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M instrumental

Songe d’une nuit d’essais.


Paris 

10/03/2003 - 

Le nouvel album de M, Labo M, n’en est pas vraiment un. Il s’agit plutĂŽt d’un lot, gĂ©nĂ©reusement dotĂ©, de tous les essais et musiques que le gĂ©nial et facĂ©tieux guitariste n’a pu conserver sur ses albums prĂ©cĂ©dents. Une affaire de spĂ©cialiste ou de fans de M mais qui peut sĂ©duire les profanes. Visite guidĂ©e par l’auteur de ce musĂ©e bigarré 



"Je fais de la promo pour justement expliquer que ce disque n’est pas vraiment un nouveau disque". C’est ainsi que M dĂ©bute ses interviews pour donner du sens et le mode d’emploi Ă  la sortie de ce nouvel album. Labo M 1 est une sorte de capharnaĂŒm, pas cafardeux pour deux sous, des maquettes, inĂ©dits et autres fonds de tiroir issus de son studio d’enregistrement. "En fait, explique M, c’est une invitation intimiste Ă  venir voir les coulisses de ma musique. C’est un peu comme si j’étais en concert au moment oĂč j’invite le public Ă  venir sur scĂšne. C’est un peu l’arriĂšre-boutique que je propose de venir visiter. Je trouve cela magique, c’est toujours plus fascinant selon moi de voir l’envers d’un dĂ©cor. J’ai voulu casser l’écran derriĂšre lequel se rĂ©fugient parfois les artistes". Et c’est sur cette idĂ©e gĂ©nĂ©reuse et intimiste qu’il est donnĂ© au M-ophile ou M-fan de dĂ©couvrir en ouverture de ce disque une version pas encore aboutie du Mec hamac intitulĂ©e Tapis volant 1 oĂč les guitares Ă  effets planants croisent la saturation d’une autre gratte pour dĂ©tacher le corps principal de la mĂ©lodie finale. Huit plages plus loin, on retrouve un autre brouillon du titre dĂ©finitif Le Mec Hamac. Un Tapis Volant 2 oĂč, lĂ , c’est plutĂŽt la rythmique qui prend forme. On peut aussi dĂ©couvrir au fond des fioles de ce Labo M la toute premiĂšre musique de Nostalgic du cool via le titre L’automate oĂč seules quelques notes de xylophone rappellent la version dĂ©finitive, tout Ă  fait rĂ©ussie, parue sur l'album Le BaptĂȘme en 1997. "Il y a deux familles de morceaux, explique ce professeur Nimbus de l’équation musicale, d’une part certaines maquettes sont prĂ©sentĂ©es telles quelles Ă  l’état brut, d’autre part avec un ami, Pierre Boscheron on a voulu proposer une sorte de voyage psychĂ©dĂ©lique
 C’est comme si l’auditeur entrait dans ma tĂȘte dans mon subconscient Ă  partir de ces sons improbables. C’est un peu mon rayon l’improbable."


Amis lecteurs et chĂ©didophiles, n’espĂ©rez donc pas de nouvelles chansons sur cet album, ici tout n’est qu’essais, tentatives et esquisses des morceaux dĂ©finitifs que tout le monde connaĂźt. En dehors de quelques sketches dignes des fictions radiophoniques comme Stan est stone - oĂč l’on reconnaĂźtra les premiĂšres mesures de Quand on se promĂšne au bord de l’eau -, il n’y a pas de voix ou si peu sur ce nouvel opus du Docteur M et Mister ChĂ©did. A peine peut-on distinguer sur Dictaphone les prĂ©misses de Monde virtuel (Je dis aime, 1999), enregistrĂ©es dans l’urgence de l’inspiration ou suivre les dĂ©lires vocaux et oniriques du chanteur zĂ©bulon sur La NĂ©buleuse. Comme un mirage acoustique, on croit apercevoir un nouveau M alors que ce ne sont que les songes d’une nuit d’essais. "Ce labo M reprĂ©sente en fait l’ouverture la plus absolue. Il n’y a pas d’enjeu et je pense que plus un artiste est soi-mĂȘme, plus il se livre, plus cela peut plaire." Alors qu’il prĂ©pare en ce moment mĂȘme son troisiĂšme "vrai" album, M prĂ©sente cet essai comme le premier de ce qui pourrait devenir Ă  terme une collection d’instrumentaux. "Je tiens au numĂ©ro 1 de ce Labo M, car il indique qu’il est le dĂ©but d’une sĂ©rie de prises oĂč je pourrais enregistrer les rencontres musicales du moment. Si, par exemple, je me rends au Kenya et que je croise des musiciens qui me donnent envie d’enregistrer alors pourquoi pas?" A moins que d’ici lĂ  son vieux camarade de jeu Mathieu Boogaerts qui lui connaĂźt l’Afrique, ne lui pique cette heureuse idĂ©e. Avant de clore l’interview, M accepte de lire le texte d’un autre air signĂ© Charles Aznavour: "La BohĂȘme, la bohĂȘme, ça voulait dire on est heureux / La bohĂȘme, la bohĂȘme, nous ne mangions qu’un jour sur deux. C’est vrai que je me suis inspirĂ© de ce titre pour faire un jeu de mots un peu dĂ©suet. Mais j’ai fait mienne cette phrase qui est sur le rĂ©pondeur de mon tĂ©lĂ©phone. Je me fais parfois l’impression d'ĂȘtre une sorte de hippie moderne protĂ©gĂ© de ce monde violent. Et mĂȘme si cela peut paraĂźtre un peu prĂ©tentieux, j’ai l’impression, avec cette musique, de pouvoir tirer les gens hors de cette rĂ©alité  sordide". Une rĂ©alitĂ© qui devrait ĂȘtre enjolivĂ©e par la sortie prochaine du nouvel et "vĂ©ritable" album de M. Un disque qu’il peaufine encore, en ce moment, dans son improbable labo


M Labo M 1 Delabel

Frédéric  Garat