Chronique album
ParisÂ
14/02/2003 -Â
Le morceau que tu as composĂ© pour Indochine, Jâai DemandĂ© Ă la Lune cartonne actuellement. Avant, c'Ă©tait Ă Jean-Jacques Goldman que lâon commandait un tube, maintenant câest Ă toi ?Le succĂšs arrive juste avant la sortie de votre nouvel album, câest plutĂŽt bon pour la promo ?
Les gens savent maintenant que nous avons Ă©crit le morceau et sâintĂ©ressent effectivement plus Ă notre musique.
Contrairement aux albums prĂ©cĂ©dents oĂč vous rĂŽdiez les morceaux sur scĂšne avant de les coucher sur bandes, vous avez pris cette fois-ci un an pour composer. Comment aborde-t-on une telle pĂ©riode devant soi ?
PremiĂšrement, on en avait besoin, câĂ©tait vital. Soit on arrĂȘtait de faire de la musique, soit on prenait une annĂ©e sabbatique. On avait passĂ© trois ans Ă faire concert sur concert, partout, puisque lâon avait beaucoup tournĂ© avec Louise Attaque et ensuite seuls. Les deux albums se sont enchaĂźnĂ©s sans pour autant sâarrĂȘter de tourner. Le deuxiĂšme a dâailleurs Ă©tĂ© enregistrĂ© durant les tournĂ©es. DâoĂč lâenvie de sâarrĂȘter une annĂ©e complĂšte, se poser, rĂ©flĂ©chir au calme et uniquement Ă lâalbum, aussi ne pas jouer les morceaux ailleurs quâen studio.
Pascal Colombier sâest chargĂ© de lâenregistrement, son travail prĂ©cĂ©demment avec Carla Bruni a-t-il dĂ©teint sur lâalbum ?
Il nâa pas Ă©tĂ© contactĂ© pour ou parce quâil avait travaillĂ© avec elle, Les Innocents et Daho, mais parce que câest un vieux pote de lycĂ©e. Jâai commencĂ© Ă faire de la musique avec lui, nous avons le mĂȘme Ăąge. Il a fait son chemin Ă Paris, les studios et tout ça et un jour, on lui a dit "Pascal tu ne veux pas retourner chez ta mĂšre, passer lâĂ©tĂ© au soleil Ă la campagne? On se fera des barbecues, des parties de pĂ©tanque et tu nous aideras Ă enregistrer le disque?"âŠ
Câest un vrai choix de sâĂ©loigner de lâaspect bricolo des disques prĂ©cĂ©dents ?
Câest toujours un peu bricolo parce beaucoup de prises ont Ă©tĂ© faites de notre cĂŽtĂ©, Ă la campagne. Et puis techniquement, ce nâest quand mĂȘme pas le gros son Ă lâamĂ©ricaine, pas question de passer du cĂŽtĂ© super production super lĂ©chĂ©e. Mais nous sommes un peu entre les deux maintenant.

Câest vraiment emballant Tu vas pas mourir de rire. Pourquoi ce titre ?
Pour prĂ©venir lâacheteur quâil ne va pas mourir de rire en lâĂ©coutant. Les gens aussi, mĂȘme sâils savent maintenant suffisamment quâavec tout ce qui se passe, on ne sait pas de quoi lâon va mourir : de ce que lâon respire, de ce quâon mange mais certainement pas de rire en tout cas. Le titre rĂ©sume bien lâesprit du disque.
Commencer par Amen, câest enfoncer un peu plus la provocation du titre ?
Non, ce nâest pas forcĂ©ment une chanson nĂ©gative. Câest une chanson pour louer la beautĂ© de la nature, et quoiquâil nous arrive, quoiquâil se passe, on reste entourĂ© dâun truc beau que nous dĂ©truisons.
Tu parles des Harkis, de la pollution alors que lâon attendrait plutĂŽt la mondialisation, le terrorisme, les guerres, trĂšs prĂ©sents actuellement ?
La mondialisation est un thĂšme abordĂ© dans quelques chansons, Ă travers la pollution dans Respire par exemple. Je parle de ces structures puissantes dĂ©vouĂ©es au fric et contre lesquelles on ne peut rien faire. Elles sont en train de tout bouffer, de tout contrĂŽler, et nous en sommes les esclaves. MĂȘme si dâune certaine maniĂšre, sans avoir fait la rĂ©volution Ă tant, nous y avons peut-ĂȘtre contribuĂ©. Donc nous subissons, comme le feront nos petits-enfants et les suivants.
