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Le beau jeu d'Alexis HK

La perle du Festival des Jeux 2003


Paris 

30/01/2003 - 

Unique signature "chanson" du label Musiques Hybrides (gĂ©nĂ©ralement amoureux d’électro), Alexis HK est l’un des nouveaux talents dont on chuchote souvent le nom sur la place des promesses. Classique et actuel, grinçant et tendre, populaire et raffinĂ©, voici Belle Ville, le premier CD d'un jeune homme paradoxal. En concert demain, 31 janvier, au CafĂ© de la Danse, pour le Festival des Jeux.



DĂ©couvert en 1997 par Olaf Hund, jeune manager du label Musiques Hybrides, Alexis HK alors ĂągĂ© de 22 ans, a dĂšs lors Ă©clusĂ© les petites et moyennes salles de Paris et province en Ă©coulant en mĂȘme temps son premier CD dĂ©mo Ă  500 exemplaires. Depuis 2000, avec un nouveau groupe de cinq musiciens, il se montre dans des salles de plus en plus fameuses : Glaz'art, Divan du Monde, Nouveau Casino, Sentier des Halles
 Et confirme Ă  chaque fois un talent d'Ă©criture au-dessus de la moyenne.

Au printemps 2002, sort son second CD, Belle Ville, dont l'univers commence dĂšs le design du livret : assis Ă  la table d’une ancienne maison de poupĂ©e, Alexis et les siens ressemblent aux statues de cire du musĂ©e GrĂ©vin. Quelque chose de ludique donc, mais Ă©galement de lisse, d’irrĂ©el, d’un peu effrayant. Pourtant ce n’est pas dans la musique qu’il faut chercher l’onirique : traditionnelle et soignĂ©e, elle tourne, valse ou s’attendrit selon le cas.

Un accordĂ©on, des flĂ»tes, une contrebasse, de la guitare et de la mandoline, le tout saupoudrĂ© de percussions diverses, HK n’est dĂ©cidĂ©ment pas seul Ă  habiter cette Belle Ville : "Quand on n’a qu’une guitare et que l’on ne sait pas trop Ă©crire la musique sur une partition, il faut ĂȘtre relayĂ© par des musiciens. J’ai de la chance, ceux qui m’entourent comprennent toujours Ă  demi mot oĂč je veux en venir. Pourtant je suis mort de trac lorsque je leur fais Ă©couter mes premiers jets. Je regarde la tĂȘte qu’ils font, je n’arrive pas Ă  enchaĂźner deux mesures sans me planter, bref c’est une catastrophe
MalgrĂ© tout je n’ai pas beaucoup de surprise quant Ă  leurs rĂ©actions: avec les chansons, il n’y a pas trop de mystĂšre. Quand tu en tiens une "bonne" comme on dit, tu le sens de suite! Dans mon rĂ©pertoire il y a les chansons laborieuses et celles qui ont marchĂ© toute seule: la chanson de Gaspard par exemple."


 
Gaspard justement. Gaspard est un nain volant. Sa chanson cĂŽtoie celle de Mitch le catcheur, de Jean LefĂšvre enfermĂ© dans un placard ou d’un gamin Ă  l’éternelle cagoule qui a des grands-parents pĂ©tris d’attentions. Parce que voyez-vous, dans le monde d’Alexis HK tout est possible: le diable se fait licencier par Dieu, les bicyclettes se dĂ©truisent Ă  coup de masse, un homme ivre persuade les censeurs Ă  le rejoindre dans l’abus


Foin de sentiments, de mal ĂȘtre, des Ă©ternelles ritournelles d’amour et de rupture. Ici, on narre. "Mon parti pris est de raconter des histoires. Ce sont des contes Ă  la limite du rĂ©el et du fantastique, on est toujours dans une frontiĂšre mal dĂ©finie mais qui se veut populaire et accessible. Cela me plaĂźt d’inventer des personnages. Ils ne sont pas forcĂ©ment crĂ©dibles, il y a de la caricature, des images
" Tout est peut-ĂȘtre histoire de pudeur. Ses textes prĂ©fĂšrent essentiellement les 'il' aux 'je', la scĂšne le transforme en un personnage aux cheveux collĂ©s et au monde poli, l’humour lui vient toujours au secours dans une pirouette ou un dixiĂšme degrĂ©.

Pourtant le jeune homme rĂ©fute : "C’est surtout que je ne trouve pas que je sois trĂšs intĂ©ressant. Ma vie de Parisien n’est pas trĂšs passionnante. Si c’est pour faire des chansons de tradition un peu bourgeoise qui disent "tiens aujourd’hui j’ai vu machin et on s’est emmerdĂ© ensemble", cela ne m’intĂ©resse pas. Je ne crois pas que tout cela soit de la pudeur. C’est vrai que je me cache derriĂšre tous ces personnages mais, mine de rien, Ă  travers eux, c’est quand mĂȘme moi que je fais vivre."

La voix d’Alexis, quant Ă  elle, est grave et mature, avec une pointe d’élĂ©gance : "C’est une tradition de crooner ! Je rĂȘve d’en ĂȘtre un, je les adore, comme Franck Sinatra par exemple. En fait il y a encore lĂ  une espĂšce de mĂ©lange paradoxal entre le dandy et le populaire. Il y a dans le dandy un cĂŽtĂ© superficiel, frimeur, flambeur, mais c’est un clin d’Ɠil. A part cela je sais que j’ai une voix qui ne correspond pas trop Ă  mon physique
 Je suis assez maigre et on part toujours du principe que les gens qui ont une grosse voix sont des gens gros et plus ĂągĂ©s
 Alors je tiens tout de suite Ă  dire qu’il faut arrĂȘter avec cette histoire-lĂ ! Il y a des gens trĂšs maigres avec des grosses voix. Et il y a des gens trĂšs maigres qui peuvent vous pĂ©ter la gueule!" Et comme toujours le rire d’Alexis rattrape pendant quelques secondes le semblant de sĂ©rieux et d’ironie qu’il aime Ă  manier.

Marjorie  Risacher