Chronique album
Paris
03/01/2003 -
Avez-vous participé au choix des chansons pour ce coffret ?Ce qui est surprenant en écoutant ce coffret, c’est à quel point vous épousez parfois votre époque, comme dans les années 70, lorsque vous avez fait quelques chansons très pop.
Ce n’était pas pour la tendance de l'époque, mais la rencontre avec des musiciens. Quand j'ai rencontré Catherine Lara, elle m’a apporté des sons plus proches de sa génération, donc plus proches de l'actualité. Si je l'avais écoutée, j'aurais mis partout des batteries binaires. Et puis j'ai fait des disques en Angleterre mais sans chercher à m'incorporer à une tendance précise. Simplement, je ne pouvais pas me boucher les oreilles au monde qui m'entoure.
Ces rencontres ont parfois profondément changé la matière de vos chansons, comme dans cette rencontre avec le groupe Flairk en 1982 ?
Flairk était un groupe instrumental néerlandais qui avait un niveau de virtuosité et de composition exceptionnel. J'ai entendu un disque d'eux au cours d'une tournée en Hollande et j’ai demandé à les rencontrer. Ils ne comprenaient rien à mes chansons en français et je voulais qu’ils apportent leur musique à mes chansons. C'était la première fois que je sortais de ma latinité et de ma Méditerranée. Cela a été une belle aventure mais ça ne pouvait pas aller très loin parce qu'il y avait une incompatibilité de comportement: en tournée, nous nous sommes choqués les uns les autres. J'étais choqué par leurs méthodes trop disciplinaires, trop rigoureuses; ils étaient bouleversés par mon débraillé sur scène, par le fait que je ne décidais pas à l'avance l'ordre des morceaux, que je changeais le tempo des chansons...
Mais vous avez aussi chanté une chanson avec accordéon musette, très traditionnelle, Heureusement qu'il y a de l'herbe, en 1981 ?Par ailleurs, vous avez souvent été censuré ?
Sacco et Vanzetti a été interdit en Corée du Sud. Mais quand j’y suis allé, je l’ignorais, et je l’ai évidemment chantée : le producteur a dû payer une très forte amende. Joseph, par exemple, a été interdit en Espagne et en Italie parce que je prenais des libertés avec la Bible. Mais, en Espagne, sous le franquisme, j'ai eu beaucoup de chansons interdites.
Il ne fallait pas vous en étonner quand vous avez chanté Flamenco en 1975: "Qui chantera le flamenco dans une Espagne sans Franco ?"
J'étais déjà censuré. Alors, censuré pour censuré, j'ai mis le paquet !
Le Métèque, en 1969, a même mis du temps à être diffusé à la radio…
Quand Le Métèque est sorti, on ne l'a pas entendu du tout. Il avait été chanté par Pia Colombo sans aucun succès, alors ça ne m'a pas étonné. J’ai appris plus tard que c’était à cause du mot "juif" dans le refrain, dont personne ne savait s’il était employé dans un sens positif ou non. Plus tard, quand j'ai chanté en Israël, on m'a demandé pourquoi je ne disais pas que je suis juif. J'ai répondu: "Mais je chante 'ma gueule de métèque, de juif errant'!" On m'a dit que "juif errant", ce n'est pas la même chose que "juif". Mais, si je ne suis pas attaché à une identité de juif, je revendique celle de juif errant.

Pourtant vous êtes issu d’une famille juive ?
Je peux dire que je suis issu d'une famille juive mais je ne respecte ni ne renie rien qui soit juif. Je ne m'identifie pas à une judéité : dans ma culture originelle, j'ai autant d'orthodoxie que d’islam et de judaïsme. J'étais dans un pays œcuménique : en tant que Grec, j'étais associé à l'orthodoxie et nous fêtions la Pâque grecque et le Noël orthodoxe… En Egypte, si on n'était pas croyant, on n'était pas juif – ce qui était le cas de mon père. Quand j'ai écrit le livre Fils du brouillard avec Siegfried Meir, je me suis déclaré juif pour établir le parallèle entre le judaïsme solaire, le judaïsme sans sectarisme ni danger d’un juif né à Alexandrie, et le destin d’un juif d'Europe orientale. Je ne connaissais pas le mot de bar mitzvah avant de devenir chanteur et d’aller en tournée aux Etats-Unis.
Vous avez un indéfinissable accent en français. D’où vient-il ?
Si c'était un accent égyptien, je roulerais les r, ce que je n'ai jamais fait en français, alors que je le fais en espagnol ou en italien. Peut-être est-ce parce que j'ai été dans des écoles françaises dès mon plus jeune âge. Je suis réellement un citoyen de la langue française: c'est dans cette langue que je me suis réellement exprimé le plus tôt. Quand je suis arrivé en France, je parlais parfaitement français, à part l’emploi de quelques mots trop livresques ou l'absence de vocabulaire très actuel. Mais j'avais déjà un accent qui me signalait comme étranger, et souvent les gens pensaient que j'étais belge…
Georges Moustaki/ Tout Moustaki ou presque… (10 CD, Polydor /Universal)
Bertrand Dicale
23/05/2008 -
16/11/2005 -
09/01/2004 -
09/06/2000 -
16/04/1999 -