Rester revendicatif dans tes textes est-il toujours aussi important ?
Je dirais maintenant plutĂŽt dĂ©sabusĂ© quâengagĂ©, un peu dĂ©faitiste. Jâai une vision assez pessimiste de ce que je vois tous les jours. Mais si dans le futur, il y a encore des gens qui flirtent avec lâoptimisme, quâils mâexpliquent. Ce qui va se passer et ce quâil faut faire pour que tout aille mieux.

Civilement, comment se concrétise ton engagement ?
Je ne fais pas partie dâun mouvement politique, je suis juste un citoyen qui ouvre sa gueule. Nous faisons partie du milieu associatif, notre association rock organise des concerts, quelques fois humanitaires, pour le Burkina notamment. Câest le milieu associatif qui fait avancer la culture en France, et non seulement la culture Ă travers des actions comme Les Restos du CĆur ou EmmaĂŒs. Rien de tout ça nâest créé par lâEtat ! Tout cela passe par le milieu associatif, le bĂ©nĂ©volat, la volontĂ© des citoyens de se prendre en main et dâainsi faire avancer les choses. Contrairement Ă la politique. Dâailleurs ça les arrange bien, ça dĂ©barrasse, les gens qui crĂšvent dehors sont pris en charge par dâautres, ils se disent: "Tant mieux".
Ton attachement Ă lâunivers de lâenfance dans tes textes, câest justement ce regard sur lâinnocence perdue et les difficultĂ©s du monde adulte ?
Je pense que câest plutĂŽt pour revenir Ă quelque chose de pur, dâinnocent, de naĂŻf, les enfants sont peut-ĂȘtre lâespoir, le seul. Câest aussi peut-ĂȘtre une nostalgie oĂč tu ne te prends pas la tĂȘte pour des trucs. Câest peut-ĂȘtre la meilleure pĂ©riode de ta vie, sauf quand l'enfance est difficile. Mais le thĂšme nâest jamais traitĂ© de la mĂȘme maniĂšre dans les chansons. Un coup, c'est autobiographique, un autre ça parle des enfants travailleurs pendant la guerre, du monde vu Ă travers les yeux dâun gaminâŠ
Qui est lâespĂšce dâAngus Young Ă©dentĂ©sur la pochette ?
On ne sait pas quel Ăąge il a, ni dâoĂč il vient. Un de nos copains a des quantitĂ©s Ă©normes de clichĂ©s achetĂ©s au marchĂ© aux puces, de vieux nĂ©gatifs encore sur plaque de verre datant dâavant 1930. Il a plus de 3000 photos chez lui et celle-ci nous a fait flasher. En tout cas il colle bien avec lâesprit bancal de lâalbum.
Les mélanges sont encore plus marqués sur cet album : rap, world, années 80 ?⊠La curiosité est-elle synonyme de maturité?
Pas forcĂ©ment de maturitĂ©, mais cette fois, on considĂšre le disque fini, contrairement aux prĂ©cĂ©dents oĂč il y avait toujours des regrets. Les annĂ©es 80, câest moi car câest ce que jâĂ©coutais Ă lâĂ©poque. Mais on a tous des goĂ»ts diffĂ©rents. Najah amĂšne le cĂŽtĂ© oriental, Jojo touche plus Ă lâĂ©lectronique et moi le cĂŽtĂ© folk. On aime bien mĂ©langer le tout et surtout ne pas sâarrĂȘter Ă un style. Je sais que le prochain, je le voudrais plus lĂ©ger. CâĂ©tait dĂ©jĂ prĂ©vu pour celui-ci mais certaines choses dans lâactualitĂ© ont fait que je me suis Ă©nervĂ©...
Vous vous sentez proches de groupes comme Tue-Loup installés à la campagne, tournant le dos au parisianisme ?
Aimer la campagne, câest un fait. Si tu y es nĂ©, tu tâemmerdes en ville, et inversement. On ne veut pas faire partie dâun mouvement anti-parisien, on reste chez nous et on y tient. Notre Ă©quilibre sây trouve, nos amis, nos parents⊠Pourquoi le quitter ?
Pascal Bagot
Â
02/10/2009 -Â
17/06/2005 -Â
27/02/2004 -Â