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Chronique album


ERA

Masses populaires.


Paris 

14/03/2003 - 

Bienvenue dans un monde onirique. Celui d’Eric LĂ©vi, 47 ans, musicien protĂ©iforme et Ăąme d’Era qui vient de sortir un nouvel album, The Mass. DistribuĂ© en France, le CD l'est surtout Ă  l'Ă©tranger oĂč Era demeure une valeur sĂ»re de l'export hexagonal. Conversation.



Quand le premier album d’Era est sorti en France au printemps 1997, beaucoup ont cru Ă  un coup marketing. DĂ©fendu Ă  grands renforts de pubs TV, l’étrange mĂ©lange d’ambiances de grand messes grĂ©goriennes et de boĂźtes Ă  rythme rĂ©pĂ©titives ont sans doute assimilĂ© Era, au dĂ©but, Ă  un vague produit estampillĂ© "new age". Avec six millions d’exemplaires vendus en cinq ans et des disques d’or et de platine glanĂ©s dans 18 pays, la question ne se pose plus Ă  l’heure oĂč sort The Mass, troisiĂšme volet de l’épopĂ©e d’Era, disponible dans quelque 55 pays et territoires, tant en Europe qu’en AmĂ©rique et au Moyen-Orient.

Le morceau-titre, The Mass, qui ouvre l’album, pourrait faire croire Ă  une Ă©niĂšme resucĂ©e du premier album, avec son refrain qui Ă©voque trop souvent Ameno et Divano, et sa chorale de 40 chanteurs. Pourtant, il n’en est rien. Ce n’est pas une rĂ©volution certes, disons un changement dans la continuitĂ©. "Le second album Ă©tait un peu trop soft, celui-ci est plus puissant", confie son auteur. "The Mass est massif et lourd mais garde ce cĂŽtĂ© spirituel" si caractĂ©ristique du monde d’Era. Qu’on se le dise, "ce n’est pas de la musique pour femmes enceintes"! Mais l’ensemble reste zen et raisonnablement saccadĂ©. Le travail de studio est toujours aussi soignĂ©, un peu plus mĂȘme que sur le second opus, et les atmosphĂšres Ă©piques dignes du Seigneur des anneauxne dĂ©cevront pas les (nombreux) aficionados.


Avec 4 titres dont le refrain est en anglais, Eric LĂ©vi a voulu "mettre en avant une nouvelle facette d’Era". Non que les morceaux d’Era soient d’ordinaire sans paroles, mais celles-ci ne sont que le reflet d’une langue imaginaire, mystĂ©rieuse et enchanteresse, fruit de l’imagination d’Eric LĂ©vi. "Je traite les voix comme un instrument Ă  part entiĂšre. Je ne raconte pas d’histoires, tout est basĂ© sur les sons". La tonalitĂ© est parfois trĂšs pop (If You Shout), et on entend mĂȘme ici oĂč lĂ  (Avemano Orchestral) la rĂ©surgence d’un riff heavy metal qui semble tout droit sorti d’un disque de Shakin’ Street, une autre vie, une autre Ă©poque, et des emprunts au rĂ©pertoire classique – comme le Carmina Burana de Carl Orff ou O Fortuna, colonne vertĂ©brale de The Mass, le single actuel.

Musicien autodidacte, Eric LĂ©vi s’acclimate plus facilement Ă  l’ombre qu’à la lumiĂšre. "Je suis un artiste comme tous les autres, sauf que je ne me montre pas sur la pochette", relativise Eric LĂ©vi. Cette absence de vedettariat ne l’empĂȘche pas, il est vrai, de figurer parmi les plus gros vendeurs de disques français
 La lumiĂšre, il y a goĂ»tĂ© jeune, Ă  22 ans, au sein du groupe Shakin’ Street qui, dans le sillage de Trust, allait poser les jalons d’un son heavy metal Ă  la française, dĂšs 1977. L’ombre, ce fut au travers de la composition de musiques de films, dans les annĂ©es 90. "Avec Era, mon rĂŽle est plus celui d’un crĂ©ateur que d’un producteur. Les morceaux sont des musiques originales".


Son inspiration, il "n’aime pas l’analyser". Le cinĂ©ma en est sans doute une. Les musiques d’Era semblent en effet avoir Ă©tĂ© conçues comme la bande son de films imaginaires. "Era, c’est un peu comme un projet de musique de film", explique LĂ©vi. Alors, y a-t-il une chance pour que musique et cinĂ©ma se rejoignent Ă  nouveau, par le biais d’Era? "J’y rĂ©flĂ©chis", concĂšde-t-il. "J’aimerais rĂ©aliser moi-mĂȘme un film avec la musique des trois albums d’Era. J’ai dĂ©jĂ  une idĂ©e de scĂ©nario, que je garde sous le coude et que j’aimerais tourner directement en anglais. Je m’y attĂšle mais je verrais dans quelques mois si ce projet est envisageable. Il faut d’abord que je trouve un producteur."

Rien ne sert de courir, d’autant qu’il garde un souvenir plus que mitigĂ© de son travail accompli pour le cinĂ©ma français, des grosses poilades signĂ©es Jean-Marie PoirĂ© (OpĂ©ration Corned Beef, Les Visiteurs, Les Anges gardiens, Les Couloirs du temps). "Travailler pour le cinĂ©ma français ne me motive plus vraiment car la musique y tient rarement une place importante, sauf pour quelques cinĂ©astes comme Jean-Jacques Annaud ou Luc Besson. En France, contrairement aux Etats-Unis, compositeur de musiques de film n’est pas considĂ©rĂ© comme un vrai mĂ©tier". S’il avoue avoir "refusĂ© deux ou trois offres des studios Walt Disney qui me proposaient un contrat d’exclusivitĂ©" visiblement trop contraignant, Eric LĂ©vi n’abandonne pas l’idĂ©e de sortir Era de son cadre actuel. "Je gamberge sur un projet de scĂšne qui serait un vĂ©ritable spectacle musical, pas une comĂ©die musicale. Mais ce n’est pas trĂšs simple car la logistique est Ă©norme".

Quel que soit le succĂšs que rencontrera The Mass, massif ou pas, Eric LĂ©vi souhaite poursuivre son chemin musical en indĂ©pendant. "Je n’ai pas de contrat d’artiste avec Mercury. Je vis ma vie de mon cĂŽtĂ© en toute indĂ©pendance, que ce soit pour les maquettes que je leur apporte ou pour le visuel". La messe est dite.

Era The Mass (Mercury Universal) 2003

Gilles  Rio