi improvisĂ©e, les textes, eux, sont longuement prĂ©parĂ©s. DâoĂč vous vient lâinspiration dâun titre comme Vieux Style?
C'est une chanson sur un mec qui est un petit restĂ© bloquĂ© sur les annĂ©es 60. Qui a la nostalgie de ces annĂ©es-lĂ . Qui nâaime pas lâĂ©poque que lâon vit aujourdâhui. Son monde, câest ça. Il a les voitures de cette Ă©poque-lĂ , il a les disque de cette Ă©poque-lĂ âŠ
Jâaime ces annĂ©es-lĂ , elles ont Ă©tĂ© importantes dans ma vie. Mais je nâen ai pas la nostalgie. Je pourrais avoir Ă la rigueur la nostalgie de mes quinze ans, de mon adolescence qui date de cette Ă©poque. Et encore, câest plutĂŽt un regard tendre et Ă©mu comme une vieille photo. Mais je ne suis pas en train de me dire : câĂ©tait quand mĂȘme bien, câĂ©tait quand mĂȘme mieux⊠Je me rĂ©jouis beaucoup plus du prĂ©sent, voire de ce que la vie me rĂ©serve que du passĂ©. Parce quâon me parle souvent de ces histoires de nostalgie ou de mĂ©lancolie par rapport Ă mes chansons. Je mâen sers parce que câest utile, câest un bon moyen pour exprimer une Ă©motion, pour exprimer un sentiment. Câest un bon moyen, la nostalgie, mais ce nâest pas vraiment vĂ©cu chez moi.
Et lâhistoire du Grand-PĂšre toujours amoureux, s'agit-il du vĂŽtre ou de vous plus tard ?
Câest plusieurs histoires vĂ©cues et mĂ©langĂ©es. On se raconte aussi Ă travers lâimaginaire. Je suis toujours trĂšs attendri par ces couples qui se connaissent sur le bout des doigts, qui se regardent dâune certaine façon. On sent quâil y a toujours le mĂȘme regard Ă©mu et amoureux. Et quand il y en a un qui sâen va, la vie sâarrĂȘte pour lâautre. Câest quelque chose de terrible, je le sais, câest quelque chose que jâai vu et connu. (pause)
C'est une chanson que jâai commencĂ© Ă Ă©crire il y a douzaine dâannĂ©es, ces deux phrases en tout cas : "E
lle repasse les chemises sans col du grand-pĂšre, pendant quâil se repose un peu / soixante annĂ©es dâamour passĂ©es dans la lumiĂšreâŠ". Jâavais ça, juste ça. Et puis, la suite est venue plus tard. Cela veut dire que câĂ©tait un sujet qui me tenait Ă cĆur et que câĂ©tait une chose si importante quâil fallait du temps pour que ça passe, que je ne pouvais pas Ă©crire tout de suite. Peut-ĂȘtre, aussi, est-ce une question de pudeur. Quelque chose de trop lourd, pour ĂȘtre dit tout de suite.
Est-ce quâil y a une unitĂ©, un ensemble dans vos albums ? Les chansons sâimbriquent-elles les unes dans les autres?
Je me rends compte que chaque album raconte une nouvelle histoire, je ne me dis pas quâil va y avoir un fil conducteur Ă chaque fois. JâĂ©cris une trentaine de chansons, pour en garder douze ou quatorze et puis voilà ⊠Et, un jour, je rĂ©alise que celui-ci en raconte une. Mais, trĂšs tard, lorsquâil est quasi terminĂ© et que jâordonne les chansons. Il y a une histoire, mais jâaime bien ne pas le dire ! (sourire) Il peut y avoir un personnage Ă travers toutes ces chansons : les annĂ©es 60, le groupe de rock de la chanson du rythmân blues, ce grand-pĂšre, lâattachement Ă lâenfance avec
Je pense Ă elle tous les jours,
le Blues,
OĂč vont les rĂȘves ? avec ce quâon fait de sa vie. Ăa raconte, je crois, une histoire mais je pense aussi que chacun peut se faire sa propre histoire Ă travers ces chansons-lĂ âŠ