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Chronique album


Mickey 3D

Tu vas pas mourir de rire.


Paris 

14/02/2003 - 

TroisiĂšme album pour Mickey 3D, figure d’une scĂšne rock hexagonale qui n’en finit plus d’étoffer son parterre de VRPs. Sans changer de recette - engagement socio-politique, coups de gueule -, le groupe a pris son temps pour la fignoler. Avec une production solide, des morceaux cohĂ©rents, l’album est entrĂ© directement Ă  la treiziĂšme place des ventes ! RFI Musique a rencontrĂ© Mickey, la tĂȘte de proue du groupe.



Le morceau que tu as composĂ© pour Indochine, J’ai DemandĂ© Ă  la Lune cartonne actuellement. Avant, c'Ă©tait Ă  Jean-Jacques Goldman que l’on commandait un tube, maintenant c’est Ă  toi ?
Oui ! C’est super (rires). Mais pour moi, c'est la premiĂšre fois. Nicola (Sirkis, ndlr) voulait des collaborations pour leur disque, donc il a demandĂ© Ă  Jean-Louis Murat et Ă  moi, pas Ă  Goldman. Je lui ai envoyĂ© deux chansons juste guitare-voix. Il a bien aimĂ© La Lune, l’a enregistrĂ©e et voilĂ  ce que c’est devenu (un million d'exemplaires vendus, ndlr).

Le succùs arrive juste avant la sortie de votre nouvel album, c’est plutît bon pour la promo ?
Les gens savent maintenant que nous avons Ă©crit le morceau et s’intĂ©ressent effectivement plus Ă  notre musique.

Contrairement aux albums prĂ©cĂ©dents oĂč vous rĂŽdiez les morceaux sur scĂšne avant de les coucher sur bandes, vous avez pris cette fois-ci un an pour composer. Comment aborde-t-on une telle pĂ©riode devant soi ?
PremiĂšrement, on en avait besoin, c’était vital. Soit on arrĂȘtait de faire de la musique, soit on prenait une annĂ©e sabbatique. On avait passĂ© trois ans Ă  faire concert sur concert, partout, puisque l’on avait beaucoup tournĂ© avec Louise Attaque et ensuite seuls. Les deux albums se sont enchaĂźnĂ©s sans pour autant s’arrĂȘter de tourner. Le deuxiĂšme a d’ailleurs Ă©tĂ© enregistrĂ© durant les tournĂ©es. D’oĂč l’envie de s’arrĂȘter une annĂ©e complĂšte, se poser, rĂ©flĂ©chir au calme et uniquement Ă  l’album, aussi ne pas jouer les morceaux ailleurs qu’en studio.

Pascal Colombier s’est chargĂ© de l’enregistrement, son travail prĂ©cĂ©demment avec Carla Bruni a-t-il dĂ©teint sur l’album ?
Il n’a pas Ă©tĂ© contactĂ© pour ou parce qu’il avait travaillĂ© avec elle, Les Innocents et Daho, mais parce que c’est un vieux pote de lycĂ©e. J’ai commencĂ© Ă  faire de la musique avec lui, nous avons le mĂȘme Ăąge. Il a fait son chemin Ă  Paris, les studios et tout ça et un jour, on lui a dit "Pascal tu ne veux pas retourner chez ta mĂšre, passer l’étĂ© au soleil Ă  la campagne? On se fera des barbecues, des parties de pĂ©tanque et tu nous aideras Ă  enregistrer le disque?"


C’est un vrai choix de s’éloigner de l’aspect bricolo des disques prĂ©cĂ©dents ?
C’est toujours un peu bricolo parce beaucoup de prises ont Ă©tĂ© faites de notre cĂŽtĂ©, Ă  la campagne. Et puis techniquement, ce n’est quand mĂȘme pas le gros son Ă  l’amĂ©ricaine, pas question de passer du cĂŽtĂ© super production super lĂ©chĂ©e. Mais nous sommes un peu entre les deux maintenant.


 

C’est vraiment emballant Tu vas pas mourir de rire. Pourquoi ce titre ?
Pour prĂ©venir l’acheteur qu’il ne va pas mourir de rire en l’écoutant. Les gens aussi, mĂȘme s’ils savent maintenant suffisamment qu’avec tout ce qui se passe, on ne sait pas de quoi l’on va mourir : de ce que l’on respire, de ce qu’on mange mais certainement pas de rire en tout cas. Le titre rĂ©sume bien l’esprit du disque.

Commencer par Amen, c’est enfoncer un peu plus la provocation du titre ?
Non, ce n’est pas forcĂ©ment une chanson nĂ©gative. C’est une chanson pour louer la beautĂ© de la nature, et quoiqu’il nous arrive, quoiqu’il se passe, on reste entourĂ© d’un truc beau que nous dĂ©truisons.

