Paris
17/02/2003 -

On attendait donc Lameignère sur le terrain le plus tangible : la cérémonie. C'est vrai, elle a duré une bonne demi-heure de moins que l'an passé mais l'animation, aux mains certes expérimentées mais peu fantaisistes de Jean-Luc Delarue et Miche Drucker, est un point faible. On rêve d'une animation endiablée et cultivée façon Philippe Manoeuvre/Jean-Pierre Dionnet à la grande époque de l'émission culte Les Enfants du rock !...
Le bon point de cette année est la place de choix faite aux jeunes talents, en privilégiant les auteurs compositeurs : Bénabar, Carla Bruni, Vincent Delerm, Sanseverino ou Calogero. Comme un grand cri pour dire "la chanson est bien vivante!" face aux deux dernières années marquées par le triomphe arrogant de la chanson en kit. Pour eux, dont d'ailleurs Jenifer fruit de la de la Star Academy 2001 (souci d'équilibre des organisateurs ou réel choix des votants ?…), trois prix : groupe ou artiste révélation, groupe ou artiste scène révélation et album révélation.
La Révélation scène va à Sanseverino, à juste titre (face à Bénabar, Calogero et Vincent Delerm). Révélation à… 40 ans, Stéphane Sanseverino a mis vingt ans avant de se faire un nom en démarrant batteur de Jeanne Mas ou chanteur de rue. Il dédie ce prix à François Béranger. La Victoire de l'Album révélation va tout aussi logiquement à Vincent Delerm, venu chercher le trophée, dubitatif et incrédule. Ce fils d'écrivain et auteur d'un mémoire sur François Truffaut était opposé à Carla Bruni qui l'aurait tout autant mérité, à Calogero et, plus curieusement, à Jenifer, qui contrairement aux autres, n'a pas écrit une note de son disque. Enfin, c'est la Québécoise Natasha St Pier qui remporte la Victoire de l'artiste révélation en dépit de sa discographie déjà riche de quatre albums ! Pourquoi ne pas réserver cette catégorie aux seuls premiers disques ?

Autre grand retour récompensé, celui de Christophe, rock star hexagonale s'il en est. Cultivant un humour flegmatique irrésistible, il est venu chercher, d'un pas lent, sa Victoire du Concert de l'année pour son magnifique spectacle mêlant habilement anciens et nouveaux titres dans une homogénéité visuelle et musicale sublime.

Doc Gynéco reçoit la Victoire rap/hip hop. Lady Laistee aurait fait une gagnante peut-être plus crédible. En revanche, les Gotan Project et leur tango électro semblaient évidents pour la Victoire musiques électroniques/techno/dance.
La Victoire d'honneur 2003 est remise à Serge Reggiani, 80 ans, objet d'honneurs soudains, mais justifiés, en l'espace de quelques mois : album hommage (Autour de Reggiani, Tréma), une décoration des mains du président de la République, l'annonce d'un retour sur scène en mars et ce prix. Pourquoi pas tout ça il 10 ans ou 20 ans ?...
Enfin, héros du jour, Renaud, que les Victoires avaient quasiment enterré il y a deux ans par un prix similaire à celui de Reggiani, a aussi logiquement remporté la Victoire de l'artiste interprète masculin et de l'album chansons/variétés pour Boucan d'enfer (Virgin), carton discographique qui prouve, s'il est encore nécessaire l'immense popularité du créateur de Mistral gagnant. "Une Victoire contre la dépression et l'alcool" a t'il lancé, ovationné par tout un Zénith sous l'œil de sa fille Lolita et de son épouse Dominique. Il repart aussi avec la Victoire de la Chanson originale de l'année pour Manhattan-Kaboul en duo avec la Belge Axelle Red : "Ma chouchoute des chanteuses francophones" confesse le chanteur en rajoutant qu'il ne souhaite pas transformer cette chanson en Manhattan-Bagdad…
Tous les résultats :
- Le groupe ou l'artiste révélation de l'année : Natasha St-Pier.
- Le groupe ou l'artiste révélation scène de l'année : Sanseverino.
- L'album révélation de l'année : Vincent Delerm/Vincent Delerm (Tôt ou Tard).
- Le groupe ou l'artiste interprète masculin de l'année : Renaud.
- Le groupe ou l'artiste interprète féminine de l'année : Lynda Lemay
- L'album de chansons/variétés de l'année : Boucan d'enfer/Renaud (Virgin).
- L'album pop/rock de l'année : Paradize/Indochine (Sony/Columbia).
- L'album rap/hip-hop de l'année : Solitaire/Doc Gynéco (Virgin).
- L'album reggae/ragga/world de l'année : Umani/I Muvrini (EMI) et Francafrique/Tiken Jah Fakoly (Barclay).
- L'album de musiques électroniques/techno/dance de l'année : La revancha del tango/Gotan Project (Ya Basta/Barclay).
- La chanson originale de l'année : Manhattan Kaboul/Renaud et Axelle Red (Virgin).
- Le spectacle musical/la tournée/le concert de l'année : Christophe à l'Olympia (Live, Mercury).
- Le vidéo-clip de l'année : Tournent les violons de Jean-Jacques Goldman (réalisation Yannick Saillet)
Catherine Pouplain-Pédron
11/03/2002 -