ParisÂ
26/02/2003 -Â
Votre nouvel album sâappelle Stories. Quelles sont ces histoires ?Quel est donc le "papier peint" que vous avez utilisĂ© pour ce nouvel enregistrement ?
Ce sont des gros travaux dâintĂ©rieur, beaucoup de ponçages, dâĂ©quipements. Lâaspect passionnant de la musique Ă©lectronique, câest quâelle est faite parfois par des artistes qui ne sont pas musiciens au sens classique du terme. Câest-Ă -dire quâils ne jouent pas dâinstruments et quâils se contentent de prendre de la musique dĂ©jĂ existante. Du coup, lâapproche de cette musique est complĂštement latĂ©rale et sonore, câest-Ă -dire quâon a des ingĂ©nieurs du son qui deviennent des musiciens.
Ma quĂȘte est de me rapprocher du son le plus possible en tant que musicien et donc tout ce qui est susceptible de favoriser cette Ă©volution est bienvenue. DâoĂč mon travail avec Smadj qui est un ingĂ©nieur du son et qui est Ă©galement musicien puisquâil joue du oud. Cette rencontre a Ă©tĂ© trĂšs enrichissante pour moi. Jâai travaillĂ© Ă©galement avec Akimov et DJ Ben. En musique Ă©lectro, comme en musique acoustique, cela ne devient intĂ©ressant que lorsquâon est plusieurs et que lâon peut confronter nos expĂ©riences et nos inspirations.
Le reproche que lâon fait Ă la musique Ă©lectro est quâil ne sâagit souvent que dâun copier-coller de musique dĂ©jĂ enregistrĂ©e par d'autres. Comment concilier cela avec la musique dâimprovisation et de spontanĂ©itĂ© quâest le jazz ?Lâalbum sâouvre sur French Elections, câest une allusion aux derniĂšres Ă©lections prĂ©sidentielles ?
Dans le livret de lâalbum, jâexplique que dans les dĂ©mocraties occidentales, il est interdit dâexercer la peur sur son peuple. Cela dit la peur de lâautre reste un aiguillon extrĂȘmement efficace pour orienter lâopinion. En ce moment, la campagne de Bush concernant Saddam lâillustre parfaitement. Et je pense que les Ă©lections françaises se sont jouĂ©es sur le mĂȘme modĂšle. Une espĂšce dâintoxication massive, la peur de lâautre qui a, en quelque sorte, poussĂ© lâĂ©lectorat vers une frilositĂ©, une peurâŠ
Vous ĂȘtes musicien, pas chanteur. Nâest-ce pas parfois un regret de ne pouvoir exprimer plus directement vos opinions Ă travers votre art ?
Je ne suis pas lĂ pour faire de la politique car je pense que je dirais beaucoup de bĂȘtises et je crois que je viens dâen dire dĂ©jĂ pas mal, mais cette pensĂ©e analytique mâest venue au moment oĂč mon Fender Rhodes (marque de piano Ă©lectrique) a captĂ© une frĂ©quence dâune radio internationale oĂč jâentendais "French elections are officialy on the way". A lâĂ©poque, on Ă©tait en pleine passion pour ce qui se passait pour le second tour, les manifs, les dĂ©bats, etc. Câest cette coĂŻncidence qui mâa frappĂ© et ce dĂ©clic Ă©motionnel mâa conduit Ă lâĂ©criture de ce morceau. Câest cet aiguillon-lĂ que jâai Ă lâesprit quand je joue ou jouerai ce morceau, il suffit de le savoir.
Sur cet album, on entend la chanteuse du Malawi, Malia, le flĂ»tiste cubain Orlando Maraca Valle, un mĂ©lange dâĂ©lectro et de jazz. Vous nâavez pas peur de perdre votre auditoire dans ce fourre-tout musical ?Vous verra-t-on jouer sous cette formation Ă lâĂ©tranger ?
Jâai dĂ©jĂ des dates arrĂȘtĂ©es en Allemagne. Il paraĂźt quâen Inde la qualitĂ© dâĂ©coute est extraordinaire et jâaimerais dĂ©couvrir ce pays. A Singapour, jâai fait une sorte de master-class devant un parterre de chinois absolument muets. A bout de salive, au bout de quarante-cinq minutes, je dis: "Bon, on va faire une pause" et le commissaire politique qui Ă©tait assis au fond sort fumer une clope. A peine avait-il le dos tournĂ© que jâavais quinze personnes qui viennent me voir et mâinondent de questions du genre:"Mais qui est Miles Davis?"
Stories (Warner Jazz France), sortie le 4 mars.
Frédéric Garat
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