Tu parles des Harkis, de la pollution alors que l’on attendrait plutĂŽt la mondialisation, le terrorisme, les guerres, trĂšs prĂ©sents actuellement ?
La mondialisation est un thĂšme abordĂ© dans quelques chansons, Ă  travers la pollution dans Respire par exemple. Je parle de ces structures puissantes dĂ©vouĂ©es au fric et contre lesquelles on ne peut rien faire. Elles sont en train de tout bouffer, de tout contrĂŽler, et nous en sommes les esclaves. MĂȘme si d’une certaine maniĂšre, sans avoir fait la rĂ©volution Ă  tant, nous y avons peut-ĂȘtre contribuĂ©. Donc nous subissons, comme le feront nos petits-enfants et les suivants.

Rester revendicatif dans tes textes est-il toujours aussi important ?
Je dirais maintenant plutĂŽt dĂ©sabusĂ© qu’engagĂ©, un peu dĂ©faitiste. J’ai une vision assez pessimiste de ce que je vois tous les jours. Mais si dans le futur, il y a encore des gens qui flirtent avec l’optimisme, qu’ils m’expliquent. Ce qui va se passer et ce qu’il faut faire pour que tout aille mieux.


 

Civilement, comment se concrétise ton engagement ?
Je ne fais pas partie d’un mouvement politique, je suis juste un citoyen qui ouvre sa gueule. Nous faisons partie du milieu associatif, notre association rock organise des concerts, quelques fois humanitaires, pour le Burkina notamment. C’est le milieu associatif qui fait avancer la culture en France, et non seulement la culture Ă  travers des actions comme Les Restos du CƓur ou EmmaĂŒs. Rien de tout ça n’est créé par l’Etat ! Tout cela passe par le milieu associatif, le bĂ©nĂ©volat, la volontĂ© des citoyens de se prendre en main et d’ainsi faire avancer les choses. Contrairement Ă  la politique. D’ailleurs ça les arrange bien, ça dĂ©barrasse, les gens qui crĂšvent dehors sont pris en charge par d’autres, ils se disent: "Tant mieux".

Ton attachement Ă  l’univers de l’enfance dans tes textes, c’est justement ce regard sur l’innocence perdue et les difficultĂ©s du monde adulte ?
Je pense que c’est plutĂŽt pour revenir Ă  quelque chose de pur, d’innocent, de naĂŻf, les enfants sont peut-ĂȘtre l’espoir, le seul. C’est aussi peut-ĂȘtre une nostalgie oĂč tu ne te prends pas la tĂȘte pour des trucs. C’est peut-ĂȘtre la meilleure pĂ©riode de ta vie, sauf quand l'enfance est difficile. Mais le thĂšme n’est jamais traitĂ© de la mĂȘme maniĂšre dans les chansons. Un coup, c'est autobiographique, un autre ça parle des enfants travailleurs pendant la guerre, du monde vu Ă  travers les yeux d’un gamin


Qui est l’espĂšce d’Angus Young Ă©dentĂ©sur la pochette ?
On ne sait pas quel Ăąge il a, ni d’oĂč il vient. Un de nos copains a des quantitĂ©s Ă©normes de clichĂ©s achetĂ©s au marchĂ© aux puces, de vieux nĂ©gatifs encore sur plaque de verre datant d’avant 1930. Il a plus de 3000 photos chez lui et celle-ci nous a fait flasher. En tout cas il colle bien avec l’esprit bancal de l’album.

Les mélanges sont encore plus marqués sur cet album : rap, world, années 80 ?
 La curiosité est-elle synonyme de maturité?
Pas forcĂ©ment de maturitĂ©, mais cette fois, on considĂšre le disque fini, contrairement aux prĂ©cĂ©dents oĂč il y avait toujours des regrets. Les annĂ©es 80, c’est moi car c’est ce que j’écoutais Ă  l’époque. Mais on a tous des goĂ»ts diffĂ©rents. Najah amĂšne le cĂŽtĂ© oriental, Jojo touche plus Ă  l’électronique et moi le cĂŽtĂ© folk. On aime bien mĂ©langer le tout et surtout ne pas s’arrĂȘter Ă  un style. Je sais que le prochain, je le voudrais plus lĂ©ger. C’était dĂ©jĂ  prĂ©vu pour celui-ci mais certaines choses dans l’actualitĂ© ont fait que je me suis Ă©nervĂ©...

Vous vous sentez proches de groupes comme Tue-Loup installés à la campagne, tournant le dos au parisianisme ?
Aimer la campagne, c’est un fait. Si tu y es nĂ©, tu t’emmerdes en ville, et inversement. On ne veut pas faire partie d’un mouvement anti-parisien, on reste chez nous et on y tient. Notre Ă©quilibre s’y trouve, nos amis, nos parents
 Pourquoi le quitter ?

Pascal  Bagot